Plantu – « construire des ponts » entre les civilisations et les religions : 40 ans de dessins de presse

Plantu fête 40 années de dessins de presse au Monde

Jean Plantureux, dit Plantu, a publié son premier dessin dans Le Monde il y a 40 ans: pour lui rendre hommage, le journal qui sort lundi sera entièrement illustré par ce journaliste et homme de paix qui voudrait que les dessinateurs « construisent des ponts » entre les civilisations et les religions.
« En 1972, je travaillais aux Galeries Lafayette et pendant trois mois j’ai déposé des dessins au siège du Monde, d’abord sans les adresser à un destinataire particulier », raconte-t-il à l’AFP.
« Un jour, un garçon d’étage, un appariteur en uniforme gris, m’a présenté à un des rédacteurs en chef, Bernard Lauzanne, qui m’a reçu. Il a publié mon premier dessin le 2 octobre 1972, pour accompagner un article sur le Vietnam. Ca a commencé comme ça. Depuis, je dis qu’il faut croire à la chance ».
En 1985, le directeur d’alors, André Fontaine, décide de lui donner chaque jour une place en Une. Depuis 1991, il publie aussi chaque semaine une page dans l’hebdomadaire L’Express.

Le premier dessin, en page intérieure du Monde, représentait une colombe qui volait avec dans le bec un rameau en forme de point d’interrogation.
« Course à l’audience »
Ce symbole d’une paix incertaine n’a jamais quitté son oeuvre. Il a créé avec Kofi Annan une association de dessinateurs, « Cartooning for Peace », qui se réunit chaque année à Caen et organise des manifestations dans le monde entier, récemment au Pérou et à Istanbul.
Deux autres sont prévues en novembre, à Montpellier et à la Maison des Métallos à Paris.
Plantu, 63 ans, est dessinateur et journaliste, en prise constante avec l’actualité. « C’est plus compliqué pour un journaliste qui écrit ou parle à la radio qui doit assumer sa part d’objectivité, alors que moi j’assume juste ma part de subjectivité », dit-il.
Pour Plantu, « être journaliste c’est éviter d’aller dans le sens du poil et de l’audimat, et en même temps séduire le lecteur qui veut savoir ce qui se passe à travers le monde ». « Aujourd’hui on parle de blasphème, mais en fait au-dessus des dieux il y a un grand dieu, celui du marketing. Dans cette course à l’audience, les médias font très souvent de la caricature sans s’en rendre compte », affirme le dessinateur.
« C’est beaucoup plus dur depuis le 11 septembre, avec ce choc entre Occident et musulmans, et l’affaire du dessinateur danois », victime d’une tentative d’assassinat en 2008 pour des caricatures de Mahomet publiées en 2005 par le quotidien Jyllands-Posten.
« C’est un choc pour la liberté d’expression qui va au-delà de celle des dessinateurs et des journalistes, mais touche celle de tous les citoyens », estime Plantu, qui souhaite que les dessinateurs « construisent des ponts entre civilisations et entre religions, qu’elles soient juive, musulmane ou agnostique ».
Sa carrière n’a pas été de tout repos au prestigieux quotidien du soir, où les luttes internes sont feutrées mais parfois violentes. « Il y a eu des moments très durs, où je pensais que c’était fini pour moi au Monde », dit-il. « Un des pires moments, c’est d’avoir été mis en cause par la direction en 1995 devant 300 collaborateurs du Monde », raconte-t-il. « On était deux à ne pas être d’accord sur le traitement des grandes grèves, Annick Cojean et moi, là j’ai vraiment cru que c’était la fin. Mais on s’est soutenus mutuellement ».
Dans le prolongement de ce numéro +collector+ du Monde, daté de mardi, les lecteurs pourront retrouver sur lemonde.fr un portfolio des dessins de Plantu.
Outre ces hommages, une exposition de dessins de Plantu est organisée à Poitiers dans le cadre des sixièmes Assises du journalisme, un des grands rendez-vous de la profession.
Jean Plantureux, qui ne semble guère rechercher les honneurs, estime que l’exposition aurait dû s’appeler « Bonjour les chevilles! « . « Je fais comme si on ne parlait pas de moi, mais d’un autre côté, je me sens parfois un peu escroc », sourit le dessinateur.
TV5MONDE PARIS (AFP) – 30.09.2012  – Par Laurent HOUSSAY © 2012 AFP

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Culture, Humour, Médias, Politique, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.