Règlements de comptes en Corse : ce que veut faire le gouvernement contre la grande criminalité

Médiapart | Gratuit en direct ce 18/10/2012  Par Michel Deléan
Au choc provoqué par l’assassinat de l’avocat Antoine Sollacaro, mardi matin près d’Ajaccio (lire ici), succède une inévitable réflexion sur les moyens d’endiguer la spirale des exécutions et des règlements de comptes en Corse.
Soucieux de se montrer réactif, le premier ministre a annoncé dès mercredi une directive de politique pénale spécifique à la Corse. « Cette situation est insupportable, le gouvernement est déterminé à agir avec la plus grande fermeté, la plus grande détermination contre ce fléau qui mine la Corse, qui est le crime organisé, depuis de longues années », a déclaré Jean-Marc Ayrault.
Les ministères de la justice et de l’intérieur, déjà mis à contribution ces dernières semaines pour lutter ensemble contre la multiplication des crimes de sang à Marseille (lire ici), doivent donc également plancher à un projet qui soit adapté à la problématique corse.
Plusieurs solutions sont actuellement à l’étude. Selon des informations obtenues par Mediapart, l’une d’entre elles consisterait à créer une juridiction spécialisée en Corse, sur le modèle des huit juridictions interrégionales spécialisées (JIRS) existantes, qui sont chargées de lutter contre la criminalité organisée (créées à partir de 2004, elles sont implantées à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Rennes, Bordeaux, Nancy et Fort-de-France).

Antoine Sollacaro (au centre)
En la matière, les mouvements de menton et les effets d’annonce ne peuvent suffire. Pendant la période dite de « rétablissement de l’état de droit » en Corse, qui avait suivi l’assassinat du préfet Claude Erignac, la création d’un « pôle économique et financier » au tribunal de Bastia avait été annoncée en 1999 par Elisabeth Guigou, alors Garde des Sceaux. Mais celui-ci a été progressivement vidé de sa substance, surtout au profit de la JIRS de Marseille à partir de 2004, et les priorités politiques ont changé au gré des alternances : ce « pôle financier » de Bastia ne compte plus, à ce jour, que deux magistrats (un juge d’instruction et un substitut).
Créer une nouvelle juridiction spécialisée en Corse ? Cette solution est très mal vue au sein de la JIRS de Marseille, qui est chargée des dossiers de criminalité organisée corses. D’abord parce que ces grosses affaires corses pèsent pour un tiers des dossiers de la JIRS marseillaise (60 sur 130), mais aussi parce que celle-ci commence à obtenir des résultats.
« Nous en sommes à plus d’une centaine de mises en examen sur la Corse, et nous avons sorti plusieurs grosses affaires qui ont débouché sur des condamnations, comme celle d’Ange-Toussaint Federicci, de ceux qui projetaient d’assassiner Alain Orsoni, ou encore des responsables de la Société méditerranéenne de sécurité (SMS) », explique à Mediapart un magistrat de la JIRS de Marseille.
Les responsables de la JIRS marseillaise devraient bientôt faire connaître leurs besoins à la ministre de la justice Christiane Taubira. Il s’agirait, selon des informations obtenues par Mediapart, de demander le détachement d’officiers de police judiciaire (OPJ) auprès de la JIRS, ainsi que le recrutement d‘assistants spécialisés en matière économique et financière, voire de créer un office régional de lutte contre la délinquance, qui permettrait de dépasser la division traditionnelle entre les services de police et de gendarmerie.
Une autre piste consisterait à unifier les deux services de police judiciaire de l’île, basés à Ajaccio et à Bastia, dont la coopération est jugée très perfectible. Enfin, une dernière idée consisterait à instituer un préfet de police en Corse.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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