Chine : l’affaire Nanfang Zhoumo a pris suffisamment d’ampleur pour justifier la mobilisation des citoyens contre la censure

Rue 89 09/01/2012 Aviva Fried | Aujourd’hui la Chine

 Mobilisation sans précédent de citoyens contre la censure

En s’attaquant au plus célèbre des hebdomadaires chinois, le Nanfang Zhoumo publié à Canton, dans le sud de la Chine, les censeurs sont allés trop loin : de tous côtés les soutiens affluent, mettant le nouveau pouvoir dans une situation inconfortable.
Ils sont quelques dizaines, certains disent même une centaine. Ils ont à la main un chrysanthème, une photo, une banderole. Devant le siège de l’hebdomadaire, à Canton, ces anonymes sont venus soutenir leur journal dans le combat qui l’oppose à la censure du pouvoir.
Les nombreux policiers sur place n’interviennent pas, se contentant de saisir leur fleurs (voir la vidéo ci-dessous) et de faire des photos des manifestants, qui, ultime défi, prennent la pose même s’ils savent que les clichés pourront servir à les incriminer.
Vidéo
Ce genre de manifestation est rare en Chine, mais depuis quelques jours, l’affaire Nanfang Zhoumo a pris suffisamment d’ampleur pour la justifier.
A l’origine, un éditorial du magazine, grossièrement censuré par le chef de la Propagande de la province du Guangdong, Tuo Zhen : au lieu d’un article évoquant les espoirs de changement pour la nouvelle année et la volonté de voir la Constitution chinoise appliquée pour rendre les Chinois « réellement libres », c’est un texte, rédigé par Tuo en personne, qui a été publié. Un court article chantant les louanges du Parti communiste chinois.
Faux communiqué
Il n’en fallait pas plus pour susciter la colère des journalistes et des lecteurs. Les lettres ouvertes sur internet se multiplient, les « weibonautes », utilisteurs du « Twitter chinois », Weibo, s’en mêlent : à l’arrivée, la blogosphere chinoise ne parle plus que de l’affaire, débordant les censeurs dans un élan incontrôlable

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Performance de soutien au Nanfang Zhoumo (China digital times)
arue89chine weiboLe pouvoir a bien tenté de reprendre la main : selon le Monde, les autorités ont fait publier sur le compte Weibo de l’hebdomadaire un faux communiqué de la rédaction, prétendant que l’éditorial n’avait pas été retouché. De quoi enflammer encore plus les internautes chinois, atterrés devant une tentative de manipulation aussi grossière. Les journalistes de l’hebdomadaire ont, eux, annoncé qu’ils se mettaient en grève.
Preuve de l’estime qui entoure l’influent Nanfang Zhoumo, de nombreux journalistes, blogueurs et même stars du show-business ont volé à son secours, affichant, plus ou moins ouvertement, leur solidarité avec l’hebdomadaire.
Ainsi, sur son compte weibo, l’actrice Yao Chen (suivie par 32 millions d’abonnés) publie cette citation de Soljenitsyne :
« une parole de vérité pèse plus que le monde entier ».
Le célèbre blogueur Li Chengpeng écrit de son côté, selon le site Tea Leaf Nation. : « nous n’avons pas besoin de grands immeubles, mais nous avons besoin d’un journal qui dit la vérité. Nous n’avons pas besoin d’une flotte de porte-avions, mais nous avons besoin d’un journal qui dit la vérité ».
Portails internet à la rescousse
Soutien inattendu : celui d’autres organes de presse, qui donnent une dimension encore plus grande au mouvement.
Les autorités ont demandé aux grands portails internet de mettre en ligne un éditorial du très obéissant Global Times, qui prétend que le Nanfang Zhoumo est manipulé par des forces en coulisses (dont le dissident aveuglé Chen Guangcheng désormais installé aux Etats-Unis…) et vise à saper le système médiatique chinois.
Sous la pression, les portails se sont exécutés, mais non sans publier, à côté de l’article, un paragraphe indiquant que celui-ci ne reflétait en aucun cas leur opinion…
Ainsi, QQ/Tencent souligne-t-il que « malgré la publication de cet article, Tencent ne partage pas les opinions ou ne soutient pas le contenu qu’il exprime ». Un défi aux autorités, qui se voient ouvertement remises en cause.
Certains ont carrément protesté : le rédacteur en chef du Beijing News a démissionné à cause de cet éditorial.
Une agitation qui pourrait être un premier test pour le nouveau pouvoir. En se rendant dans le sud du pays pour l’un de ses premiers voyages officiels en novembre dernier, Xi Jinping s’est volontairement placé dans les pas de Deng Xiaoping, le père des réformes économiques de la Chine. Il a également fait naître beaucoup d’espoirs en appelant au respect de la Constitution chinoise et en lançant une campagne anti-corruption. De quoi faire rêver à des réformes encore plus profondes.
Pourtant, les signes d’une ouverture possible sont plutôt contradictoires. Le contrôle d’internet n’a cessé de se renforcer depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Et ce nouvel épisode montre qu’au niveau local, on est encore très loin d’être prêt à relâcher la pression sur la presse.
Ce qui, même si Xi Jinping fait réellement preuve de bonne volonté dans ses réformes, pourrait poser un problème.
Le rédacteur en chef d’un journal du Parti affirme ainsi au New York Times, sous couvert de l’anonymat : « si Xi ne fait pas le ménage et ne promeut pas de nouveaux officiels, ses nouvelles politiques – s’il en a – seront coulés par les anciens. La querelle entre les anciens et les nouveaux est en train d’émerger ».

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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