Allemagne : paupérisation des retraités

La Tribune Marc Meillassoux, à Berlin | 19/10/2012,
La misère des retraités allemands
En Allemagne, un nombre croissant de retraités tombent dans la pauvreté. Nombre d’entre eux retournent donc travailler, majoritairement en mini-job, les contrats les plus précaires.
Mis en place par Bismarck en 1883, le système de retraites le plus ancien du monde a survécu à deux guerres et réussi l’intégration de l’ex-RDA. Aujourd’hui pourtant, il est l’objet de nombreuses critiques dont celle d’avoir paupérisé les retraités.
Près de 4 millions de retraités seraient en effet menacés de pauvreté outre-Rhin. Il y a un mois, Ursula von der Leyen, ministre fédérale des Affaires sociales a évoqué plusieurs exemples de ce qui attendait la jeune génération si sa réforme n’aboutissait pas. En 2030, un travailleur indépendant ayant exercé 35 années et gagné 2500 euros brut par mois ne gagnera pas plus que le minimum vieillesse allemand, soit 688 euro par mois. Un salarié ayant cotisé 40 années pour un salaire brut de 2200 euros percevra aussi l’équivalent du minimum vieillesse. Pour la ministre des Affaires sociales, «la légitimité du système de retraites est aujourd’hui en jeu ».
En 2012, 2,5% des retraités, soit 400 000 personnes, touchent le minimum vieillesse. Un nombre qui qui ne compte que les retraités les plus démunis. Beaucoup pourraient prétendre à cette allocation au regard de petites leurs retraites, mais les conditions pour en bénéficier sont draconiennes : le bénéficiaire ne peut pas être propriétaire ou disposer d’épargne. Nombreux retournent donc travailler.
« Depuis 2000, le nombre de minijobs a progressé de 60% chez les plus de 65 ans, soit 761 000 retraités en minijob en Allemagne. Les minijobs sont les contrats les plus répandus chez les retraités, étant les moins chers pour l’employeur (pas de charges sociales, ndlr) » explique à la Tribune Benedikt Dederichs, porte-parole de l’Association d’aide sociale en Allemagne (SoVD). Parmi ces retraités titulaires de minijobs, 120 000 auraient plus de 75 ans.
… ou ramassent les bouteilles
A ceux-là, il faut rajouter les retraités embauchés sous d’autres formes de contrat. Il y a également les retraités que l’on voit au quotidien ramasser les bouteilles dans la rue ou faire les poubelles pour récupérer les consignes, un phénomène à l’ampleur grandissante. Parmi ces retraités qui travaillent, certains sont volontaires, d’autres non. « D’après notre expérience, il y a évidemment des personnes qui n’ont pas besoin de continuer le travail et souhaitent augmenter leur pouvoir d’achat ou avoir une activité mais pour la très grande majorité c’est une nécessité financière. L’augmentation récente des bénéficiaires du minimum vieillesse en atteste » constate Benedikt Dederichs.
Un minimum de 850 euros sous conditions ?
Pour remédier au problème, la ministre des Affaires sociales Ursula von der Leyen a proposé une subvention de l’Etat qui assurerait une retraite minimum de 850 euros à quiconque aurait cotisé 35 années. A partir de 2018, le salarié devra également cotiser au moins une année à une retraite privée.
Pour Benedikt Dederich, le financement de la subvention par l’augmentation des cotisations et l’obligation pour ses bénéficiaires d’avoir cotisé auprès de caisses privées limitera sensiblement le nombre de bénéficiaires. Thomas Desray, conseiller financier à Munich et Berlin, conteste également le financement de la subvention. « Nous allons retrouver un problème qui existe déjà en Allemagne dans le système de santé : on exige du bénéficiaire qu’il passe par un tiers privé, tout en assurant des droits minimums à ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas payer les cotisations. Un financement par l’impôt serait plus réaliste » juge Thomas Desray. Aujourd’hui, la ministre n’a pas réussi à dégager un consensus et la classe politique reste très divisée sur cette question fondamentale.
 La pauvreté, talon d’Achille du modèle allemand

A propos kozett

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