La situation des riches dans la France de François Hollande – Pierre Kosciuko-Morizet rapporte l’indicible à la mesure de ses millions d’euros, restons dans l’indicible…

abruno rogerpetit
Nouvel Obs 24/11/2012 Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique

Pierre Kosciusko-Morizet, les juifs et les riches : la comparaison de trop ?

LE PLUS. « Le Monde » consacre une passionnante enquête à la situation des riches dans la France de François Hollande. On savait que certains riches avaient en travers de la gorge une oppression fiscale, réelle ou supposée, de la gauche. Cela valait-il une incroyable sortie de Pierre Kosciusko-Morizet, PDG du site Price Minister ? Décryptage avec notre chroniqueur politique Bruno Roger-Petit.
Les riches souffrent. Et ils pleurent. C’est ce que l’on découvre en lisant une enquête du « Monde » consacrée à cette étrange caste. Ils se sentent persécutés, traqués, débusqués par l’État socialiste français dirigé par François Hollande. Les riches ont des bleus à l’âme. Et chacun d’entre eux s’efforce de convaincre de son malheur.
 « Je suis pour le partage des richesses, mais il y a des limites » dit l’un, qui vit entre New York et Paris.  « Si je veux me payer une Porsche, je peux la garer dans la rue sans qu’elle soit abîmée ou qu’on me traite de voyou ; ce n’est pas le cas en France » dit l’autre qui s’est réfugié à Genève. « On reproche aux gens qui héritent d’avoir de la chance. C’est de la jalousie », dit le troisième, qui a fait fortune grâce à la bulle Internet.
 Pierre Bergé détonne dans ce concert hallucinant, mais il parait bien isolé : « Que tous ces gens se sentent mal aimés n’a aucune importance. S’il y a hostilité, c’est celle des riches d’aujourd’hui envers la France. Je déteste cette position : ‘On est trop taxés, on ne nous aime pas !’ C’est réactionnaire, très moderne. Moi, j’ai toujours trouvé normal de participer à l’effort collectif. »
 Tous ces riches parlent d’exil doré, de la bienveillance de pays étrangers plus favorables à leur fiscalité, de leurs intérêts bornés au nombre de zéros figurant sur leurs comptes bancaires, de leur détresse de ne pouvoir accumuler plus, encore et encore... Et de songer, en lisant ces déclarations, à la définition de la bourgeoisie française donnée par Marc Bloch dans « L’Étrange Défaite », lorsqu’il étudiait les ravages moraux causés par cette caste a-patriote qui préférait des régimes étrangers autoritaires au Front populaire guidé par Léon Blum.
 Rien de nouveau sous le soleil de la bourgeoisie française.
 Et puis, perdue au milieu du développement, on tombe sur une petite phrase, qui n’est ni soulignée, ni mise en relief. Et c’est bien dommage, tant elle en dit long sur l’état d’esprit de certains de ces gens-là. C’est un propos tenu par Pierre Kosciuko-Morizet, frère de l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, et qui a amassé 40 millions d’euros en revendant un site internet, en pleine expansion de cette bulle internet qui s’est avérée être un mirage dont certains, comme lui, ont su habilement profiter.
 Très remonté par le sort fait, selon lui, par la présidence Hollande aux riches de France, il décrète : « À un moment on a cherché les juifs, maintenant on cherche les riches. »
 En lisant cette petite phrase, le lecteur est un instant pétrifié. Il la relit donc, en espérant avoir mal lu, mal compris, mal interprété… Ce n’est pas possible, il doit y avoir quelque chose qui ne va pas… Mais non, la petite phrase s’impose : « À un moment on a cherché les juifs, maintenant on cherche les riches. »
 Qu’ajouter à cette lecture en guise de commentaire ? Après réflexion, longue réflexion même, on finit par conclure qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Compte tenu de tout ce qui est cause, on se sait que dire, ni par où commencer, ni par quoi finir… Tout bien considéré, le mieux est d’estimer que cette phrase se qualifie d’elle-même.
 On se contentera donc ici de la mettre en relief afin que l’on sache qu’une telle sentence a bel et bien été prononcée, en toute connaissance de cause, en toute lucidité, en toute conscience, et on s’en tiendra là.
 Chacun appréciera selon les vues qui sont les siennes. Puisque Pierre Kosciusko-Morizet rapporte l’indicible à la mesure de ses millions d’euros, restons dans l’indicible. C’est mieux comme ça.
 PS : un compte Twitter censé être celui de l’intéressé dément les propos rapportés par « Le Monde ». À suivre.
Édité par Maxime Bellec   Auteur parrainé par Benoît Raphaël

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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