Le logement pour les nains

Le Canard Enchaîné mercredi 23 janvier 2013 – I.B.
logement-loyerAvec quelques contorsions, on s’y fait très bien, voyons ! Après l’acrobate locataire qui se plait en deux dans moins de 2 m2, place à la femme et son bébé qui s’épanouissent dans 4 m2. Un placard, un sous-sol, une soupente… C’est fou, l’imagination de certains proprios. Ils sont souples, eux aussi. Pas comme l’administration qui est rigide comme une trique et met des mois à réagir… Cette femme avec son bébé s’était signalée à la mairie du XVème arrondissement de Paris au printemps dernier. Jusque là, elle renouvelait sa demande logement social sans trop s’étendre sur son gourbi. Mais, là, c’est son proprio qui voulait la mettre à la porte.
Quand il a mis les pieds dans son placard, Paul Roussier, élu (PC) à la mairie du XIVème, n’était pas sûr de la surface sur laquelle on tient debout : 3,4,5 m2 ? Ce qui est sûr, c’est que la cahute fait moins de 9 m2 Carrez. Interdit par la loi. Mais la loi ne suffit pas ! Pour faire valoir ses droits, l’administration doit constater que le bien fait moins de 9 m   et qu’il est loué ! Le tout prend du temps, « beauuuucoup de temps » soupire Paul Roussier.
SDF-dessinAvec la Fondation Abbé Pierre, l’élu a d’abord transmis le dossier à la Direction de l’habitat et du logement de la Ville. Laquelle a rendu son rapport le 2 août 2012. Fin de la paperasse ? des clous ! Après ça, le préfet doit prendre un arrêté d’insalubrité constatant l’interdiction de louer. Sauf que l’arrêté est préparé par un autre maillon de l’interminable chaîne : l’Agence régionale de santé (ARS), qui a roupiller pendant sept mois dans le dossier. Réveillée par le battage médiatique, grâce au propriétaire qui a eu la bonne idée de mettre la mère dehors en pleine trêve hivernale, l’ARS devraient « incessamment » fournir son papelard. Le quel ouvre de formidables droits : une fois l’interdiction d’habiter constatée, le locataire n’a plus à payer le loyer, et son proprio a l’obligation de le reloger. Du moins sur le papier. S’il ne bouge pas, l’État se substitue au proprio en lui faisant payer une indemnité. Encore faut-il trouver un logement !
La femme a trouvé une place en crèche dans le XIVème arrondissement et a ainsi pu reprendre le travail. « Si on l’envoie habiter à l’autre bout de la région parisienne, tout sera par terre« , explique la mairie. La loger à l’hôtel ? « Ce ne serait pas vraiment mieux, elle ne pourrait pas cuisiner« . Un logement social pas trop loin ? « Il faut attendre. » Le résultat est épatant : en attendant que tout ce temps prenne son temps, la jeune mère a repris le chemin de sa soupente…
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Renforcement du blocage des loyers, augmentation des quotas de construction sociale fixés par la loi SRU et, enfin, annonce de la création d’une nouvelle niche fiscale sur le logement pour remplacer le « Scellier ». Les premières annonces du gouvernement en matière de logement ne sont qu’une continuation entêtée des recettes appliquées depuis plus de 20 ans, et qui ont prouvé leur incapacité à résoudre la crise du logement dans le pays aux 700.000 SDF et 3 millions de logés précaires.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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