Des mamies françaises pour garder les petits Allemands

France Info – 11 janvier 2013 – Sébastien Baer
A Hambourg, une agence recherche des nounous françaises pour s’occuper des enfants allemands. Et pas n’importe qui ! Les nounous recherchées doivent être des grands-mères. Elles sont appréciées pour le « savoir-vivre à la française », le raffinement et leur expérience.
HanseMichaela Hansen, fondatrice de l’agence Granny aupair © Radio France – Sébastien Baer
Françoise, 66 ans, est arrivée à Hambourg en même temps que les premières chutes de neige, au début du mois de décembre. Cette hôtelière à la retraite a prévu de rester un an dans la famille Peters. Là, au milieu des bois et de la campagne, elle s «’occupe de la maison et des deux filles de 11 et 13 ans. Une façon de voyager dit-elle, hors des sentiers battus.  «Cela permet de vivre une expérience que je n’aurais pu entreprendre seule et de découvrir un pays à moindre coût. Et surtout s’installer quelque temps pour découvrir ce pays mieux qu’à travers les vitres d’un autocar ou pendant simplement huit jours. C’est un échange où on se donne mutuellement quelque chose. »
Françoise, la parisienne a été recrutée par une agence de Hambourg. Créée il y a trois ans, Granny aupair » met en relation des familles allemandes avec des seniors venues de l’étranger. La fondatrice, Michaela Hansen, explique que le profil des grands-mères françaises séduit beaucoup les allemands : « Le savoir-vivre a la française est très apprécié. Ensuite, la France est admirée par son mode de vie, son élégance et la cuisine a du succès. Et puis c’est aussi notre pays voisin, beaucoup d’allemands se sentent proches de la France. On apprend à connaître comment l’on vit dans l’autres pays, tout cela grâce aux grand-mères françaises ».

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Françoise dispose d’une chambre et d’une salle de bains au rez-de-chaussée de la maison des Peters. Après deux tentatives malheureuses avec des baby-sitters venues de Bulgarie, Ralph Peters 53 ans, le chef de famille est cette fois ravi de l’expérience. « Françoise est chaleureuse et aussi très cultivée. En plus, elle parle très bien l’Allemand. Ma fille a commencé à apprendre le français donc, là aussi cela représente un avantage. Hier soir, on s’est d’ailleurs dit au dîner que nous aimerions aller à Paris avec Françoise l’été prochain. Elle nous plonge dans la culture et nous fait partager la mentalité française. Ce qui est certain, c’est que c’est un plus par rapport à une grand-mère allemande. »
Avant de se décider à poser ses valises chez les Peters, Françoise a dû faire le tri parmi la trentaine d’offres qui lui ont été faites, car la grand-mère française était très courtisée : « Le choix a été difficile. Toutes les familles étaient très accueillantes, très ouvertes, avec des conditions d’hébergement superbes et parfois des avantages incroyables ». Le concept fonctionne si bien que, depuis 3 ans, plusieurs agences de mamies au pair ont vu le jour en Allemagne. A Brême, Wolf Vitter Gunther  revendique déjà 150 grands-mères dans ses fichiers : « C’est une tendance en plein essor. Au début nous n’avions qu’un ou deux contacts par semaine, maintenant c’est chaque jour. Les femmes plus âgées ont plusieurs atouts. Elles ne sortent pas tous les soirs en discothèque, elles ne passent pas leur temps au téléphone ou sur Internet, elles sont vraiment là pour les familles ou pour les enfants. »
Cette nouvelle tendance commence à s’exporter. Plusieurs grand-mères allemandes sont arrivées en France pour jouer les baby-sitters. Cette fois, c’est le sérieux et la rigueur allemande qui sont mis en avant.

Sans titre

Quoi qu’il en soit, le concept semble plaire : au Salon des Seniors de Paris qui aura lieu en mars, il semble qu’il faudra désormais compter avec les mamies au pair et avec leur arrivée sur le marché des  » petits boulots « . En fait, ce phénomène se situe dans la suite logique  de ce qui avait commencé à se dessiner dans le contexte du baby-sitting : en effet, depuis quelques mois, on voit fleurir les annonces qui demandent une  » retraitée motorisée  » pour prendre le relais après l’école, assurer les sorties extrascolaires et les devoirs, et gérer les mercredis. Cela dit, ce schéma  ressemble aussi à ce qui se mettait en place spontanément dans les familles élargies du siècle dernier : les grands-parents faisaient alors partie intégrante du cercle familial et transmettaient leurs savoirs au jour le jour, s’occupaient des petits-enfants pendant que les parents vaquaient à leurs occupations professionnelles, apportaient une aide pour les repas ou l’entretien de la maison, en échange de leur logement au sein de la famille. Nous ne faisons sans doute que reproduire ce que nos ancêtres ont connu comme une nécessité, et que nous avions mis de côté pour mieux nous émanciper… avant de nous apercevoir que les générations différentes ont besoin les unes des autres pour faire fonctionner le monde !

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