UMP – Copé : survivre, vivre coûte que coûte, par tous les moyens, à n’importe quel prix.

Nouvel Obs 28-11-2012
UMP. Pourquoi Copé le jusqu’au-boutiste aura Fillon à l’usure
LE PLUS. En refusant le référendum sur la nécessité d’un nouveau vote à l’UMP, Jean-François Copé se montre déterminé à rester président du parti par tous les moyens. A vrai dire, il n’a plus le choix, sa survie politique en dépend. Explications avec notre chroniqueur Bruno Roger-Petit.
UMP. On s’étonne de s’étonner de l’étonnement des commentateurs au sujet de Jean-François Copé. « C’est quoi ce suicide ? » est la question qui revient le plus souvent, en boucle, dès que l’on évoque le comportement « jusqu’au boutiste » de Jean-François Copé, président de l’UMP, un Copé légalisé mais pas légitimé, proclamé mais pas adulé, connu mais pas reconnu.
 Le pari de l’usure
 La question du suicide est absurde. Jean-François Copé ne cherche pas le suicide, bien au contraire : plus que jamais, c’est la part reptilienne de cerveau qui est convoquée au chevet de son cortex de Sapiens afin de survivre, vivre, coûte que coûte, par tous les moyens, à n’importe quel prix.
 Le suicide, ce serait de céder à François Fillon, à Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand, NKM, Bruno Le Maire et les autres… Le suicide, ce serait de renoncer, de jeter l’éponge, de se séparer de cette tunique de président de l’UMP qui seule aujourd’hui, est la garante de sa survie politique, dernière incarnation de la préservation de son ambition présidentielle 2017…
 Depuis qu’il s’est autoproclamé « président de l’UMP », au soir du 18 novembre dernier, Jean-François Copé n’a plus d’autre choix que de se maintenir. Toutes les séquences auxquelles il a participé depuis (décompte de la COCOE, proclamation de sa victoire, médiation de Juppé, saisine de la CONARE, re-proclamation de sa victoire, intervention de Sarkozy, promesse de référendum sur un second vote) n’avaient en vérité qu’un seul et unique but : gagner du temps, user, lasser, louvoyer et attendre que Fillon, ceux qui le soutiennent, directement ou indirectement, par conviction ou intérêt, finissent par acter, contraints et forcés (et les médias avec…) l’accession de Copé à la présidence.
Le dernier refus en date de Copé, portant sur l’organisation d’un référendum en est la preuve. C’était un marché de dupes destiné à empêcher Fillon de constituer son groupe dissident dans les délais impartis en échange d’une promesse qui n’engageait que ceux qui l’auraient crue.
 Mais Copé se trompe
 Jean-François Copé entend s’inspirer du modèle Aubry 2008. Peu importe les conditions de l’accession au pouvoir, la légitimité viendra de l’occupation du poste. De son point de vue, ce n’est pas l’élection qui le rendra légitime à court, moyen ou long terme, mais la fonction. En cela, il se trompe, pour deux raisons.
 Il se trompe parce qu’il n’a pas compris la logique du « fonctionnement » socialiste.  Martine Aubry, à l’issue du congrès de Reims, avait été certes élue Première secrétaire dans les conditions que l’on sait, mais elle avait fini par devenir légitime pour deux raisons :
– elle avait été soutenue par des cadres du PS qui incarnaient 75% des votes sur les motions, ainsi représentées dans toutes les instances du parti, à tous les niveaux,
– et à l’époque de son accession, elle n’était pas présidentiable (remember « le pacte de Marrakech« ). C’est le consensus des cadres du parti qui avaient légitimé, in fine, l’élection d’Aubry.
 Or, Copé ne jouit pas de ces deux avantages, consensus des cadres et non candidature déclarée, qui avaient amorti, au fil du temps, le choc Aubry.
 Le vote des motions UMP et le choix des cadres qui en procède étant déconnectés, contrairement au PS, de l’élection du président, la logique de l’affrontement Fillon/Copé ne pouvait pas être celle d’un choix de ligne débouchant sur le choix d’un « leader », consensuellement adoubé, chargé de gérer le parti au mieux dans l’opposition et de préparer la Primaire ouverte 2016, mais se résumait au seul choix d’un chef suprême.
 De ce premier facteur de crise potentielle, découlait le suivant : Fillon et Copé étant candidats de fait à la présidentielle 2017, se choisir un chef hors consensus conduisait nécessairement l’élu à bénéficier, surtout dans la culture de droite, d’un avantage considérable, politique et technique. C’est comme si la Primaire ouverte 2016 se jouait déjà, à 80% en 2012. Dans ce contexte, Jean-François Copé ne pouvait pas, ne devait pas perdre l’élection, il s’est donc donné les moyens de la gagner (lire à ce sujet l’enquête de Carole Barjon sur les conditions du vote organisé par l’UMP au service de Copé, c’est éclairant).
 Se maintenir quelqu’en soit le prix
 Compte tenu de ce qui précède, Jean-François Copé n’a plus d’autre choix que de se maintenir. Peu en importe le prix, les conditions, les dégâts, fut-ce au risque de ruiner sa propre maison. Copé est devenu le Mac Mahon du pauvre, qui n’a même plus le choix entre l’honneur de la démission ou le déshonneur de la réédition. Il ne peut ni se démettre, ni se soumettre. Quand l’ambition d’une vie est en jeu, plus rien n’a d’importance. Cela en dit long sur le caractère de l’homme, et comme on l’a déjà dit sur cet espace très souvent, il n’est pas assuré que cela plaise aux Français.
 Voilà pourquoi, sauf événement imprévu, donc improbable, Jean-François Copé est désormais indéboulonnable à la tête de l’UMP. Et voilà pourquoi François Fillon, très probablement floué, n’a plus d’autre solution que de s’engager dans une gerilla politico-juridico-médiatique permanente. Que la pression se relâche un jour, une heure, une seconde, et ce sera prendre le risque de voir l’adversaire assoir sa candidature 2017.
 Désormais, tout repose sur la volonté de Copé, et le moins que l’on puisse lui reconnaîre, c’est qu’il n’en manque pas.
 « On ne peut rien contre la volonté d’un homme » disait Mitterrand, et on ajoutera, surtout quand il fait de preuve de mauvaise volonté…
Édité par Aude Baron   Auteur parrainé par Benoît Raphaël

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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