Canada, Québec – Un mode d’habitation promis à un bel avenir ? : Permettre aux aînés de rester près de leurs enfants

Le devoir 25/08/2012 Isabelle Porter   25 août 2012 

Les maisons intergénérationnelles – Pour rester près de ses enfants

Photo : Agence France-Presse Valery Haché
 Ce sont les coûts de la transformation d’une résidence qui, souvent, empêchent les aînés de rester avec leurs enfants.
En permettant aux aînés de rester près de leurs enfants tout en gardant les petits, les résidences intergénérationnelles ont tout pour plaire. Et pourtant, le phénomène demeure très marginal. Après Québec solidaire, c’était au tour des libéraux cette semaine de promettre des fonds pour les maisons intergénérationnelles. Or ce mode d’habitation pourtant promis à un bel avenir n’a jamais réussi à prendre son envol depuis son émergence il y a 20 ans.
 Gabrielle Morin et son conjoint ont décidé de convertir leur résidence en maison intergénérationnelle quand la mère de Gabrielle a été atteinte d’un cancer. « C’est comme un échange de services. Je serai là pour l’aider quand elle sera fatiguée et elle m’aidera avec les enfants. »
 Le couple, qui réside en banlieue de Québec, souhaite construire une annexe à la maison, à l’arrière. « Dans le fond, on agrandit et en haut [de l’annexe], on aménage l’appartement de maman. Elle aura sa chambre, sa salle de bains, sa cuisine et son salon avec une porte qui communique avec notre maison. »
 Le hic, c’est que les travaux coûteraient au minimum 150 000 $. Et encore, la petite famille peut compter sur les beaux-frères menuisiers pour limiter les frais… « C’est beaucoup d’argent, résume Gabrielle. Ma mère ne peut pas payer cher pour son logement et moi, je suis en congé de maternité et en recherche d’emploi. On ne veut pas s’embarquer dans des paiements faramineux. »
 Selon la codirectrice du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues (GIRBa) Carole Després, il faudrait créer un programme gouvernemental pour appuyer des familles comme celle de Gabrielle. « J’ai l’impression de me répéter depuis plus de 15 ans sur ce sujet. Tant qu’il n’y aura pas de programmes de subventions gouvernementales pour financer en partie les logements intergénérationnels, j’ai bien peur que ça bouge très lentement. »
 Dans son programme, Québec solidaire propose d’investir 3 milliards pour 50 000 logements sociaux qui comprendront des logements intergénérationnels, mais on ne parle pas pour l’instant de créer un programme spécifique. De leur côté, les libéraux s’engageaient cette semaine à octroyer des prêts de 10 000 $ sans intérêts aux familles qui souhaitent réaliser de tels projets.
 Selon Mme Després, c’est « nettement insuffisant ». « Il faudrait un véritable incitatif de l’ordre de 25 000 $ en subventions. Si on compare cela aux frais récurrents engagés pour les soins donnés à une personne âgée en CHSLD pour une seule année, cela représente encore bien peu. »
 À défaut de programme, d’aide ou de normes pour les guider, certains créent leur propre modèle. C’est le cas de la petite famille d’Andrée Bilodeau, de ses deux soeurs et de sa mère qui y sont parvenues en achetant un triplex auquel elles ont fait ajouter un étage. « On a chacune notre appartement, sauf qu’on partage la cour, le barbecue, les outils. En plus, moi, ça me fait des gardiennes pas pires ! », lance en riant cette mère de deux jeunes enfants.
 Même si elle y est parvenue sans aide, Andrée Bilodeau trouve « dommage » que ce genre d’initiative ne soit pas plus encouragé. « Quand on a commencé, je ne connaissais personne qui avait déjà fait ça. Mais j’en connais beaucoup qui aimeraient le faire. »
 Pour le moment, les maisons intergénérationnelles déjà construites se font rares. En juillet, on en recensait 35 à vendre dans la région de Québec et 56 dans la région de Montréal. « C’est quand même très marginal », note la présidente de la Chambre immobilière de Québec, Gina Gaudreault.
 À son avis, le phénomène gagnerait à être plus encadré. Surtout pour les gens qui souhaitent en construire. À la Ville de Québec, par exemple, il n’y a pas de règlement en tant que tel pour les maisons intergénérationnelles. Pour réaliser des travaux dans une résidence unifamiliale, on doit obtenir un permis de « logement supplémentaire ». Deux conditions s’appliquent : la maison doit avoir une seule porte principale et le locataire doit être un membre de la famille.
 La municipalité de Blainville offre quant à elle un congé de taxes sur les travaux réalisés, mais son impact est minime sur les coûts. De toute façon, le programme créé au milieu des années 1990 n’est presque plus utilisé. « Le règlement est toujours en vigueur, mais depuis 2007 les demandes ont vraiment chuté », explique le directeur des communications de la Ville, Yves Meunier.
 M. Meunier pense que ce recul découle de l’engouement pour les condominiums. « Il y a cinq ans, il n’y avait à peu près pas de condos sur notre territoire, dit-il. Les condos, ça ne se prête pas du tout aux résidences intergénérationnelles. »
 Gina Gaudreault ajoute que ce n’est pas pour tout le monde. « Je ne suis pas certaine que tout le monde soit rendu là. C’est comme pour les écoquartiers ou autre chose. Il y a toujours une catégorie de gens qui est prête, mais elle n’est pas très grande. » Chose certaine, il faut que l’ambiance familiale soit bonne. « Il n’est pas suffisant de juste bien s’entendre, résume Andrée Bilodeau. Il faut être capable de se parler. »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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