Education – « Morale laïque » : Elle permet d’établir les fondements éthiques du lien social, un travail didactique.

Le PLUS du Nouvel Obs 03/09/2012 Par Jean Bauberot  Historien de la laïcité

Vincent Peillon veut des cours de « morale laïque » : pourquoi c’est une bonne idée

LE PLUS. C’est une nouvelle discipline que le ministre de l’Éducation voudrait introduire à la rentrée scolaire 2013 : la morale laïque. « Un enseignement qui inculquerait aux élèves des notions de morale universelle, fondée sur les idées d’humanité et de raison », détaille-t-il. Pour Jean Bauberot, historien et sociologue de la laïcité, l’idée est fidèle à la tradition républicaine française.
Édité et parrainé par Hélène Decommer
Mettons d’emblée de côté le débat sur le choix du terme. Morale, éthique… ces mots-là n’ont de sens que par le contenu que l’on y place derrière. On peut apposer un contenu ringard au mot « éthique » et un autre formidable derrière « morale ». C’est donc un débat à dépasser.
 Un legs du passé
La morale laïque a une prise historique bien réelle dans notre pays, puisqu’elle a participé à la construction de la France républicaine à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Elle a fait ses preuves. Sa reprise n’est donc pas choquante, bien au contraire.
 Bien sûr, on ne va pas enseigner le même contenu, ni de la même manière, qu’il y a un siècle. La fidélité devra résider dans une nouvelle manière de définir et d’enseigner la morale laïque pour le 21e siècle.
 Ce qui est primordial, c’est de voir que la morale laïque républicaine a rempli et continue de remplir la mission de Jules Ferry.
 Pas une défiance des religions
Il ne s’agit pas d’ouvrir une polémique envers les religions, pas plus que de tenter d’englober la vie des individus. La morale laïque permet plutôt d’établir les fondements éthiques du lien social et de concrétiser l’équilibre entre les droits et les devoirs qui doit exister dans une démocratie.
C’est cet objectif qu’il faut reprendre, dans les conditions du 21e siècle. En y étant fidèle, les conséquences, y compris sur le long terme, ne peuvent qu’être bénéfiques.
 Par exemple, la morale laïque traditionnelle fut muette sur l’égalité hommes/femmes, mais comme elle éduqua les filles à la citoyenneté, elle a peut-être – certainement ? – joué un rôle dans l’émancipation des femmes.
 Quelle mise en œuvre de beaux principes ?
Il faut partir des principes éthiques exposés dans le préambule de la Constitution française, à savoir le respect du pluralisme moral et éthique, pour former les élèves à une réflexivité morale.
 Les enfants et adolescents d’aujourd’hui reçoivent beaucoup d’informations, d’images, de « chocs » en tous genres. Ils s’intéressent aux questions tournant autour de la morale, mais les ruminent bien souvent de manière solitaire. Le rôle de l’enseignant sera alors de pousser la structuration d’une réflexion, de partager les avis, de pousser à aller plus loin, d’expliquer, aussi, que ces questions ont déjà été traitées par d’autres, que l’élève n’est pas le premier ni le seul à s’interroger là-dessus. Cela fait tout à fait partie intégrante du rôle critique de l’école.
 Notons bien que la morale laïque ne peut se passer d’adultes. Elle doit être une transmission, la preuve que les adultes se sont posé ces mêmes questions avant les enfants. La morale laïque est fondamentalement une morale d’adulte qui devient une interface entre morale et société.
 Elle a une fonction d’éveil et de soutien, de cohérence interne, de développement de la capacité à argumenter. Son rôle est aussi de permettre de prendre conscience de dilemmes moraux qui se posent parfois dans notre société.
 La société française se réclame en effet de principes éthiques, mais les concrétise-t-elle de manière satisfaisante ? Quel est l’écart entre les principes et la réalité ? Comment réduire cet écart ? La morale laïque permet cela.
 Un nouveau souffle pour la laïcité
L’idée d’un enseignement de la morale laïque me semble être une bonne remise sur rails de la laïcité, qui a été maltraitée et instrumentalisée ces derniers temps. Avec Marine Le Pen, qui dressait certains Français – prétendument laïcs par naissance voire par essence – contre d’autres, qui auraient dû se plier à un suspicieux examen de passage. Avec Nicolas Sarkozy, qui a tant dénaturé le terme, sans quoi nous n’aurions peut-être tant le besoin aujourd’hui de faire ce travail didactique.
 La morale laïque est une manière positive d’envisager la laïcité, qui concerne, faut-il encore le rappeler, tous les Français.
 Propos recueillis par Hélène Decommer. 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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