» La fuite en Belgique  » de Depardieu vue par les éditorialistes français

Nouvel Obs11/12/2012

… Quand les artistes empruntent les mêmes voies que les hommes d’affaires, que reste-t-il pour s’évader et rêver à un monde meilleur ? …

« Obèse », « aviné », Depardieu « s’égare » pour la presse
 L’exil fiscal de l’acteur fait couler beaucoup d’encre. Personnage parfois drôle dans ses films, Gérard Depardieu goûte à l’humour noir des éditorialistes.
C’est officiel, Gérard Depardieu rejoint la grande famille des exilés fiscaux. Il a choisi le petit village de Néchin en Belgique situé à 1 kilomètre de la frontière. Il ne part pas loin de la France et de son terroir, mais s’éloigne suffisamment de sa justice fiscale.
La fronde la plus virulente est signée Eric Decouty dans les pages de « Libération » : l’éditorialiste qualifie Depardieu d' »homme d’affaires poujadiste obèse et aviné ». Et il ne trouve aucune excuse au choix de l’acteur de fuir l’impôt au pays de la frite. « Ce serait une erreur de ne voir dans l’exil de Depardieu que la frasque d’une star en naufrage. Car l’absence de sens moral dont il fait preuve aujourd’hui est partagée par d’autres figures, moins truculentes mais sans doute beaucoup plus politiques.
Plus que Depardieu, ce sont ces chefs d’entreprise, hauts cadres ou financiers fuyant l’impôt français qui représentent un danger pour la démocratie et la solidarité. Ce sont eux qui pénalisent la collectivité. Ils sont nombreux à faire, mais en cachette, le même bras d’honneur que le comédien à la communauté nationale. Il est temps que l’Etat cesse de sous-estimer cet exil fiscal et travaille à une harmonisation européenne des impôts. »
Plus délicat, « Le Républicain Lorrain », sous la plume de Pierre Fréhel, joue sur l’humour belge en citant Philippe Geluck : « Nous ne pouvons accueillir toute la richesse du monde« . Il relève toutefois le côté « pathétique » de la démarche de l’acteur. Pierre Fréhel défend toutefois le choix de Gérard Depardieu au nom de la liberté et de l’échec des politiques.
Côté « Sud Ouest », Yves Harté trouve « désolant pour un acteur dont le dernier cachet a été de 1 million et demi d’euros,un acteur que nous avons tellement aimé, à qui on pardonnait tout, qui savait, pour l’avoir parfaitement connu, ce qu’est la pauvreté au fin fond de la province, est que cette nouvelle est survenue le même jour où l’on annonçait le nombre de pauvres en France. » Appuyant sur la pauvreté que traversent la France et l’Europe, l’éditorialiste conclue : « et c’est ce même jour que notre monumental national a décidé de nous quitter. Triste sortie. »
Même son de cloche dans « La Charente Libre ». Ivan Drapeau trouve que « notre Gérard national s’égare et nous fait peine. » Il était pourtant prêt à être magnanime. Mais le choix de l’acteur ne passe pas. « Nous voulions juste le conserver au pinacle de nos séquences émotion. Or, le voilà qui prend la poudre d’escampette pour une vile raison d’argent, tel un vulgaire Bernard Arnault dont la cupidité est le métier. Quand les artistes empruntent les mêmes voies que les hommes d’affaires, que reste-t-il pour s’évader et rêver à un monde meilleur ? »

adepardieu libé

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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