Japon-Chine – Archipel des Senkaku : A l’étranger, ce face à face sino-japonais suscite une inquiétude croissante

  Nouvel Obs  24-09-2012 avec AFP

Risque d’affrontements « comme jamais »

 Depuis plusieurs semaines, les deux pays organisent des « expéditions » navales autour de l’archipel des Senkaku.
La tension actuelle entre la Chine et le Japon autour d’îles contestées en mer de Chine orientale accroît « comme jamais » le risque d’affrontements entre navires des deux pays, estime le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).
Démonstration de force 

« Des patrouilles chinoises plus fréquentes avec des garde-côtes japonais qui continuent eux aussi de patrouiller autour des îles augmentent comme jamais le risque d’affrontements maritimes », estime l’ICG dans son dernier rapport intitulé « Eaux dangereuses ».
Trois navires gouvernementaux chinois ont d’ailleurs pénétré lundi dans une zone considérée par le Japon comme ses eaux territoriales, selon les garde-côtes nippons.
Depuis plusieurs semaines, les deux pays se livrent à des démonstrations intransigeantes, en organisant ou encourageant des « expéditions » navales autour de l’archipel des Senkaku (Diaoyu pour la Chine), situé à environ 200 km au nord-est des côtes de Taïwan, qui d’ailleurs le revendique également, et à 400 km à l’ouest de l’île d’Okinawa (sud du Japon).
C’est l’achat de ces îles début septembre par le gouvernement japonais à leur propriétaire privé nippon qui avait mis le feu aux poudres, donnant le coup d’envoi d’une semaine de manifestations antijaponaises, parfois violentes à travers la Chine.
Immédiatement Pékin avait décidé d’envoyer une flottille de navires officiels pour marquer « son » territoire, et assurer que la Chine ne cèderait « jamais un centimètre carré », selon l’expression du Premier ministre Wen Jiabao.
Son homologue japonais Yoshihiko Noda avait pour sa part affirmé fin juillet que Tokyo pourrait envoyer les forces d’autodéfense (l’armée japonaise) pour défendre l’archipel.
L’ICG rappelle que dans le passé, les deux pays ont jusque-là réussi à faire retomber la fièvre autour de cet archipel, notamment en 2010 lors de l’arrestation pendant deux semaines du capitaine d’un chalutier chinois « trop zélé » qui avait heurté des garde-côtes japonais.
« Mais aujourd’hui, une escarmouche entre des bateaux officiels (chinois et japonais), dans le contexte actuel pourrait bien ne pas trouver une telle issue », estime ICG.
Inquiétude croissante à l’étranger
La vague de protestations antijaponaise en Chine qui a suivi l’achat par Tokyo de trois des îles contestées « masque » par ailleurs selon l’ICG « un développement potentiellement encore plus dangereux qui pourrait entraîner les deux pays dans un conflit plus vaste: l’adoption par la Chine d’un cadre légal qui lui permet d’expulser des navires étrangers dans les eaux disputées de la mer de Chine orientale ».
Dernièrement, rappelle l’ICG, « le ministère des Affaires étrangères chinois a annoncé sa position pour formellement délimiter ses eaux territoriales dans cette zone, ce qui met les îles Senkaku sous administration chinoise ».
« Un défi direct au Japon qui contrôle ces îles », commente l’ICG, pour qui cette position signifie l’abandon par Pékin de sa politique précédente qui consistait jusque-là à « rechercher par la négociation une exploitation commune avec le Japon des ressources de cette zone maritime ».
Cette volonté de Pékin de formaliser sa revendication sur des territoires contestés oblige la Chine de par ses propres lois – mais aussi pour satisfaire son opinion publique – à affirmer sa juridiction sur les eaux qui entourent les îles Diaoyu, analyse le document.
L’ICG estime par ailleurs que la grande fermeté de la Chine dans cette affaire n’est pas sans rapport avec la préparation du changement décennal à la tête du pays, dans un contexte difficile: « avec un mécontentement grandissant sur le fossé qui se creuse entre riches et pauvres, une corruption largement répandue, une inflation et les prix de l’immobilier en hausse, le tout conjugué à des rumeurs de désunion à la tête du pays: Pékin sent qu’il ne peut pas être vu comme trahissant les intérêts nationaux face à son ennemi historique ».
A l’étranger, ce face à face sino-japonais suscite une inquiétude croissante: le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta a estimé que les conflits territoriaux actuels en Asie, pourraient déclencher une guerre si les gouvernements concernés continuent « leurs provocations ».
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon s’est lui aussi déclaré « de plus en plus inquiet de ces « tensions croissantes ». 

A propos kozett

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