Le Guide des 4 000 médicaments – Des diagnostics sous le feu des critiques

 Le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux (Cherche-Midi, 905 p., 23,80 €) a pour premier but, selon ses auteurs, d’informer  » le plus objectivement possible ». Mais certaines de leurs affirmations sont très contestées.
Exemples.
 Le cholestérol et les statines Le cholestérol n’est qu’un marqueur, rien de plus, affirment les professeurs Debré et Even, pour qui « les statines, dont on inonde la population des plus de 40 ou 50 ans presque entièrement pour le combattre, ne servent à rien chez 90 % de ceux à qui on les donne ». « Depuis des décennies, quelques individus continuent à contester les effets délétères d’un excès de cholestérol, mais il y a des centaines d’études qui prouvent le contraire, et les recommandations de traitement sont à peu près les mêmes dans de nombreux pays », indique le professeur Albert Hagège, président de la Société française de cardiologie. « Les statines sont, avec les antihypertenseurs, les classes thérapeutiques qui ont le niveau de preuve le plus élevé en termes d’amélioration de l’espérance de vie et de diminution des maladies cardio-vasculaires », renchérit le professeur Jean-Jacques Mourad, du service de médecine interne de l’hôpital Avicenne, à Bobigny.
Leur prescription en prévention secondaire (après un premier accident cardio-vasculaire) fait l’unanimité. Leur place en prévention primaire (en l’absence d’antécédent d’infarctus) est moins consensuelle. « Chez les patients avec un haut niveau de risque, une statine se justifie en termes de santé publique. Quand le risque est plus faible, la réponse doit être individuelle, mais, dans tous les cas, c’est au patient de décider », résume le professeur Nicolas Danchin, cardiologue à l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, qui précise avoir déjà travaillé avec des fabricants de statines.
 Les antihypertenseurs Pour MM. Even et Debré, l’augmentation apparente de l’hypertension est largement due au changement de sa définition. Selon eux, toutes les molécules se valent : « La logique serait de commencer par les moins chères, diurétiques et bêtabloquants ». Ils s’insurgent contre la multiplication des « me too » (médicaments d’une même famille thérapeutique), et souhaitent le retrait des 39 spécialités associant plusieurs antihypertenseurs dans une même pilule.
« Les « me too » ont deux avantages, assure Jean-Jacques Mourad. D’abord, la concurrence permet d’améliorer les médicaments, la molécule pionnière d’une gamme étant souvent dépassée par les suivantes. Ensuite, elle permet des économies car les « me too » sont moins chers que les médicaments pionniers. »
Quant aux spécialités associant plusieurs antihypertenseurs, elles sont pertinentes pour les spécialistes. « En médecine de ville, il n’y a pas un infirmier auprès de chaque malade. Les médecins doivent se mettre dans une situation qui facilite l’administration des médicaments », poursuit Jean-Jacques Mourad. « En moyenne, un hypertendu prend 6 à 8 comprimés par jour. Comme dans le sida, les combinaisons de molécules qui diminuent le nombre de prises sont un plus pour l’observance, c’est une évidence », insiste-t-il. Un avis partagé par le professeur François Chast, pharmacologue à l’Hôtel-Dieu, à Paris.
Quid des critères de traitement d’une hypertension, que MM. Debré et Even jugent justifié à partir d’une pression systolique supérieure à 16 ? « Aujourd’hui, à partir d’une pression de 14, une prise en charge se justifie. 16, c’est quand j’étais étudiant, relève Nicolas Danchin. De plus, les diurétiques et les bêtabloquants ne sont pas les médicaments les mieux tolérés. »
 L’avastin dans les cancers Cet anticorps qui bloque l’angiogenèse est « inutile et potentiellement dangereux », selon les auteurs du guide, qui préconisent de l’interdire.
« Dans les cancers colorectaux, ce traitement a apporté des progrès importants, et sa toxicité reste relativement modeste par rapport à d’autres molécules, souligne François Chast. La situation est moins claire dans les cancers du sein. L’indication a été retirée aux Etats-Unis du fait d’un rapport bénéfice/risque défavorable. On peut s’étonner que la décision n’ait pas encore été prise en France. »
Sandrine Cabut  SCIENCE ET TECHNO 

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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