Romantisme, pitrerie et politique

 Charlie Hebdo – 12 décembre 2012  – L’Edito de Bernard Maris
Regardant le combat de morveux digne d’une cour de récré, de Fillon et Copé, puis le « calme réalisme » d’Ayrault dérivant, paisible, au fil des eaux glacées de la nécessité. « J’agis sans semer des illusions », dit-il laconiquement au JDD qui titre « Exit le romantisme de gauche ». On dirait du Xavier Bertrand. Alors on peut légitimement se poser la question : les politiques sont-ils là pour nous faire rêver ?

1178271

Et s’ils n’étaient pas là pour ça ? S’ils n’étaient que des comptables – avec tout le respect que l’on doit au métier, utile, mais moins excitant qu’un spectacle de danse du ventre ? En vérité, on voudrait que les politiques fussent nos clowns, enfants que nous sommes, avides de mensonges, de farces et d’attrapes ! Parfois ils le sont : DSK associe le strip-tease et la bouffonnerie, Montebourg flamboie tandis que Le Pen aboie, Duflot-de-paroles halète de façon un peu hystérique, Cahuzac nous intéresse pour son compte en Suisse, et tout à l’avenant.
imagesCA7DPSODMerkel est aussi un modèle de politique d’aujourd’hui. Quand vous voyez la chancelière, vous dites : « rien ». Rien à lui dire, rien à lui demander, pas envie de prendre le thé avec elle, ses discours sont vides et répétitifs, elle aurait pu être hôtesse d’aéroport ou videuse de boîte de nuit ou chercheuse en biologie ou femme politique, bref, tout et rien à la fois. Elle aurait même pu être votre mère ou votre grand-mère avec le menton qui pique un peu. Elle exporte ? Grand bien lui fasse !
Fini la politique du XIXème ou du XXème siècle, Blum qui pleure, Mendès qui s’éraille, Charles qui hulule, Tonton qui brame contre les chiens ! Les bateleurs et les barons sont cantonnés aux marches de la politique.
Faire la conférence du climat à Doha est une gifle à l’écologie
1935835_dohaLa politique au vieux sens du terme, qui fait vraiment marrer mais pas rêver du tout, c’est Doha. Le Qatar. Le pays où l’on fait des stations de ski en neige artificielle à grandes lampées de pétrole ou de gaz brûlé, et où l’on s’apprête à recevoir une Coupe du monde de Foot dans des stades climatisés. Avez-vous jamais giflé un moribond ? C’est un peu comme organiser un colloque sur la torture avec Aussaresses président d’honneur. Voir ces cheiks enturbannés réclamer un accord sur le climat, alors qu’ile bousillent le monde en vendant leurs saloperies d’énergie fossile, a quelque chose… comment dire… de rafraîchissant. Tout à coup, le bédouin chef des gaziers, on a oublié son nom, glapit qu’il veut absolument un « accord » ! Que ne commence-t-il pas par dire, au lieu de blatérer à un accord, qu’il cesse d’extraire du pétrole, d’acheter avec sa rente tous les immeubles ou les palaces de Londres ou de Paris, histoire de faire monter les prix du foncier, et qu’il part sous sa tente faire du fromage de chamelle dont il se nourrira jusqu’à la fin de ses jours ?
L’an prochain, la conférence des pitres et des clowns spécialisés dans l’acceptation du réchauffement climatique se réunira en Pologne, le pays où l’on va extraire du gaz de schiste à tire-larigot ! Enfin le comique est de retour en politique, enfin ! Après le romantisme des Blum et Jaurès, le calme réalisme d’Ayrault, voilà la canaillerie triomphante des marchands de pétrole qui s’occupe d’écologie ! Manquerait plus que Berlusconi revienne… Et bien, justement, il revient.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Politique, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.