On en reparle … – Nathalie Kosciusko-Morizet : Une terrible dialectique, retour d’un genre d’attaques que l’on croyait dépassé depuis un quart de siècle

Nathalie Kosciusko-Morizet s’en prend au physique de Hollande : du Le Pen dans le texte ?

Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique 10/10/2012
 « … on joue de cette terrible mécanique, qui entretient l’attaque, la fait prospérer et diffuse son venin dans les corps social, c’est insupportable et doit être dénoncée comme telle. Point. »
LE PLUS. (1) L’ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy s’en est pris au physique de François Hollande pour critiquer sa politique. Le procédé n’est pas nouveau, mais hélas pour NKM, il était jusque-là une marque de fabrique de l’extrême droite et des Le Pen. Est-ce un dérapage contrôlé ? Analyse de notre chroniqueur Bruno Roger-Petit.
La charge menée contre François Hollande par Nathalie Kosciusko-Morizet ne se caractérise pas par sa seule violence politique. Après tout, le pamphlet est un genre comme un autre, et François Mitterrand dans ses écrits contre de Gaulle, Pompidou et Giscard, en usa abondamment.
 Non, plus grave, beaucoup plus grave même, elle signe le retour à un genre d’attaques que l’on croyait dépassé depuis un quart de siècle : l’attaque du physique de l’adversaire et la dégradation de son action à travers son corps. 
 Une attaque insupportable
 Pour discréditer la politique de François Hollande, NKM s’en prend à l’aspect du président de la République et ceux qui le soutiennent :
 « Ces bourgeois de la politique qui se sont déguisés, bedaines effacées, sourires patelins, se révèlent arrogants, menteurs, tricheurs. Ils ont l’esprit de clan et veulent mettre l’État en coupe réglée et se servir »
 Et de comparer ces « bourgeois » aux « bedaines effacées » à ceux qui détenaient le pouvoir sous le règne de Louis-Philippe, commettant par là-même un contresens historique majeur : l’inventeur du capitalisme financier sans frein n’est-il pas Guizot, le Premier ministre de Louis-Philippe, auteur du célèbre « Enrichissez-vous » ? S’il y a des héritiers de Guizot dans la France de 2012, ils sont sans doute plus proches de NKM et de l’UMP que de François Hollande et du PS…
 Les propos de NKM sont critiqués, condamnés, ici ou là, mais l’on s’étonne du peu d’inclination des uns et des autres à pointer du doigt leur part d’insupportable. Pour la première fois depuis les attaques d’un Poujade ou d’un Le Pen contre Mendès France, ou les sorties d’un Poniatowski ou d’un Villiers contre Mitterrand, un responsable de premier plan de la droite française s’en prend à un leader de gauche en s’attaquant à son physique.
 On peut considérer ce choix politique de NKM sous toutes les coutures, sous tous les angles, et chaque fois la conclusion s’impose : cette attaque est insupportable, et il n’est pas une seule seconde question de s’interroger sur le caractère maîtrisée ou pas de cette dernière. Elle est insupportable et doit être dénoncée comme telle. Point.
 Une dialectique terrible
 On entend déjà ceux qui, à commencer par NKM elle-même, plaideront le bon mot, le trait d’esprit et minimiseront la portée de l’affaire en arguant de la grande sensibilité des socialistes.
 Cela n’empêchera pas de constater que NKM, en s’en prenant au physique d’un adversaire politique, en qualifiant politiquement ce physique, n’a pas seulement usé d’un vieille ficelle de la politique telle qu’elle se pratiquait à l’extrême droite et assimilées, des années 30 aux années 70, elle a aussi brisé un tabou, de la même façon que les récentes sorties de Jean-François Copé en ont brisé d’autres.
 « On ne peut même pas les critiquer, maintenant ! C’est quoi cette sur-réaction ? », a déclaré NKM sur RTL, répondant aux remarques (polies, trop polies même ?) des socialistes, reprenant le couplet traditionnel de ceux qui s’en prennent au physique d’autrui pour le discréditer.
 Vieille rengaine : on attaque le corps de l’autre, on le réduit, on le moque, on en fait l’incarnation d’une politique, une « guimauve envahissante », dit NKM de Hollande, et quand on est confronté à ses mots, ses maux, on persiste, on en rajoute, on juge sa victime coupable, en ayant recours à cette terrible et perverse dialectique qui transforme la victime d’une tricherie politique en mauvais joueur, l’agressé en agresseur. Et l’on joue de cette terrible mécanique, qui entretient l’attaque, la fait prospérer et diffuse son venin dans les corps social.
 Triste pour la politique
 On peut encore tourner la question dans tous les sens, ce procédé, cette technique, cette dialectique a été, est, et sera toujours celle de l’extrême droite. La liste serait longue des leaders de gauche qui furent les victimes, au cours de l’histoire, de ces mauvaises manières. On en prendra donc qu’un seul exemple, qui suffira à caractériser le propos de NKM et à l’évaluer à sa juste dimension.
 Le 11 février 1958, à la tribune de l’Assemblée nationale, Jean-Marie Le Pen s’en prenait à l’une des grandes figures de la gauche de l’époque, Pierre Mendès France, en ces termes : « Vous savez bien, monsieur Mendès France, quel est votre réel pouvoir sur le pays. Vous n’ignorez pas que vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques ».
 Le 8 octobre 2012, dans le « Figaro », l’histoire retiendra que NKM a usé du même procédé à l’égard de François Hollande que Jean-Marie Le Pen contre Mendès France. Et c’est bien triste. Et pour NKM. Et pour la droite. Et pour la politique.
 Que peut gagner NKM à faire du mauvais, très mauvais, Le Pen ?
Édité par Sébastien Billard   Auteur parrainé par Benoît Raphaël
 (1) Avec le Plus, le nouvel Observateur vous propose une expérience inédite d’information. L’objectif est de mettre en valeur les talents et les richesses du web, en vous faisant participer.
A propos de NKM : sur résistance Inventerre  le petit journal de Léon et Paulette Lire la suite

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Politique, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.