Etats-Unis – WikiLeaks : le soldat Bradley Manning est de retour devant le tribunal militaire de Fort Meade (Maryland)

Nouvel Obs   08-01-2013 Par Sarah Diffalah

 L’affaire Manning de nouveau devant la justice

  Accusé d’être « la taupe » du site de Julian Assange, le soldat Manning attend son procès en prison depuis presque trois ans.

anovilie

 Bradley Manning, le 28 novembre 2012. (Patrick Semansky/AP/SIPA)
Plus de deux ans après son arrestation pour avoir transmis à Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, 260.000 câbles diplomatiques du département d’Etat, le soldat Bradley Manning est de retour devant le tribunal militaire de Fort Meade (Maryland) pour de nouvelles audiences préliminaires qui doivent durer jusqu’à vendredi, en attendant le procès en Cour martiale prévu en mars.
Le 17 décembre dernier, l’ancien analyste du renseignement en Irak, a fêté ses 25 ans. Pour la troisième fois, en prison. Le jeune homme risque la prison à vie pour « collusion » avec l’ennemi, l’un des 22 chefs d’inculpation retenus contre lui. En mai 2010, il confesse par tchat à un ancien hacker, Adrian Lamo, qu’il est à l’origine de la fuite des documents militaires divulgués par WikiLeaks. « Si vous aviez accès à des documents classifiés depuis très longtemps, disons 8 ou 9 mois, et que vous appreniez des choses incroyables, des choses terribles, des choses qui relèvent du domaine public, et pas de quelque serveur entreposé dans une salle obscure de Washington DC… que feriez-vous ? », lui dira-t-il avant de lui avouer avoir transmis à Julian Assange, deux vidéos, dont celle de l’attaque américaine sur des civils (où deux reporters de Reuters sont tués), des documents sur Guantanamo et sur la guerre en Irak, ainsi que des milliers de câbles diplomatiques.
Violation du code militaire ?
Adrian Lamo, qui n’a jamais vu le soldat alerte le FBI puis la presse. Bradley Manning est arrêté en Irak le 27 mai 2010, conduit dans une prison du Koweït avant d’être rapatrié aux Etats-Unis.
Lors des dernières audiences préliminaires en décembre, il a été question des conditions de détention du soldat lors de son incarcération en cellule d’isolement d’une prison des Marines, Quantico, située en Virginie. Son avocat, David Coombs, a plaidé l’abandon des charges contre son client, qu’il a estimé aussi sévères que celui d’un condamné à mort. Ces « conditions de détention n’étaient pas nécessaires, elles constituent une punition illégale […] C’est une « violation claire » du code militaire et cela justifie l’abandon des charges, plaidera-t-il. Cette fois, la juge Denise Lind pourrait se prononcer sur ce volet en reconnaissant que le soldat a été injustement puni.
20 minutes de lumière naturelle
L’avocat a détaillé sur son site internet les conditions d’incarcération de l’accusé. Pour prévenir les risques de suicide, quelques semaines après son arrestation, Bradley Manning est placé à l’isolement entre juillet 2010 et avril 2011. Il est alors confiné vingt-trois heures par jour avec 20 minutes de lumière naturelle, ses vêtements lui sont retirés tous les soirs et donnés aux gardiens. Sous surveillance permanente, il n’a pas le droit de faire de l’exercice dans sa cellule, ni même de s’appuyer contre le mur.
David Coombs a accusé les commandants de la prison d’avoir ignorer les recommandations des psychiatres qui estimaient que le détenu n’était pas suicidaire. « Tout le monde était de mèche dans cette équation » a-t-il accusé. Le gouvernement a concédé que Manning avait été détenu de manière injustifiée sous ce régime pendant sept jours en juillet 2010, appelant le tribunal a les lui déduire de sa peine.
Bradley Manning a depuis été transféré à Fort Leavenworth dans le Kansas où les conditions de détentions ont été assouplies.
Exclure les motivations de Manning
Ces audiences préliminaires suivies par une poignée de journalistes sont surtout l’occasion pour le gouvernement de limiter les éléments de preuve qui seront présentés lors du procès. Ainsi, les procureurs militaires souhaitent demander à la juge d’exclure du débat les motivations de Manning dans l’organisation de cette fuite. « Je veux que les gens sachent la vérité… peu importe qui ils sont … parce que, sans information, vous ne pouvez pas prendre des décisions éclairées », avait expliqué le jeune militaire à Adrian Lamo lors de ses longs échanges par tchat.
Le gouvernement estime que cette raison n’est pas valable car Bradley Manning savait que ces documents seraient accessibles à l’organisation terroriste Al-Qaïda et par conséquent qu’il a aidé « l’ennemi ». Si elles sont prises en considération, ces motivations pourraient influer sur la peine qui sera prononcée.
Les quatre jours d’audience doivent aussi être consacrés au caractère secret des documents transmis par Manning, la défense affirmant que ceux-ci étaient « sur-classifiés ». Enfin, la liste des témoins de la défense sera également débattue. Un résumé de ce que chaque témoin va dire doit être présenté au juge afin qu’il détermine si les témoignages sont pertinents.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans International, Justice, Médias, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.