Blois – Rendez-vous de l’Histoire – Erik Orsenna était très présent dans les débats, durant tout le week-end : éloge du champ et de la table

La Nouvelle République 22/10/2012

Décris-moi ton agriculture, je dirai quelle est ta société

Erik Orsenna à l’heure de la clôture d’une manifestation consacrée aux paysans. – (Photo NR, Sébastien Gaudard)
Erik Orsenna a clôturé hier soir les 15è Rendez-vous de l’Histoire. En rendant un hommage aux paysans sans concession.
Chaque président d’une édition des Rendez-vous de l’Histoire se voit doté d’un grand privilège : choisir le sujet de sa conférence de clôture. Erik Orsenna a été très présent durant tout le week-end dans les débats des Rendez-vous de l’Histoire ; le public s’était déjà repu des bons mots de l’auteur, mais aussi des résultats de ses analyses économiques de terrain. Pour conclure, l’auteur a souhaité synthétiser, résumer, rassembler. Labourer large, pourrait-on dire, car le sujet est vaste et qu’il n’a pas souhaité faire de choix
«  Culture et agriculture produisent un même humus  »
Son parti pris est clair : dire merci car il n’est pas un «  enfant gâté  ». Dire merci au monde rural dans sa globalité, sans concession. « On m’a reproché de ne pas dénoncer. Je sais bien que l’agriculture actuelle a ses dérives et qu’il faut lutter contre la pollution. Je vis en Bretagne au milieu des porcs et des volailles. Mais quand j’entends que ce que l’on mange est à l’origine de la hausse vertigineuse des cancers, je dis qu’il faut être au minimum prudent ! »
 Le sociétaire du fauteuil n° 17 (celui de Pasteur) à l’Académie française n’a pas manqué de dénoncer « la tendance à l’obscurantisme, on soupçonne tout ». « J’ai été prof, ce que je veux c’est savoir. Alors pourquoi interdire la recherche ? Croyez-vous que dans ce climat d’extrême précaution on aurait laissé Pasteur faire ses recherches ? » Les OGM, l’exploitation du gaz de schiste, sont autant de sujets glissants, trop brûlants pour que l’on puisse les aborder sereinement dans le cadre d’une manifestation historique et scientifique.
Alors après son coup de gueule, l’auteur Erik Orsenna reprend son éloge. Celle du champ et de la table, pour nourrir la population mais lui apprendre aussi le respect et l’écoute de l’autre. Société et agriculture sont intimement liées. L’agriculture française est complexe, difficile ; elle mérite dans sa globalité tout le respect de l’intellectuel. Le rapport que l’on entretient avec elle est parfois contradictoire, Erik Orsenna l’avoue aisément : « J’adore la viande. Je sais qu’il faut 15.000 litres d’eau pour produire un kilo de viande ; il ne faut pas en manger tous les jours, mais enfin souvent… pardon ! »
En Bretagne, l’écrivain Orsenna se lève comme les paysans à 5 h 30, prend le café vers 10 h après avoir livré sa bataille avec les mots. « Je me suis aperçu que nous utilisions le même langage. Nous sommes des recycleurs, nous avons besoin de temps, nous constituons de l’humus. Où marnent souvenirs, histoires et terreurs et d’où sortent pour moi des fictions. »
Lire aussi en pages 2, 8 et 31.
Béatrice Bossard
Loir-et-Cher Blois – Rendez-vous de l’histoire

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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