New York – «Occupy Wall Street»: l’esprit des luttes est toujours là; ce mouvement existe de manière discrète.

Médiapart 17/09/2012 | Par Iris Deroeux New York, correspondance
À New York, le 17 septembre 2011, naissait « Occupy Wall Street » : une vague de protestation contre les inégalités économiques, la concentration des richesses entre les mains de « 1 % » de la population aux dépens des « 99 % », et contre le pouvoir sans limite de la finance.
D’abord incarné par une place, Zuccotti Park, à la fois squat en plein air et lieu de manifestation, le mouvement Occupy a dû apprendre à survivre sans ce symbole récupéré dès la mi-novembre par la police. Depuis, beaucoup ont annoncé sa mort. Ce n’est pas vraiment le cas. En attestent les événements organisés pour célébrer le premier anniversaire du mouvement.

15 septembre. Le mouvement Occupy occupe Washington Square à New York. © Thomas Haley
Désormais, ce mouvement existe de manière discrète. Occupy est marginal. Il n’est jamais devenu structuré et influent, capable de parler au nom de la gauche américaine. Il compte un petit nombre de militants éparpillés dans le pays et n’attire pas l’attention de grand-monde, à commencer par celle des médias américains.
Retrouvez ici le reportage photo de Thomas Haley sur Occupy
 Pour mieux comprendre ce que représente Occupy aujourd’hui, rendez-vous à « Occupy Sunset Park », en référence au nom d’un quartier situé dans le sud de Brooklyn, à New York. C’est un quartier populaire qui s’embourgeoise, où une minorité blanche côtoie les communautés afro-américaine et hispanique. L’organisation locale y est née en octobre 2011, « quand Occupy était critiqué pour ne pas assez représenter la diversité américaine », glisse discrètement David, seul latino du groupe. Ce samedi matin de septembre, ils sont sept militants réunis à la Casita, sorte de maison de quartier. Et l’ordre du jour n’en finit plus.
Y sont d’abord abordés des grands thèmes généraux comme l’éducation et la gratuité de l’université aux États-Unis ; quelqu’un propose de donner un cours sur la grève étudiante au Québec. Puis c’est au tour des thèmes locaux : la grève des loyers initiée par les habitants d’un immeuble insalubre du quartier et soutenue par Occupy ; la lutte des travailleurs illégaux d’un marché de Brooklyn, souhaitant ouvrir une section syndicale contre la volonté du patron ; la manifestation de « Occupy the Bronx » afin de dénoncer les bavures policières ; l’ouverture prochaine du Barclays Center, immense stade de Brooklyn, et les fausses promesses des investisseurs (de l’habitat abordable, entre autres)… Sans oublier les manifestations et conférences organisées pour célébrer l’anniversaire d’Occupy à New York. Une fois la réunion terminée, libre à chacun de sélectionner son « combat du jour » et d’aller militer. 
Voilà donc à quoi ressemble Occupy en septembre 2012. Militer signifie être sur tous les fronts (de gauche). La déclinaison du label en témoigne : Occupy the Bronx ou tout autre quartier, Occupy Well Street (pour les questions écologiques comme l’opposition au gaz de schiste), Occupy the Education et Occupy Student Debt (pour l’éducation gratuite et l’annulation de la dette étudiante), Occupy Your Homes et Occupy Foreclosure (pour lutter contre les évictions), Occupy the SEC (sur l’encadrement des banques) ou encore Occupy Healthcare (sur la réforme de l’assurance maladie).
Les militants s’inscrivent ensuite dans le réseau classique de l’action sociale. Ils soutiennent et amplifient des luttes existantes, notamment syndicales. Actuellement, cet effort est visible à Chicago, où 25 000 enseignants du secteur public se sont mis en grève lundi 10 septembre pour lutter contre les plans du maire démocrate et ancien conseiller d’Obama, Rahm Emanuel – notamment d’allonger la durée du travail sans augmentation salariale – en étant soutenus par des militants Occupy.
Ce fut encore le cas à New York, au printemps dernier. Les militants se sont illustrés aux côtés de salariés du restaurant Hot&Crusty, les accompagnant dans leurs piquets de grève afin d’obtenir le droit d’ouvrir une section syndicale dans l’entreprise. Les propriétaires, qui avaient d’abord annoncé vouloir fermer boutique plutôt que de laisser les salariés se syndicaliser, ont finalement cédé. À New York toujours, des militants Occupy ont également rejoint la campagne de lutte contre les pratiques dites du « Stop-and-Frisk » de la police de New York, à savoir des contrôles au faciès visant les Afro-Américains et les Hispaniques.
Occupy, bientôt une étiquette politique au même titre que le « Tea Party » ?
Un poids dans la campagne présidentielle ?

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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