Les vrais dangers venus du ciel : Un demi-siècle après le cosmique catapultage de Spoutnik, près de 20 000 débris divers et variés y sont recensés.

Sud Ouest 09/12/2012 Par Sylvain Cottin  

J-12 avant la fin du monde : le ciel nous tombe (vraiment) sur la tête

S’il est, même à Bugarach, un ciel qui peut nous tomber sur la tête, c’est bien celui de la conquête spatiale. 20 000 déchets y sont en orbite

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En Arabie saoudite, un morceau de la fusée américaine Delta 2, tombé en 2001. (Photo Nasa)
A l’heure sombre et approchante (J – 12) de cette fin du monde prophétisée au doigt mouillé par nos ancêtres les Mayas, n’est-il pas plus que temps de faire le point sur les vrais dangers venus du ciel ? Outre l’ombre permanente des astéroïdes, c’est dans le proche espace que plane la menace. Un demi-siècle et des poussières après le cosmique catapultage de Spoutnik, près de 20 000 débris divers et variés y sont ainsi recensés. Si les retombées sur Terre sont encore très rares, l’affaire commence à inquiéter notamment le gouvernement français. Dans un rapport discrètement rédigé le mois dernier, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) prévient que ces rentrées atmosphériques feront « à plus ou moins long terme des victimes humaines ». Ingénieur au Centre national d’études spatiales (Cnes) et pionnier de la lutte contre les débris, Fernand Alby dirige à Toulouse une équipe spécialement chargée de surveiller en permanence ce ciel artificiel.
« Sud Ouest dimanche ».

5 000 satellites ont été envoyés dans l’espace depuis 1957 sans que jamais l’on se préoccupe de cet embouteillage ?

 Fernand Alby. La prise de conscience est assez récente, disons qu’elle a été encouragée par deux collisions spectaculaires que l’on redoutait depuis longtemps. D’abord celle de 1996, lorsque le satellite militaire Cerise a été détruit par un morceau de la fusée Ariane, puis, en 2009, quand le satellite américain Iridium et un appareil russe hors service se sont percutés à 780 kilomètres d’altitude. Aujourd’hui, 900 satellites actifs sont en orbite, et 3 000 y sont abandonnés.
À quoi ressemblent les débris spatiaux que vous surveillez ?
À plein de choses… Il peut donc s’agir d’un satellite en fin de vie, d’un étage supérieur de fusée, de fragments d’objets libérés au cours d’une mission ou même d’un simple boulon auquel la vitesse cinétique donne une puissance incroyable. Dans l’espace, aucun blindage ne résiste d’ailleurs à l’impact d’un débris de 2 centimètres. Pour autant, les collisions sont rares, car l’espace est très grand. Pour donner un ordre de grandeur, on peut dire qu’une dizaine d’objets sont à la verticale de la France. Ce n’est pas colossal, mais il y a de plus en plus de monde là-haut.
Beaucoup de scientifiques estiment que nous avons atteint un point critique. L’espace est-il la plus grande poubelle de la Terre ?
On peut en tout cas faire le parallèle avec d’autres activités sur Terre, lorsque l’on balançait n’importe quoi et n’importe où. Au début, il y a toujours de la place… Aujourd’hui, tous les débris de plus de 10 centimètres sont connus et catalogués, soit environ 20 000. Pour le reste, il y en aurait 300 000 entre 1 et 10 centimètres, et plusieurs millions encore d’une taille inférieure. Voilà pourquoi, cinq ou six fois par an, nous sommes contraints d’organiser des manœuvres d’évitement, en modifiant la trajectoire des 17 satellites que nous surveillons ici à Toulouse. Nous sommes capables de faire ce genre de prévisions sept jours à l’avance grâce aux radars militaires, et il n’est pas une semaine sans alerte.
Bien qu’embryonnaire, la coopération internationale est la clef de cette grande vigie planétaire…
Les Américains et la Nasa, qui possèdent un très gros réseau de surveillance hérité de la guerre froide, sont nos uniques interlocuteurs. Il est en revanche très difficile d’obtenir des informations de la Chine ou de la Russie. Depuis peu, les agences spatiales de 12 pays ont malgré tout réussi à fixer quelques règles de conduite pour limiter les débris. Sauf que ce comité n’a pas de pouvoir de police, et que tout le monde ne joue pas le jeu dans ce secteur qui reste très concurrentiel.
Si elles sont rares, les retombées dans l’atmosphère sont pourtant bel et bien réelles ?
Oui, un débris de plus de 10 centimètres y entre chaque jour, et un plus gros chaque semaine. Mais ils sont en grande en partie brûlés lors de leur descente dans l’atmosphère, sauf ceux composés de titane ou d’acier, qui résistent parfois aux échauffements. S’il est très rare qu’un débris touche le sol, il peut en revanche tomber n’importe où… Mais, heureusement, la planète est aux deux tiers recouverte d’océans. Pour autant, pas de panique, l’immense majorité des risques de collision se joue là-haut, et seulement entre satellites.
Comment peut-on se protéger de ce risque, si infime soit-il ?
Dans les dernières heures, nous arrivons à peu près à cerner la zone d’impact, mais elle est tellement vaste qu’il n’y aurait guère de sens à lancer une alerte. D’autant que les incertitudes sont nombreuses tant nous connaissons mal l’atmosphère en dessous de 200 kilomètres, où le Soleil peut rapidement changer la donne. Mais rappelons que, s’il y a déjà eu quelques dégâts, jamais nous n’avons déploré la moindre victime humaine.
Le recyclage spatial est donc une filière d’avenir…
Oui car, même si nous ne lancions plus aucun satellite, le nombre des débris augmenterait puisque le phénomène s’auto-entretient : chaque nouvelle collision produit des milliers de nouveaux débris. Il faudra donc un jour être capables d’aller chercher les plus gros satellites afin de limiter un peu la casse. Pour l’heure, nous tentons de faire de la prévention en éliminant quelques appareils en fin de vie. Après avoir rallumé leurs moteurs, nous les faisons plonger vers l’océan pour les détruire dans l’atmosphère. Mais cette technique, très coûteuse, ne fonctionne qu’avec les satellites les plus sophistiqués.
L’autre option est de placer les vieux engins sur une orbite basse, où leur durée n’excédera pas vingt-cinq ans. À terme, l’idée serait enfin d’imaginer un véhicule capable d’aller fixer aux autres un moteur ou un bloc de poudre pour les guider vers la sortie. À condition aussi que tout le monde s’entende sur le sujet, puisque, à ce jour, le fait de s’occuper d’un objet qui ne vous appartient pas est encore considéré comme une agression militaire.

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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