« Crack Capitalism – 33 thèses contre le capital » : un livre séditieux et euphorisant

« Nouvelles mélodies des luttes, nouvelles perspectives théoriques. »
 de John Holloway aux éditions Libertalia – mai 2012 – 500 pages – 14×21 – 20.00€
Auteur au début des années 2000 du fameux ouvrage « Changer le monde sans prendre le pouvoir », John Holloway, malgré le retentissement international de ses textes, reste un auteur relativement méconnu dans l’Hexagone. Extrait de la préface :
 « C’est avec beaucoup de plaisir, et même une jubilation indéniable, que nous présentons ce livre qui se trouve à présent entre les mains des lecteurs francophones. Nous sommes persuadés qu’il constituera une proposition théorique enthousiasmante pour nombre d’entre eux, car il détient un fort potentiel émancipateur. Dans le même temps, il sera perçu comme une proposition dérangeante pour les routines intellectuelles et politiques. Si l’on veut bien considérer la théorie comme une pratique plus cruciale que jamais pour donner leur sens et leur efficacité aux autres pratiques, et en particulier aux luttes de toutes sortes qui jaillissent contre le capitalisme, ce livre qui s’appuie sur de nombreuses expériences ouvre en lui-même une brèche salutaire dans notre paysage intellectuel, qu’il soit sociologique, philosophique, politique ou social….
Ce renversement de l’angle d’analyse est essentiel et stimulant. Il permet d’aborder la crise économique avant tout comme une crise sociale de la domination, comme une période où le capital dit à chacun d’entre nous : « Tu n’es pas encore assez corvéable, tu ne me permets pas d’accumuler assez de profit. Il m’en faut toujours plus et toujours plus vite. » D’où, en ce moment, les rhétoriques gouvernementales angoissées sur la nécessité de nous sacrifier pour payer la dette de l’État. À quoi nous pouvons répondre audacieusement, en nous appuyant sur l’argumentation de John Holloway : « Nous sommes la crise et nous en sommes fiers. Nous ne voulons pas nous conformer aux exigences du capital. Nous voulons briser toutes ses barrières et ses frontières, et, qui plus est, nous avons les moyens de créer un monde différent ! »
« Soyez résolus de ne plus servir et vous serez libres aussitôt »  
Holloway met en avant que si c’est chacun de nous qui faisons le capitalisme par notre lâche soumission à sa logique, nous pouvons tout aussi bien le défaire. Nous ne voulons plus du capitalisme ? Cessons tout de suite de la fabriquer. Comment ?  En envoyant aux pelotes les vieilles stratégies de lutte avec lesquelles on part toujours perdant puisque, par exemple, un militant ne fait qu’attendre cafardeusement le Grand Soir dans un parti hiérarchisé « reproduisant lui-même ce que l’on veut détruire ».
Finis les sacrifices et les papillons noirs ! s’écrie Holloway. C’est sur-le-champ que l’on peut niquer le capitalisme, l’autorité, le travail, l’argent, « le temps de l’horloge » en leur disant « Non ! » Chaque fois qu’on leur désobéit, qu’on retrouve un peu de pouvoir créatif enfoui au fond de chacun de nous, qu’on agit comme ça nous chante, qu’on construit des espaces ou des moments de rébellion éclair, qu’on prend soi-même l’initiative advienne que pourra, on fracture un tout petit peu ou beaucoup plus que ça, crac-crac, les structures de la domination. Ce n’est qu’à mesure que nous faisons les choses d’une manière différente, contre et au-delà du travail, nous commençons à voir que le capitalisme est plein de brèches, presque invisibles parfois, qui constituent la vraie « crise du système » et qu’il convient d’élargir, de multiplier, de rendre mobiles, de faire entrer en résonance et en confluence pour qu’elles nous entraînent vers « un possible changement radical », vers un « monde de nombreux mondes » comme disent les alternatifs.
Tout ceci n’est bien sûr que le pitch d’un manifeste contre la résignation, d’une prodigieuse richesse libératrice, constellé d’exemples roboratifs, d’occupations sauvages, de réinventions surprises, de sabotages corsés, d’expérimentations hardies, de mutineries contagieuses, de détournements inattendus, d’anti-spectacles transgressifs, d’insolences jouissives, d’ouvertures galvanisantes sur l’ailleurs.
« Le monde que nous voulons créer brise la séparation instrumentale entre la fin et les moyens : les moyens sont fin. » (Noël Godin Siné Mensuel n°14 novembre 2012)

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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