Exil Depardieu – le producteur Vincent Maraval a jeté un pavé dans la mare

Nouvel Obs 12/01/2013 Par Christian Pfohl producteur

Producteur, je gagne 1650 euros/ mois : l’affaire Depardieu nous met en danger

ano c PfLE PLUS. En pleine polémique sur l’exil de Depardieu, le producteur Vincent Maraval a jeté un pavé dans la mare : les acteurs français seraient trop payés. Faut-il réformer le financement du cinéma français ? Un débat qui inquiète Christian Pfohl, producteur. 
Petites gens, oyez. Depuis quelques semaines, l’aristocratie du cinéma crache sur la place publique ses différends sur les magots, rentes et officines dont ils ont l’exclusivité. Les sommes évoquées, indécentes, honteuses, donnent le tournis. Le partage ne leur convient plus. Certains en veulent plus. D’autres n’en veulent pas moins. La lutte des places remplace la lutte des classes.
 Le Marquis de Maraval défend le Baron Depardieucompagnon de chasses et de banquets – et attaque a travers d’autres noms le système français de subventions au cinéma. La Duchesse Deneuve et la Reine Jeanne, offusquées, accusent le gueux Torreton d’être un jaloux. Les Fils-de et Fille-de, bien né(e)s avec une cuillère en argent dans la bouche, défendent leurs parts du gâteau, et trouvent scandaleux que l’on cite des noms, et des chiffres, quand même, la délation !
 Colère !
 Plusieurs débats à distinguer
 Qui parle ? Les grands comptes comme on dit dans les banques. Ceux qui ont droit a beaucoup de facilités, de passes-droits, de fidélités rémunérées. Qui se payent grassement et trouvent cela normal. Que disent-ils ?
 Il y a deux débats – sinon plus – dans cette soupe médiatique.
 1. Le salaire des vedettes (pornographique – sur lequel je ne reviendrais pas et qui ne concerne pas l’immense majorité des comédiens et techniciens)
2. Le système de soutien au cinéma.
 Les films que nous produisons – courts et longs métrages, documentaires – se font grâce à la politique de soutien à la création. Nos films sont des œuvres et pas des produits. Sans aides, ils n’existeraient pas et nous n’existerions pas. Nous ne faisons pas de la télé-hamburger, de celle qui rend les cerveaux disponibles à la publicité.
 L’argent de ces subventions est pris sur les entrées cinéma, les CA des chaînes et même des fournisseurs d’accès internet. Il est redistribué – en grande partie de manière automatique – et en partie de manière sélective par des commissions faites de professionnels, comme nous, dans un système loin d’être parfait mais qui a la vertu d’être démocratique et largement transparent. Remettre en cause ce système qui a fait ses preuves, c’est foutre en l’air nos vies et nos films. C’est laisser le commerce seul décider de ce qui mérite d’exister.
 Nous sommes beaucoup à travailler dans ces métiers du spectacle. À survivre.
 Je ne suis pas une exception
 Producteur depuis 1992, je ne suis pas intermittent, et j’ai gagné moins de 1250€/mois les 10 dernières années. Augmenté en 2011, je gagne maintenant 1650 € par mois. Ni plus ni moins qu’une grande majorité de nos concitoyens. Et je ne suis pas une exception.
 Depuis la réforme de l’intermittence en 2003, des milliers d’entre nous ont basculé vers les RSA et autres allocs de fins de droits. Les poncifs bien connus sur nous s’accumulent – fainéants, privilégiés. Cette obscénité des rémunérations de quelques-uns nous salit tous, nous risquons d’en payer les conséquences.
 Le statut des intermittents, qui permet à l’ensemble de la création de se maintenir – et particulièrement les petites gens du spectacle vivant, du court métrage, du documentaire, du cinéma d’auteur – est à nouveau en danger. Sous couvert de ce débat biaisé, le risque est grand de voir une fois de plus notre statut – notre existence même, mise en danger. Préparez vous à vous battre.
Et ils parlent de leurs millions.
Et nous mangeons des spaghettis.
Et nous continuons à aimer ces métiers.
Et ils les salissent par leur argent (l’argent de la publicité est-il sale ?)
Et leurs films commerciaux puent.
Et les nôtres se parfument à la dynamite.
Pour finir une citation que j’ai devant les yeux matin et soir (envoyée par des ensorceleurs de pellicules…) :
 Pier Paolo Pasolini : « Et que représente le cinéma commercial ? »
Pierre Clémenti : « C’est un somnifère. il est fait pour une société occupée à digérer. Il est fait par des hommes vulgaires qui croient les autres vulgaires. »
 Pier Paolo Pasolini, Il Tempo (23/11/68), « Petits dialogues sur le cinéma et le théâtre » (Éditions Cahiers du Cinéma)
Édité par Louise Pothier   Auteur parrainé par Jean-Frédéric Tronche

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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