Coup de gueule sur les salaires européens -. Faute d’un accord à 27, une taxe de solidarité de 5,5% imposée depuis des années sur les salaires des 45 000 fonctionnaires ne sera pas reconduite …

Rue 89 Pierre Haski | Cofondateur 30/12/2012

 Les salaires des eurocrates augmentent, la faute aux Etats

Je n’ai pas pour habitude de taper sur les fonctionnaires européens, boucs émissaires faciles de dysfonctionnements souvent dus aux Etats-membres de l’Union eux-mêmes. Et c’est encore le cas cette fois-ci, avec cette incroyable augmentation de salaire de fait des eurocrates en 2013, incongrue en ces temps austères, mais entièrement la faute des gouvernements européens.
L’information a déjà quelques jours, mais n’a étonnamment pas fait les grands titres. Faute d’un accord à 27, une taxe de solidarité de 5,5% qui était imposée depuis des années sur les salaires des 45 000 fonctionnaires européens ne sera pas reconduite, entrainant une revalorisation inespérée de leurs salaires alors que la Commission proposait d’augmenter cette taxe à 6% !
Comment en est-on arrivé là ? Cette affaire rocambolesque est assurément révélatrice des contradictions du fonctionnement de l’Union européenne aujourd’hui, et de la perte de sens de l’action collective des 27 (et bientôt 28 avec l’entrée de la Croatie en juillet 2013).
Echec de la négociation
Les gouvernements et la Commission européenne ont négocié pendant plus d’un an pour se mettre d’accord sur le sort de cette taxe qui avait été initialement limitée dans le temps, et que la Commission proposait d’augmenter.
Aucun accord n’a été possible, en raison du bras de fer intergouvernemental sur le budget européen, notamment avec la Grande-Bretagne, et des intérêts particuliers de certains Etats, ceux notamment qui abritent de nombreux fonctionnaires européens, Belgique et Luxembourg.
L’enjeu mineur de cette taxe a donc été négligé par les Etats-membres, coincés dans leur paralysie plus large au sujet du nombre (la Commission proposait une baisse de 5% des effectifs), et du statut des fonctionnaires européens, l’un des nombreux sujets de conflit du moment.
Mais le résultat de cette impasse est que les Etats ont laissé passer le délai pour prolonger la taxe d’au moins un an, comme le proposait la Commission à titre conservateur, et que le budget européen va devoir assumer l’augmentation de ces salaires au pire moment…
Impopulaire Europe
Si on voulait rendre l’Europe encore plus impopulaire dans les opinions publiques des Etats-membres, on ne s’y serait pas pris autrement.
Le « fonctionnaire européen » et « Bruxelles » sont devenus, au fil des années, le bouc émissaire idéal de l’irresponsabilité de dirigeants politiques incapables d’assumer des décisions impopulaires et opaques. L’Europe n’étant pas (encore ?) un super-Etat fédéral, ce sont pourtant les Etats qui ont le vrai pouvoir de décision. Ou, dans le cas présent, de non-décision, avec les conséquences absurdes que l’on voit ici.
2013, l’année du sursaut européen ? On voudrait bien y croire, mais toutes les contradictions mises au jour par cet épisode des 5,5% restent intactes, et ne se résoudront pas comme par miracle. Peut-être faut-il tout repenser et reconstruire, avec ceux qui veulent avancer, plutôt que de chercher vainement à réconcilier l’irréconciliable, comme vient de le suggérer Jacques Delors à propos de la Grande-Bretagne ?

asalaireseuropeen

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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