Les brebis n’aiment pas les puces

Le Canard Enchaîné du 23 janvier 2013 – Jean-Luc Porquet
Ils sont fous, ces éleveurs de brebis. Ils écrivent des choses comme : « Nous pensons que les animaux sont autre chose qu’un objet industriel permettant de faire de l’argent, et que les éleveurs doivent rester libres de leurs pratiques pour faire perdurer la notion de vivant dans leurs rapports avec les animaux. » Ils refusent de coller des puces électroniques à leurs bêtes.

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La chose est pourtant obligatoire de puis juillet 2010. Ils disent que les méthodes actuelles de traçabilité (une boucle à chaque oreille) sont largement suffisantes. Ils pensent qu’ajouter une puce RFID à cette boucle est inutile est coûteux. L’un deux, Etienne Mabille, a déjà perdu 8 000 euros dans l’affaire : comme il ne veut pas pucer ses bêtes, on lui a supprimé les aides PAC. En prime, la DDT, Direction départementale du territoire , le menace de pénalités (dont le montant n’est pas encore fixé), et la DDPP, Direction départementale de la protection des populations, le menace d’une amende de 410 euros par brebis « non identifiée » électroniquement. Son troupeau compte 60 brebis : faites le calcul…
Perdre autant d’argent pour une question de principe ! C’est de l’aveuglement. C’est du sectarisme. Ou alors, il a peut-être de vraies raisons … Lui et ses pairs bergers et chevriers de la Drôme veulent alerter l’opinion publique sur la question : ils organisent une grande transhumance qui partira de Mornans lundi 28 janvier et arrivera à Valence le 1er février. « Les arguments avancés par l’administration, disent-ils, sont l’amélioration de la traçabilité et la facilitation des conditions de travail des éleveurs, deux arguments que nous réfutons. » Pour eux, les puces ne servent guère qu’à ajouter à leur travail une contrainte informatique. Et à « ouvrir un marché fort intéressant à l’industrie des nanotechnologies« . Que l’administration, qui les noie déjà de paperasses, soit ainsi prise d’une frénésie numérique les, inquiète : « Nous avons de profondes inquiétudes sur l’avenir d’une société qui puce  de plus en plus largement les êtres vivants et qui ne voit de salut que dans toujours plus de technologie. »

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Autre signe de cette industrialisation de l’élevage : à partir de 2015, ils devront acheter des reproducteurs mêles « certifiés », c’est-à-dire issus des centres de sélection. « Autrement dit, il s’agit d’interdire aux éleveurs les échanges de mâles entre les fermes, comme cela s’est toujours fait. Les mâles ne seront donc plus sélectionnés que sur des critères propres à l’industrie. Exit les multiples critères paysans qui assurent diversité génétique, rusticité, résistance aux maladies. Mais soyons rassurés, l’industrie saura inventer les remèdes et les vaccins nécessaires !« 
Ces éleveurs sont fous : on veut leur faciliter la tâche ! Des experts, des chercheurs, des généticiens leur expliquent qu’ils ne connaissent rien et grâce à la techno-science ils vont enfin pouvoir exercer leur métier (archaïque et ringard jusqu’ici) d’une façon enfin rationnelle, moderne et compétitive. Et ils renâclent ?
Encore un peu et ils vont refuser les farines animales que Bruxelles cherche à remettre en circulation…
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Transhumance des brebis « noires »‘ en Limagne

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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