Les plats industriels envahissent les cuisines des restaurants

Le Canard Enchaîné du 17 octobre 2012 – rubrique « Confit de Canard »
Tous les ans au mois d’octobre, revient la semaine du goût. Au menu des festivités, qui ont débuté lundi 15, des milliers d’animations pour « promouvoir l’éducation au goût« . Le tout dûment sponsorisé par les soupes Liebig, le chocolat Poulain, le fromage frais aromatisé Boursin, les bouillons KUB Maggi, sans oublier la Collective du sucre, qui, d’après le dossier remis aux journalistes, « assure pour le compte des société sucrières française la valorisation et la défense du sucre dans le cadre d’une alimentation saine et équilibrée« .
Tout ce tintouin réussira-t-il à faire oublier qu’il y a belle lurette que, au pays de la bonne bouffe, les trois quarts des restaurants servent des plats industriels « remis en température » au four à micro-ondes ou au bain-marie ? Pourquoi se gêner, puisque rien n’oblige le restaurateur à mentionner sur sa carte qu’il fait de la » cuisine d’assemblage » ? En 2007, les pouvoirs publics ont bien créée le label « Maîtres restaurateurs », qui garantit une tambouille préparée à 80% sur place avec des produits frais (« Conflit », 27/06/07).
Cinq ans plus tard, seuls 2 000 restaus sur 120 000 – soit moins de 2% -, ont décroché l’estampille. Comme suoi, le cadeau de 2,5 milliards d’euros de Sarkozy aux restaurateurs, grâce à la TVA réduite depuis 2009, n’aura même pas permis l’embauche de cuistots pour remettre la vraie popote dans l’assiette des clients…
Las d’être pris pour des poires, de plus en plus de consommateurs se rebiffent. Des gourmets en colère viennent ainsi de lancer  » Restaurantsquifontmanger.fr « . Il s’agit ni plus ni moins de constituer un annuaire des restaus où de vrais cuistots s’activent derrière les fourneaux. Et ce sont les internautes qui font le boulot grâce à des astuces toutes bêtes. Pas la peine de nouer sa serviette autour du cou quand la carte  est longue comme un jour sans pain, que les frites et les desserts sont parfaitement dessinés, que les poissons sont tous servis en filets, qu’on propose des fraises en plein hiver, ou que le plat déboule à peine la commande passée…
Les restaus adoubés par les internautes ont le droit d’afficher le logo  » Nous on fait à manger ! « . Et pour les autres, « La vérité si je mange » ?
Le site : Restaurants qui font manger
Du « mauvais frais »
Des produits de mauvaise qualité issus d’une agriculture ou d’élevages industriels, des produits frais qui ne le sont pas vraiment, un chef dont le talent culinaire laisse à désirer peut permettre d’affirmer que dans certains cas un plat industriel pourrait être meilleur qu’un plat élaboré sur place sur le plan gustatif.« Oui un plat industriel peut parfois être meilleur qu’un plat maison »
– Du « mauvais industriel »
L’argument du « bon industriel » face au « mauvais frais » peut être une réalité mais l’inverse aussi.
Non seulement de nombreux « restaurateurs » servent de l’industriel mais ils servent de l’industriel premier prix discount. Bref des mauvais produits sur le plan gustatif mais aussi pour la santé (trop de graisse, de sucre, de sel, d’additifs, d’exhausteur de goût glutamate, de colorants, de conservateurs, …) de la m…e dans l’univers de la malbouffe.« Mais un plat industriel peut aussi être la pire des cochonneries »
– Vous préférez du « mauvais frais » ou du « bon industriel »
C’est un faux problème. Si je vais au restaurant c’est notamment pour manger ce que je ne trouve pas ailleurs. C’est pour avoir un repas fait sur place par un cuisiner avec des produits de base.
Si je veux manger de l’industriel discount bourré de produits chimiques, il me suffit d’acheter du premier prix au supermarché. Si je veux de l’industriel de « qualité », je peux acheter des produits surgelés « haut de gamme ».

Un restaurant, c’est pour nous un lieu où l’on fait à manger et pas une cantine industrielle. En tant que consommateur nous voulons pouvoir bénéficier de cette garantie, noter les qualités d’un restaurateur et non une multinationale de l’agroalimentaire. « Un restaurant qui ne fait pas à manger est une tromperie du consommateur et s’apparente à de l’escroquerie »

– Surgelé ! – Sous-vide ! – Assemblage ! – Micro-onde ! – Cuisine industrielle !
Nous ne disons pas que tous les restaurants qui présentent plus de 50 plats, servent super vite et ont des gâteaux parfaits font obligatoirement de la cuisine industrielle. Ils peuvent disposer de 5 cuisiniers et d’un pâtissier mais s’il n’y a que 10 tables, la méfiance est de rigueur. C’est sans doute malheureux, mais hélas la méfiance a sa place…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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