Maroc – Traite moderne : une hideuse réalité passée sous silence.

Affamées, torturées ou violées : au Maroc, des domestiques philippines, employées par de riches familles, ont récemment osé lever le voile sur l’horreur de leurs « conditions de travail ». Toutes dénoncent, peu ou prou, une situation de quasi-esclavage (Tel Quel).
Le Monde 22/01/2013
Tel quel

Scandale. La traite des Philippines

Pour la première fois, des bonnes philippines témoignent à visage découvert du calvaire qu’elles vivent avec leurs employeurs marocains. Affamées, torturées, voire violées, elles nous racontent une hideuse réalité passée sous silence.

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Ellles s’appellent Annalissa, Bilia et Fiona. Elles sont jeunes et ont quitté leur pays, les Philippines, pour venir travailler au Maroc. Leurs vies ont vite tourné au cauchemar. Embauchées comme domestiques par de riches familles, elles ont fini par devenir des esclaves de “maîtres” arrogants et inhumains. En décembre, au siège de l’ODT (Organisation démocratique du travail), elles sont venues témoigner de ce qu’elles endurent. Privées de leurs salaires et de leurs passeports, la plupart d’entre elles ne rêvent plus que d’une chose : pouvoir rentrer chez elles. “N’ayons pas peur des mots ! Certains employeurs marocains leur ont fait subir les mêmes atrocités que l’on a toujours reprochées aux employeurs des monarchies du Golfe embauchant des domestiques marocaines. C’est inacceptable et cette situation ne peut plus durer”, nous déclare l’un des organisateurs de la rencontre du 5 décembre.
liberté pour 4000 dollars !
Annalissa a miraculeusement échappé à la famille rbatie qui l’employait et la séquestrait. Son passeport a été confisqué et l’est toujours. En 11 mois de quasi-esclavage, elle n’a perçu que 1600 DH au lieu des 2000 DH mensuels convenus initialement. Le 25 octobre 2012, son patron  fait pire : il profite de l’absence du reste de la famille pendant quelques jours pour la violer. Le sort de Bilia n’est guère différent. Ses journées de travail étaient interminables. Mais sans percevoir un sou pendant des mois avec, en prime, les pires privations. Son employeur, quand elle osait protester, l’affamait pendant des jours entiers, et la maîtresse de maison la battait. Elle la menaçait surtout d’envoyer à ses trousses des gens pour “lui régler son compte” si jamais elle tentait de s’enfuir.
En fin de compte, elle a franchi le pas et sauté d’une fenêtre. Elle s’en est sortie avec un coude cassé, mais presque libre : il lui reste à récupérer son passeport pour pouvoir rentrer chez elle. Pour cela, son ancien employeur lui réclame 4000 dollars, soit la somme (prétendument ?) versée à des intermédiaires. Dans la salle, présent parmi l’assistance, le consul honoraire des Philippines suit les témoignages des victimes. A la fin, Porto Joselito ne peut plus se retenir et fond en larmes. Il va finir par se reprendre pour balancer des statistiques sur ce phénomène.
Au total, 3000 jeunes femmes philippines travaillent au Maroc. Une bonne partie est embauchée par des familles marocaines avec un bon contingent qui se concentre dans les seules villes de Rabat et Casablanca. L’une des révélations chocs de ces “auditions publiques”, une première au Maroc, est qu’un ancien général de l’armée marocaine emploie à lui seul, et dans les mêmes conditions, cinq domestiques philippines.
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De Manille à Casablanca
Briser le tabou

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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