Canteloup – De la caricature à l’injure : TF1 aurait-elle laissé passer pareille émission consacrée à Carla Bruni du temps de N. Sarkozy ? Et que fait TF1 dans tout ça …?

Nouvel Obs  25-10-2012
Par  Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique
 Disons les choses comme elles sont : ce qu’a fait Canteloup sur TF1 n’entre pas dans le champ de la caricature ou de la satire politique. Il s’est livré à la destruction méthodique d’une personne en s’en prenant à sa dignité, son intimité et sa vie privée.

Nicolas Canteloup attaque Valérie Trierweiler sur TF1 : de la caricature à l’injure

Nicolas Canteloup se paye Valérie Trierweiler dans un sketch sur TF1 (SYSPEO/P. WOJAZER-POO/SIPA)
LE PLUS. Mardi soir, dans l’émission « Après le 20h », sur TF1, Nicolas Canteloup s’en est pris violemment à Valérie Trierweiler, mettant en cause sa dignité et sa vie privée. L’injure gratuite et avilissante est-elle devenue le sommet de l’humour sur TF1 ? Notre chroniqueur Bruno Roger-Petit revient sur cette séquence télévisuelle ahurissante.
Édité par Louise Pothier   Auteur parrainé par Benoît Raphaël
 L’injure est-elle devenue synonyme de caricature ? C’est la question que se posent sans doute les téléspectateurs qui ont regardé ce mardi passé l’émission de Nicolas Canteloup sur TF1 à 20h45, « Après le 20 heures ». Tout au long d’une séquence hallucinante, qui finissait par donner la nausée, l’imitateur vedette s’en est pris à la compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler, en des termes et avec des arguments jamais vus et/ou entendus jusque-là dans l’histoire de l’humour et de l’imitation à la télévision.
 On se demande même comment une telle charge, aussi incroyable de violence, de vulgarité et d’obscénité a pu être livrée, telle quelle, aux téléspectateurs de TF1, à une heure de très grande écoute.
 On résume l’émission.
 Une étonnante virulence

 Tout commence par une imitation de Ségolène Royal, campée en présentatrice d’émission littéraire faisant la promotion du livre « La Frondeuse », livre à charge contre Valérie Trierweiler, rédigé par Christophe Jakubyszyn, chef du service politique de… TF1 et menacé d’un dépôt de plainte par la compagne du président de la République pour atteinte à la vie privée et diffamation. Prudent, le placide Nikos Aliagas précise bien que le livre est susceptible d’être attaqué en justice, mais en revanche, il ne dit pas un mot sur la situation professionnelle de l’auteur à TF1, ce qui est problématique. Après tout, il y a quantités d’autres livres sortis sur Valérie Trierweiler depuis deux mois, pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ?
 Mais le pire est encore à venir. Nicolas Canteloup instrumentalise Ségolène Royal pour s’en prendre avec une étonnante virulence à la personne de Valérie Trierweiler.
 Qu’on en juge.
 « Il est tout tâché ce livre », dit Canteloup-Royal, avant de remarquer « Ah mais non, c’est qu’elle a la peau grasse ».
 Une attaque sur le physique. Classe.
 Dans la foulée, Canteloup-Royal continue dans la même veine : « Ce livre, c’est une femme mariée qui hésite entre trois hommes, un président de la République, Patrick Devedjian et accessoirement son mari. » Tout est faux dans cette présentation des faits, tout, absolument tout, mais Canteloup en joue sans vergogne, à une heure de grande écoute sur TF1, et surtout, il en joue sans aucun ménagement, aucun égard pour les personnes concernées, leurs proches, leurs familles.
 Une attaque sur la vie privée totalement et absolument gratuite. Grande classe.
 Et la mise au pilori de TF1 continue. Après un nouveau rappel du titre du livre, Canteloup-Royal enchaine : « Cela s’appelle ‘la Frondeuse’, mais ça aurait pu s’appeler aussi ‘la Marie couche-toi là’, ‘la Voleuse de mari’, ‘la Nympho’ peut être… »
 Des injures et encore des injures. Très grande classe.
 Face à cet hallucinant déferlement, Nikos Aliagas fait le métier qu’on lui demande, mais ne sourit pas, ne rit pas. On le sent gêné aux entournures.
 Une caricature ? Non, un outrage, une injure
 Et on en reprend encore un petit pour la route. Canteloup-Royal lance un magnéto où Ségolène Royal annonce à François Hollande qu’il est cocu. Suit un montage habile, où une ancienne interview de Jean-Louis Borloo par Valérie Trierweiler, (encore traitée de « chaudasse » au passage) et réalisé pour une chaîne concurrente de TF1, est détournée par un doublage en voix off, afin de présenter la compagne du président de la République en dragueuse obstinée et un peu lourde, prête à tout, et qui parle de François Hollande comme de « la première panne de France ». La séquence se termine par un « J’vais te faire kiffer Valoche ».
 Très, très grande classe…
 L’émission se termine presque par un temps mort, où Valérie Trierweiler est mise en scène comme la nouvelle animatrice d’une émission de télévision baptisée « Ségolène je te hais, l’émission de ceux qui haïssent Ségolène Royal ». C’est avilissant, méprisant, outrageant même, et pour Valérie Trierweiler et Ségolène Royal, mais pas complètement injurieux. On en est presque étonné.
 Au total, la séquence consacrée au « dézinguage » de Valérie Trierweiler dure près de cinq minutes. Cinq minutes à 20h45, horaire de pointe des audiences à la télévision, notamment sur TF1 !
 Était-ce vraiment de la caricature ? Non.
 De l’injure ? Oui, sans aucun doute.
 Un procédé insupportable
 Valérie Trierweiler n’a jamais été moquée par Canteloup, sur TF1, pour son rôle public, pour ses actes publics, pour son influence politique éventuelle. Elle a été injuriée, voire diffamée, intuitu personae, à raison de faits qui ne sont pas établis et qui, en outre, relèvent de toutes façons de sa seule vie privée. Quoi que l’on puisse juger de son rôle public, le procédé est insupportable.
 Disons les choses comme elles sont : ce qu’a fait Canteloup sur TF1 n’entre pas dans le champ de la caricature ou de la satire politique. Il s’est livré à la destruction méthodique d’une personne en s’en prenant à sa dignité, son intimité et sa vie privée. De mémoire, même Thierry Le Luron, pourtant d’une férocité inégalée n’était allé aussi loin, limitant toujours ses attaques dévastatrices contre des personnalités politiques au champ de la vie publique.
 Qui est Nicolas Canteloup pour s’ériger ainsi, sur TF1, grâce à TF1, en censeur suprême d’un morale intangible, en dispensateur de vertu, en Christine Boutin des bonnes mœurs ?
 Et que fait TF1 dans tout ça ?
 Osons la bonne question : TF1 aurait-elle laissé passer pareille émission consacrée à Carla Bruni du temps de Nicolas Sarkozy ? Et mieux encore, Canteloup aurait-il osé se lancer dans une infamie pareille entre 2008 et 2012 ? On peut penser que non, deux fois non. Et comme selon certains échos, les relations entre Valérie Trierweiler et la première chaîne de France ne seraient pas au beau fixe, il se trouvera sans doute de mauvais esprits pour estimer que si TF1 a voulu, avec cette litanie d’injures, régler un compte avec Valérie Trierweiler. Compte tenu du contexte, il sera difficile de leur donner tort.
 Faut-il faire une lecture politique de cette séquence ? Est-elle le reflet d’une politique éditoriale de la chaine TF1 ? De ses valeurs ? De son respect de la dignité des personnes ? De la dignité des femmes même ?
 La prochaine fois, au lieu de présenter son émission, Nicolas Canteloup ferait mieux de présenter des excuses. Et de s’en aller, sur la pointe des pieds, en souhaitant qu’on l’oublie.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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