Blanchi après six longues années d’incertitude sur son sort : Désistement des poursuites disciplinaires visant Renaud Van Ruymbeke,

Médiapart en accès libre ce 19/10/2012  Par Michel Deléan

Renaud Van Ruymbeke réhabilité, symbole de la faillite du sarkozysme judiciaire

Comme on pouvait s’y attendre, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a pris acte, ce mercredi 17 octobre, du désistement des poursuites disciplinaires visant Renaud Van Ruymbeke, qui avait été annoncé dans une certaine confusion par la directrice des services judiciaires lors de l’audience du 3 octobre dernier (lire ici).
Blanchi après six longues années d’incertitude sur son sort, les poursuites ayant été initiées par Nicolas Sarkozy et Pascal Clément en 2006, et relancées par Michel Mercier avant l’élection présidentielle (lire ici), le juge d’instruction emblématique du pôle financier de Paris va donc retourner à sa vie de magistrat. « J’ai cinq ans avant la retraite, je vais continuer à travailler sur mes dossiers », a sobrement réagi le juge d’instruction après la décision du CSM.
À 60 ans, Renaud Van Ruymbeke a vu son avancement gelé depuis 2006 à cause de cette interminable procédure disciplinaire. Ce, alors qu’il avait demandé, peu de temps auparavant, une promotion raisonnable, compte tenu de son parcours et de son expérience : devenir président de chambre à la cour d’appel de Paris.
L’acharnement mis par Nicolas Sarkozy (d’abord comme ministre de l’intérieur, puis à l’Élysée) à faire punir ce juge honni se traduit aujourd’hui par une situation qui ne manque pas de sel : Van Ruymbeke est resté juge d’instruction, et il enquête sur l’affaire Karachi/Takieddine, qui est sérieusement menaçante pour l’ancien président de la République et plusieurs de ses proches.
Prototype du juge sourcilleux et viscéralement indépendant, critiqué par la gauche dans l’affaire Urba comme il l’avait été par la droite, sous Giscard, avec l’affaire Boulin, Renaud Van Ruymbeke a bénéficié du soutien unanime de la magistrature et d’une bonne partie du barreau lors des attaques lancées contre lui par Nicolas Sarkozy. Comme le juge l’a expliqué lui-même devant le CSM, il a, dans l’affaire Clearstream, été la victime collatérale de règlements de comptes politiques.
À l’origine, Nicolas Sarkozy s’est persuadé d’être la cible secrète du juge Van Ruymbeke, et ne lui a pas su gré de l’avoir mis hors de cause dans l’affaire des faux comptes bancaires que lui avait attribués un « corbeau », en 2004, pendant l’enquête sur les frégates de Taïwan. C’est pourtant bien Renaud Van Ruymbeke qui a établi que le prétendu compte Nagy-Bocsa n’existait pas.
Ce même Nicolas Sarkozy a, ensuite, profité des contacts entre Jean-Louis Gergorin et Van Ruymbeke dans le but de déconsidérer ce dernier, alors même que les ministères de l’intérieur et de la défense en savaient infiniment plus que lui sur le « corbeau », ainsi que sur Imad Lahoud et les listings Clearstream trafiqués. Un véritable piège.
Mis hors de cause aujourd’hui, Renaud Van Ruymbeke peut se regarder en face. S’il n’a peut-être pas eu la carrière espérée, il est resté un modèle d’indépendance et d’intégrité. Sa réhabilitation officielle, qui se produit au moment même où le procureur Courroye entame pour sa part une chute vertigineuse, apparaît comme le symbole de la faillite du sarkozysme judiciaire : cette vision bonapartiste d’une magistrature aux ordres, visant à faire des procureurs des préfets de justice, et à réduire les contre-pouvoirs, par tous les moyens.
17 octobre 2012 |
Lire aussi : Le juge Van Ruymbeke défend son honneur face au CSM

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