Des pilules contraceptives miracle … pour les labos

Le Canard Enchaîné du 9 janvier 2013 – Brigitte Rossigneux
Devinette : qui a réussi à fourguer aux femmes françaises un produit « nouveau » de huit à dix fois plus cher que l’ancien, et qui, en fait de progrès, n’apporte qu’un risque accru de complications ? Réponse : les labos pharmaceutiques, avec leur pilule anticonceptionnelle miracle de troisième ou quatrième génération.

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Un vrai miracle, en effet. Chez Pfitzer, par exemple, Minidril, vendu par boîtes de trois plaquettes – et pris en charge par la Sécu – coûte 5,05 euros. Harmonet, son successeur, vaut environ 33,25 euros. Bingo ! 28 euros de plus par patiente. Vive le saut de génération ! Chez Janssen, la bonne vielle Triella, toujours en officine, vaut 3,12 euros. Mais le labo a sorti son Tricilest à 27 euros.
piluleGrand bond encore avec la pilule par qui le scandale vient d’arriver : Méliane, du laboratoire Bayer, coûte en moyenne 40,25 euros la boîte de trois plaquettes. Non remboursable. Bayer, le géant teuton (celui là même qui commercialise le pesticide Gaucho accusé de génocider les abeilles), s’est fait une spécialité de ces pilules dont le nom rappelle celui des site de rencontres : Monevia (30 euros), Mélodia (37,40 euros), Jasmine (40,60 euros).
Quel que soit le laboratoire, c’est le grand écart. En 2009, l’Inspection générale des affaires sociales soulignait que le budget annuel d’une femme pour sa contraception allait, selon la génération de pilules, de 10 euros (voire moins avec les génériques) à 110 euros. Excellente opération donc, pour les labos…
Conflit de générations
Pour les 2 millions de patientes auxquelles ces pilules ont été prescrites, le dommage n’est pas seulement financier. Le risque de thrombose, avec ses joyeuses complications, comme l’embolie pulmonaire, est multiplié par deux. Ce sur-risque est connu depuis des années et a fait l’objet de savantes études. mais pas trop de publicité. Exemple à propos de ces dégâts collatéraux : pas une ligne de mise en garde sur le site de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. Face au matraquage des laboratoires vantant les vertus de ces merveilles qui faisaient disparaître l’acné et empêchaient la prise de poids, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ex-Afssaps) a mis un certain temps à sortir du coma.
Quand à la Haute Autorité de santé, elle prêche dans le désert depuis dix ans. En 2002, déjà, elle concluait que, sur le plan de « l’efficacité, il n’exist[ait] pas de différence entre les œstroprogestatifs de deuxième et troisième génération » et que le « risque thromboembolique« , par rapport à la génération précédente, était « de 1,5 à 2« . La commission compétente déclarait donc l’« amélioration du service médical rendu » absolument nulle. En 2007, la Haute Autorité est revenue à la charge, soulignant qu' »il avait été demandé aux firmes des données permettant d’évaluer la tolérance des œstroprogestatifs de troisième génération« . Et que « ces données n’avaient jamais été fournies« . Rebelote en 2012.
De son côté, en marge d’un rapport sur les grossesses non désirées, L’Inspection générale des affaires sociales avait rappelé que « le surcoût de ces pilules [n’était] pas justifié par une amélioration du service médical« . A la suite de quoi Roselyne Bachelot donnait son feu vert pour … le remboursement de 23 d’entre elles. Merci pour la Sécu ! Après la plainte de plusieurs jeunes femmes, la nouvelle majorité a décidé de revenir sur cette douceur. Les pilules seront dé-remboursées, et, compte tenu de la polémique en cours, encore plus vite que prévu.
Serait-ce le remboursement qui est dangereux ?

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A propos werdna01

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