Les banksters sont intouchables : Nouvelle preuve à la Deutsche Bank

Bakchich-info – 23/12/2012 – par Woodward et Newton
Les banksters ont su placer leurs hommes aux postes clefs des institutions chargées de sanctionner leurs écarts. Pas étonnants qu’ils soient intouchables…
Le phénomène, déjà évoqué par Bakchich à plusieurs reprises, prend une telle ampleur que même le «  FTI Consulting» qui faisait jusqu’à présent preuve d’une sévérité très sélective envers les tares congénitales de la haute finance, s’en émeut. Cette fois-ci c’est la Kolossale Deutsche Bank qui donne avec éclat le mauvais exemple.
Aux dires de 3 ex-employés de la maison, la banque aurait dissimulé entre 2007 et 2009, une modeste perte de 12 milliards de dollars sur des dérivés afin de ne pas avoir à demander un plan de sauvetage gouvernemental.
Les 3 lanceurs d’alerte qui ont déposé plainte en 2010 et 2011 devant les autorités américaines, ont passé des heures à expliquer aux enquêteurs de la SEC, documents internes à l’appui, la nature du tour de passe passe auquel s’est livrée leur banque. Leurs interlocuteurs, qui n’impressionnent plus grand monde outre-Atlantique et l’on comprendra un peu mieux pourquoi à la lecture de cet article, les ont écouté sans curiosité excessive selon eux.
Les plaignants affirment que si la banque avait convenablement évalué sa position de 130 milliards de dollars en termes notionnels, son capital serait entré dans la zone rouge où il est fortement recommandé de faire appel aux moyens étatiques pour éviter un bain de sang létal.
Selon un processus désormais classique, 2 des 3 plaignants ont indiqué avoir été poussé vers la sortie de la banque après qu’ils aient fait part de leur inquiétude à leurs supérieurs hiérarchiques. L’un d’eux, Eric Ben Artzi, risk manager au sein du mastodonte bancaire, a reçu sa feuille de route 3 jours après avoir témoigné à la SEC. Dans une plainte distincte de la précédente qu’il a déposé au Ministère du Travail, il affirme, sans doute à juste raison, qu’il a été remercié à cause de ses confidences aux autorités.
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Matthew Simpson, le second mousquetaire de la bande était trader senior. Il a également repris sa liberté professionnelle à la suite de son témoignage à la SEC. Moins rigide que son collègue Eric et sans doute meilleur négociateur, il a pris 900 000 dollars pour renoncer à son procès contre son ex-employeur dont il avait dénoncé la manière très baroque d’évaluer un portefeuille de produits dérivés en juin 2011. Le 3ème homme aurait dit-on « volontairement » quitté la banque.
Du côté de cette dernière, le système de défense est là aussi très classique : il s’agit d’un sujet extrêmement complexe auquel les plaignants ne comprennent en réalité pas grand chose et la banque « va continuer à coopérer pleinement avec les enquêteurs de la SEC dans cette affaire ». C’est cette dernière déclaration qui ne manque pas de sel.
Le responsable des sanctions de la SEC est un familier de la banque
raptfou2 Car selon un schéma tout aussi récurrent dans le merveilleux monde bancaire, Robert Khuzami, le responsable des sanctions de la SEC, n’est autre que l’ancien Secrétaire général de la Deutsche Bank de 2004 à 2009 où il est entré en 2002. Une coïncidence qui a fait un peu jaser du côté de Wall Street et a contraint le charmant garçon à s’auto récuser et à faire savoir qu’il ne prendrait aucune part aux investigations menées à l’encontre de son ex-employeur.
Un geste qui n’a en rien calmé l’hilarité ambiante lorsqu’un petit malin a rappelé que l’actuel Secrétaire Général de la banque teutonne, le dénommé Dick Walcker, est un ancien responsable des sanctions à la SEC ! Une bouffonnerie à coups de chaises symphoniques, qui conduit progressivement les observateurs et les dirigeants du secteur industriel et des services non-bancaires à s’interroger sur la crédibilité et la légitimité de bon nombre de dirigeants du gendarme de la bourse de New York .
Faites pas ce que je dis mais plutôt ce que j’ai fait
C’est en regardant d’un peu plus près la déclaration obligatoire de patrimoine financier dudit Robert Khuzami que les journalistes du quotidien londonien ont commencé à froncer les sourcils.
L’activité pour laquelle Khuzami est supposé ouvrir aujourd’hui la boite à gifles, notamment envers Goldman Sachs et un certain nombre de ses concurrentes, lui a en effet rapporté beaucoup lorsqu’il était de l’autre côté de la hache : son bonus de 2007, son salaire et son bonus de 2008 et son salaire de 2009 se montent par exemple à 3 804 537$.
Une somme à laquelle s’ajoutent divers plans de stock-options qui, selon les estimations très créatives dont sait faire preuve son ancien employeur lorsque c’est nécessaire, varie entre 2 525 000$ et 11 375 000$. Cerise sur le caviar, l’annexe A de la déclaration patrimoniale de l’ami Khuzami fait état de quelques placements secondaires du côté de Bank of America et de JP Morgan, qui pourraient pâlir d’actions judiciaires envers ces estimables institutions. Sans parler de la claque super violente que prendrait ses petites économies si la Deutsche Bank, au terme de l’enquête à laquelle il ne prend aucune part, promis, juré, venait à être condamnée.
Comment oser encore prétendre parler d’indépendance et d’impartialité dans de telles conditions ? Qui peut encore imaginer qu’un bon père de famille employé modèle du premier organe de régulation financière du pays de l’Oncle Sam, resterait les bras ballants pendant que son patrimoine financier personnel prend une saignée de 11 millions de dollars ?
Quel que soitle degré d’implication personnel du responsable des sanctions de la SEC dans le processus de décision, la « nature des choses » laisse logiquement supposer que la Deutsche Bank, si elle est finalement condamnée, le sera, comme toutes ses concurrentes avant elle, avec mesure et discernement…

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