Education –  » Reconquête de la laïcité à l’Ecole » : Vers l’enseignement du «fait laïque» ?

 Médiapart 15 septembre 2012 Par claude lelièvre
Au cours de la campagne présidentielle, François Hollande a évoqué que l’on pourrait enseigner le « fait laïque » à l’Ecole, à l’instar du « fait religieux ». Le moment est peut-être venu de commencer à passer à l’acte.

Le 17 mars  2012, la grande fédération de parents d’élèves de l’Education nationale ( la FCPE ) a invité les candidats à la présidence à répondre à une batterie de questions sur l’Ecole. Lors de son audition, François Hollande a précisé qu’il serait opportun d’enseigner le « fait laïque » à l’Ecole ( à l’instar du ‘’fait religieux’’) dans le cadre d’une question portant sur la « laïcité » en général ( et qui a été posée à tous les candidats ayant répondu à l’invitation de la FCPE ).

Cette idée était alors portée en particulier par  Vincent Peillon qui était chargé du thème de l’éducation dans l’équipe de campagne de François Hollande. Le 1er mars 2012, dans un entretien sur « France Culture », Vincent Peillon avait en effet plaidé pour une  » reconquête de la laïcité à l’Ecole« . Interrogé sur l’enseignement du  »fait religieux », il avait estimé qu’il était mieux fait que que l’enseignement du  »fait laïque« . Et il avait déclaré   « découvrir qu’il n’ y avait aucun enseignement » de la laïcité pour les élèves, et que l’« on ne préparait pas les enseignants à ces valeurs là« .

On le sait, à la suite d’une discussion qui s’est envenimée lors d’un cours d’histoire sur « le fait religieux depuis 1880″, le professeur de lettres et d’histoire Christophe Varagnac, 36 ans, a été victime d’une agression de la part d’un élève de terminale, mardi, au lycée professionnel Trégey de Bordeaux. Et il a adressé un message au ministre de l’Education, Vincent Peillon, en lui demandant un entretien « constructif et courtois ».

Selon une interview menée par Céline Rastelleo et retranscrite sur le Nouvel Obs.fr, Christophe Varagnac a notamment abordé les points sensibles suivants, et d’une façon on ne peut plus explicite :
« Pendant ce cours sur « le fait religieux en France depuis 1880 », au programme depuis des années, j’évoquais la dimension théocratique de la monarchie marocaine. Cet élève m’a posé une question sur la différence de perception du fait religieux et de la liberté d’expression en France et au Maroc, pays d’origine de ses parents. Sa remarque n’était pas totalement en décalage avec le cours. J’ai alors présenté comme une vérité objective le fait que, contrairement à la France, le Maroc n’était pas une démocratie, ce qu’il semblait considérer comme un point de vue. Il n’a pas apprécié ma réponse […]

L’origine de l’altercation a eu lieu en cours d’histoire mais aurait pu intervenir dans n’importe quel cours. J’aimerais demander au ministre : peut-on, et si oui comment, continuer à enseigner certains sujets, certaines thématiques politiques, religieuses et philosophiques ? Cela pose la question de la laïcité.
 Quand bien même on s’expose à des récupérations politiques nauséabondes, on ne peut pas faire l’économie de ce débat. Dans le cadre de la laïcité, le professeur ne doit pas dire pour qui il vote ni sa confession religieuse, mais expliquer des concepts. Notamment la distinction entre savoirs et croyances.
Beaucoup de mes élèves se revendiquant musulmans considèrent la religion comme une vérité intangible et non comme une croyance. D’où l’importance d’expliquer les choses. Il faut poser le problème, l’aborder ensemble, arrêter de faire comme s’il n’existait pas, briser l’omerta.
Il serait intéressant d’intégrer à la formation, par exemple, quelques séquences sur l’islam. Ne serait-ce que pour que tous les professeurs aient les connaissances de base quand on leur pose des questions. Le système démocratique permet à chacun de s’exprimer, d’échanger, et l’école doit permettre de comprendre ces problématiques. La laïcité n’a pas à être débattue, pas question de transiger sur le principe. Ce dont on doit débattre, c’est la manière dont on l’applique en tenant compte des évolutions contemporaines […]
 En libre penseur, je n’adhère à aucun parti. Le directeur de cabinet du ministre m’a téléphoné, m’a fait part de son soutien et m’a félicité pour mon attitude. L’échange était cordial et constructif. J’ai senti une certaine concordance de point de vue. Le problème principal de l’Education nationale n’est pas financier, mais intellectuel et philosophique. L’Education nationale est une machine énorme qui doit être revue de fond en comble, c’est un travail vertigineux. Mais peut-être peut-on faire rapidement quelques petites choses qui ne coûtent rien et amélioreraient déjà la situation… Vincent Peillon est un vrai humaniste, sincère, il n’a pas le même profil que ses prédécesseurs. Il devrait pouvoir me rencontrer lors d’un de ses prochains déplacements dans le secteur »

On devrait en savoir plus dans les jours qui viennent.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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