Sécurité sanitaire : les lanceurs d’alerte, pare-feux de la démocratie

Charlie Hebo du 14 novembre 2012 – propos recueillis par Patrick Pelloux

Marie-Christine Blandin, sénatrice écologiste, porte une proposition de loi pour la création d’une Haute Autorité de l’expertise scientifique et de l’alerte en matière de santé et d’environnement. Le but est non seulement de mieux garantir l’indépendance des experts, mais surtout de protéger les lanceurs d’alerte.
Patrick Pelloux : Entendons-nous bien sur ce qu’est un lanceur d’alerte. Il se s’agit pas de l’un de ces hurluberlus qui voient des envahisseurs partout ou prédisent la fin du monde dans un mois. Un lanceur d’alerte est « un chercheur, un scientifique ou une personne qui, dans sa vie professionnelle, se trouve confronté à un risque qu’il identifie et dont il ne parvient pas à faire valoir sa prise en compte« . Par exemple, le Dr Pierre Méneton, de l’INSERM, qui dénonce l’abus de sel dans l’alimentation et qui a été attaqué en diffamation en 2007 par le Comité des salines de France… Sans oublier la canicule de 2003 qui m’a valu la jalousie du corps médical, une mutation et la fin de mes responsabilités au sein de l’APHP. mais je ne regrette pas d’avoir donné l’alerte !
Récemment, l’affaire du Médiator a démontré l’influence des laboratoires pharmaceutiques sur les politiques et les experts. L’affaire de l’étude du Pr Gilles-Eric Séralini, qui a montré des tumeurs chez les rats nourris aux OGM, est également exemplaire. Les années futures vont voir un combat autour des conséquences des découvertes scientifiques et technologiques, comme les téléphones portables. Mais aussi sur l’alimentation, l’eau, la prévention des catastrophes naturelles ou autres. Et bien sûr, la santé. Espérons que les lobbies administratifs, politiques, industriels, commerciaux ne vont pas à nouveau faire reculer le gouvernement, qui doit adopter cette loi indispensable dans une démocratie moderne.

Trois questions à Marie-Christine Blandin
1 – Pourquoi cette loi ?
Marie-Christine Blandin : Cette loi vient de mon travail assidu dans les commissions d’enquêtes parlementaires sur la canicule de 2003, le Médiator, et à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. A chaque scandale sanitaire, nous comptons les malades, les morts et les milliards envolés pour réparer ou indemniser. Nous avons jusqu’alors constaté le même modèle de dysfonctionnement. Dans les agences sanitaires de l’État, il y a tours un ou plusieurs canard boiteux rémunérés ou dépendants de ceux qui sont responsables de l’affaire. Prenez l’amiante : les industriels avaient réussi à être présents dans les commissions et à imposer l’impensable « usage contrôlé de l’amiante » ! Du coup, l’amiante est restée encore en vente !
Il y a aussi la protection des lanceurs d’alerte…
Oui. Dans ces histoires,  il y a toujours un ou plusieurs lanceurs d’alerte qui ont pointé les risques, montré les dangers, prévenu leur hiérarchie, mais ils n’ont été ni écoutés ni entendus. Puis, dans un deuxième temps, ils sont entendus mais contestés, avant d’être étouffés, puis diffamés et enfin punis. Robert Baylet, par exemple, qui a montré les effets du désherbant Roundup, a perdu ses crédits du jour au lendemain. Enfin, il y a les « non-chercheurs », qui constatent les faits de manière pragmatique, comme cette femme, à Vincennes, qui a constaté l’augmentation des leucémies chez les enfants, car l’école où ils allaient était construite sur les anciennes usines Kodak. L’industriel lui a fait un procès ! Aux États-Unis, les lanceurs d’alerte sont valorisés, protégés et aidés. Nous, nous cherchons à les éliminer. Alors  ma loi a pour but de les protéger.
Comment  ce projet de loi est-il vécu par le gouvernement ?
Le gouvernement est gêné d’être gêné. Mais les parlementaires de droite, du centre et de gauche ont bien compris l’importance de cette loi, tout comme les conseillers du président de la République. Il y a un enjeu financier considérable lié au fait de ne pas prendre en compte les laceurs d’alerte. Le désamiantage de Jussieu, par exemple, a coûté plus de 2 milliards d’euros. Et les prothèses PIP coûteront aussi des milliards. La Haute Autorité sera intègre et recevra les alertes des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), des scientifiques, des riverains, et elle saisira ou non les autorités. Le donneur d’alerte sera repéré et protégé par la loi. L’échéance est le 21 novembre : ça passe ou ça casse…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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