Centrale nucléaire française de Cattenom : Que le Luxembourg aille se faire foutre

Altermonde sans frontières– 1er novembre 2012 – Fabrice Nicolino – Charlie-Hebdo du 24 octobre 
La centrale nucléaire française de Cattenom est à 10 kilomètres du Luxembourg et de l’Allemagne. Et elle est si dangereuse que les officiels des deux pays réclament sa fermeture. Mais la France d’EDF, Areva et Montebourg s’en contrefout.
Ami lecteur, as-tu entendu parler de Cattenom ? Si oui, tu es Luxembourgeois. Sinon, ouvre grand tes oreilles. En 1978, au moment où un vieux jeton appelé Raymond Barre règne à Matignon, la France décide la construction d’une centrale nucléaire à Cattenom (Moselle). Le lieu choisi est idyllique, car il a abrité jusqu’en 1940 une caserne de l’imprenable ligne Maginot. Le lieu est admirablement européen, car la frontière avec le Luxembourg est à 12 Km, et celle avec l’Allemagne à 10. Et Metz n’est jamais qu’à 40 bornes, ce qui n’est rien pour un courageux panache radioactif français.

D’autant moins que Cattenom merde. Dans les grandes largeurs, sans que les gazettes bien élevées de Paris et de Navarre n’en informent leurs lecteurs, sans doute pour d’excellentes raisons. Au cours de la seule année 2012, les tranches de Cattenom – il y en a quatre – ont connu un nombre d’arrêts forcés croquignolet. En février, on découvre l’existence de sérieuses merdouilles sur les tuyauteries des piscines où mijote le combustible irradié. Plus chiant encore : ces défauts existaient depuis trente ans, sans avoir jamais été détectés. En mars, arrêt automatique de la tranche 2, à cause d’une vanne déconneuse. C’est la troisième fois depuis janvier qu’une tranche est obligée de déclarer (provisoirement) forfait. Le 30 septembre, nouvel arrêt. Le 15 octobre, il y a quelques jours, les tranches 3 et 4 sont stoppées à la mimine à cause d’un tambour défaillant, qui permet d’utiliser l’eau de la Moselle pour le refroidissement de la centrale. Comme un troisième réacteur est lui aussi à l’arrêt – programmé -, il n’en reste alors plus qu’un seul en service. Le triomphe.
Du côté des voisins, on tire la tronche depuis les origines de Cattenom, toutes tendances politiques confondues, mais cette année aura été l’une des plus folles. Car Luxembourgeois et Allemands ne plaisantent pas, eux, avec la sécurité. Or l’Union européenne a exigé, après Fukushima, une expertise des réacteurs nucléaires de tous les pays membres. Et réalisé une sorte de classement qui fout en l’air, sans effet de manche, la politique des socialos français en la matière. La centrale de Fessenheim, que Hollande s’est engagé à fermer, est en effet mieux classée dans le domaine-clé de la sécurité que celle de Cattenom, dont personne chez nous ne dit le moindre mot. Plus cinglé : les chefs de gouvernement du Luxembourg et des lands allemands de Sarre et de Rhénanie-Palatinat – proche lui aussi de Cattenom – ont mandaté leur propre expert, un peu comme s’ils n’avaient pas tout à fait confiance dans les nôtres. Le monsieur, qui s’appelle Dieter Majer, avait qualifié dès avant cela Cattenom de « passoire rouillée », ce qui est un rien insultant pour le génie français. Dans son rapport sur la sécurité, au ton plus diplomatique, Majer note quand même cette énormité : «  L’observateur (lui) estime que des vices importants du rapport d’EDF qu’il a signalés aux autorités françaises (…) n’ont pas suffisamment été pris en compte dans les décisions de l’autorité de tutelle nucléaire française ».
Ben mon colon. Le député luxembourgeois – Henri Kox – de Remich, à un jet de pierre de Cattenom, dénonce pour sa part, et sans hésiter, « les conditions de sécurité absolument ahurissantes de la centrale de Cattenom », rappelant au passage que 75 % de la population du Grand-Duché vit dans un rayon de 25 Km autour de la centrale française, c’est-à-dire le premier périmètre de sécurité. À l’initiative de Kox, le Parlement luxembourgeois a même voté en mars une motion réclamant la fermeture de Cattenom. Ces tout derniers jours, avec une discrétion de violette, Laurent Fabius a reçu une délégation officielle venue exiger la même chose. Et la Sarre allemande soutient la démarche. Répétons pour les sourds et malentendants : pas un mot sur le sujet dans notre belle et glorieuse presse inondée de pubs à la gloire d’Areva et d’EDF. Mais tapis rouge en revanche pour les cinq fédérations syndicales de l’énergie – CGT, CFDT, CGC, CFTC et FO – qui ont pondu un communiqué larmoyant contre la fermeture de Fessenheim, « annonce politique qui n’est basée sur aucun argument », intervenant « dans la dramatique situation économique et industrielle actuelle ».
Commentaire général, le 18 octobre, de Louis Gallois, ancien patron de la SNCF et d’EADS, ancien chevènementiste, et toujours aussi sympa : « La France a deux richesses phares : le nucléaire et le gaz de schiste ».
La centrale nucléaire de Cattenom

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