Avec le nucléaire, la décroissance… des emplois !

Du journal  mensuel  La Décroissance – N° 74 –  novembre 2012 – Stéphane Lhomme
Il se trouve que la catastrophe de Fukushima a poussé divers pays à renoncer à l’atome et que la France elle-même est touchée – disons « effleurée » – par ce phénomène : il est question fermer une centrale, la plus vieille de France, celle de Fessenheim (Haut-Rhin). « Une seule » a bien précisé le nouveau président. Et encore, pas avant « fin 2016 », c’est-à-dire juste avant la prochaine élection présidentielle … qui pourrait bien remettre en cause cette seule fermeture. Il y aura donc une seule centrale… qui sera peut-être fermée. Mais c’est déjà trop pour les fédérations de l’énergie des cinq syndicats dits « représentatifs » (CGT, CFDT, FO, CFTC et CGC). Elles ont publié ensemble un communiqué vengeur prétendant que la fermeture de Fessenheim portera gravement tort «  aux salariés du secteur énergétique et industriel, à leurs familles, aux sous-traitants et aux territoire concernés » (Le Monde.fr 15/10/2012). Comparons avec DGB (Deutschen Gewerkschaftbund), confédération syndicale allemande qui regroupe en particulier les puissants syndicats IG-Metall et Ver-di. Ce que les dirigeants des syndicats français font semblant de ne pas savoir, c’est que DGB est officiellement opposée à l’atome et, surtout, que cette position est prise au nom de l’emploi.
Fukushima ? Connaissent pas

Eh effet, depuis plus de dix ans, l’Allemagne a prouvé que, à investissement égal, les plans d’économies d’énergie (isolation thermique des bâtiments en particulier) et de développement des énergies renouvelables créent jusqu’à dix fois plus d’emplois que le nucléaire. Et, qui plus est, des emplois qui ne nécessitent pas d’être irradié pour gagner sa vie. Non seulement les syndicats français du nucléaire font fausse route, mais il est notable qu’ils avancent exactement les mêmes arguments que leurs patrons : les une écrivent dans leur communiqué que la fermeture de Fessenheim « n’est basée sur aucun argument technique, social ou environnemental », les autres – 30 anciens directeurs de centrales – qu’elle est décidée « sans aucune justification rationnelle, ni en termes de sûreté, ni au niveau économique, ni en termes de capacité de production » (« Lettre ouverte dans La Tribune.fr, 03/10/2012). Les uns et les autres n’ont probablement pas entendu parler de la catastrophe de Fukushima ou, comme le précédent président de la République, font semblant de croire que seul un tsunami peut causer un accident nucléaire. Les uns et les autres se retranchent derrière la prétendue indépendance des membres de l’Autorité de sûreté nucléaire, pourtant issus d’un système appelé « lobby nucléaire », mais qui de toutes façons sont des êtres humains et donc faillibles.
Les uns et les autres ignorent peut-être que le nucléaire ne représente que 11% de l’électricité produite sur Terre, une part en déclin continu (C’était 17% en 2001) et qui correspond à peine à 2% de la consommation mondiale d’énergie. La vie est donc possible sans le nucléaire (mais oui !).
Méthode du fait accompli
La palme est assurément pour la CGT-Energie. Ce syndicat n’hésite pas à reprendre tel quel tous les arguments pro nucléaire, comme par exemple le fait que l’atome permet de lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions de CO2. Or, le 9 octobre, la CG appelait à la grève contre la fermeture de Fessenheim et contre la fermeture des cinq centrales au charbon… pourtant fortement émettrices de CO2 ! Comprenne qui pourra. Certes, fermer des réacteurs est momentanément facteur de difficultés : on ne passe pas d’un claquement de doigts d’une situation à une autre, même lorsque la première est absurde et la seconde porteuse d’avenir. Mais justement, il se trouve que nous sommes dans une période parfaite pour fermer les centrales sans casse sociale : d’innombrables salariés d’EDF partent à la retraite, phénomène massif qui va durer encore quelques années. Or, au lieu de profiter de ce contexte et de créer beaucoup plus d’emplois dans les alternatives, EDF réembauche dans le nucléaire afin d’y remplacer les salariés qui partent en retraite. C’est la bonne vieille méthode du fait accompli, et ce sans le moindre débat public, alors qu’il s’agit là d’une question majeure.
En continuant à soutenir le lobby nucléaire, les principaux syndicats français contribuent à obérer l’avenir, à maintenir en place un système nucléaire qui nuit à l’environnement, à la santé du public et des travailleurs, à la démocratie. Et enfin, ils contribuent à la décroissance… du nombre et de la qualité des emplois. On a la décroissance qu’on peut.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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