Bruxelles – Les secrets des pilleurs de comptes :  » De la lutte contre la fraude à l’argent du crime »

Libre be. 14/12/2012 Jacques Laruelle

alibre b belgique

Dans une entreprise, il y a un département commercial et un département axé sur la production. Et dans une organisation criminelle spécialisée dans la fraude bancaire, c’est un peu la même chose. Cette comparaison a été établie hier, au cours d’une journée d’études dont le thème était « De la lutte contre la fraude à l’argent du crime », organisée à la Haute Ecole Francisco Ferrer à Bruxelles. Comme une entreprise, l’organisation suit de très près la législation et les méthodes de la justice.
« Le commercial c’est le hacker », a ainsi relevé, dans sa démonstration, Ceferino Alvarez-Rodriguez, enquêteur de la Police judiciaire fédérale spécialisé dans les matières financières. Ce hacker va envoyer un message dans lequel se trouve un virus. Celui-ci va s’installer dans l’ordinateur de la cible. Il restera dormant jusqu’à ce que cet ordinateur se connecte à un site bancaire, par exemple pour payer une facture d’électricité. Toutes les données sont envoyées au hacker qui s’installe entre l’ordinateur du particulier et la banque. Même avec la console fournie par la banque et dans laquelle il faut un code afin d’en obtenir un second, la transaction reste à risque.
En fait, explique M. Alvarez, le particulier ne s’est pas connecté à la banque, au contraire du hacker qui pourra effectuer un virement. Encore faut-il que l’organisation réussisse à récupérer l’argent sans être repérée. A cet effet, l’organisation fait intervenir les « mules », qui ont aussi été approchées via Internet, par mail. Quasi chacun d’entre nous a reçu un de ces courriers électroniques, demandant de fournir un numéro de GSM et de compte bancaire pour pouvoir faire transiter une somme d’argent contre commission.
Commence alors la production. L’argent de la victime est viré sur le compte de cette mule qui est contactée par téléphone, souvent par une personne à l’accent russe. Elle demande de retirer immédiatement l’argent viré, hors commission et, via Western Union, de le transférer à une personne en Russie ou en Ukraine. La rapidité est essentielle afin que le compte de la mule ne soit pas bloqué.
Et c’est notamment à ce stade que l’on voit que les organisations criminelles se sont adaptées aux systèmes judiciaires. Les commissions pour la mule sont passées au fil du temps de 20 % à 5 %. Tout simplement pour que cette mule – qui évidemment est facilement identifiable – puisse faire valoir sa bonne foi si elle était poursuivie en justice. Ce qui serait plus difficilement le cas si la commission était particulièrement élevée.
Autre signe d’adaptation, les montants soustraits à la victime diminuent. Autrefois, il y avait des préjudices de 30000 ou 40000 euros, si du moins le compte de la victime était suffisamment approvisionné. Maintenant, relève M. Alvarez dans son exposé, on est plutôt face à des montants de 3000 ou 4000 euros. Pourquoi ? Tout simplement parce que vu le montant du préjudice et le fait que la victime a été bien souvent indemnisée par sa banque, il y a moins de risque d’ouverture d’une enquête judiciaire. Le problème, c’est l’échelle : il peut y avoir 1000 ou 3000 victimes par jour dans le monde.
Reste maintenant à l’organisation criminelle à encaisser l’argent transféré via des systèmes comme Western Union. C’est là qu’interviennent, en Russie ou en Ukraine, les « récolteurs ». Ce sont souvent des étudiants désireux de financer leurs études qui sont recrutés pour aller chercher l’argent et le remettre – contre une commission – à l’organisation. Ces récolteurs sont utilisés une quinzaine de jours. Sur cette courte période, ils peuvent retirer entre 700000 et 900000 euros. Bingo !

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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