Mali – Martin Kern Etudiant en master 1 à l’Institut d’EP de Lyon : Baroudeur et amoureux de l’Afrique, il répond dans une tribune aux afropessimistes

Tribune Rue 89  Martin Kern |

Non à l’afropessimisme ! Réponse à une tribune alarmiste sur le Mali

Les « afropesssimistes », vous les connaissez : partout dans les médias, ils vous expliquent que l’Afrique est plongée dans un perpétuel marasme, et que la succession de ces crises prouve bien que ce continent est définitivement voué à ne jamais sortir de cette spirale négative.
Puis, lorsqu’on leur demande quelle est la cause de ce supposé échec, ils déclament, dans un long soupir : « Que voulez-vous, c’est dans leurs gênes ! »
La crise malienne leur a donné une nouvelle occasion de marteler ce message, et la tribune de Vincent Crouzet sur Rue89, consacrée au prochain déploiement d’une force africaine dans le pays, en est le parfait exemple.

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Soldats tchadiens dans une boutique de Gao, Nord-Mali, le 30 janvier 2013 (Jérôme Delay/AP/Sipa)
L’auteur s’y propose, pour résumer le propos, de vous y « énoncer quelques vérités », à vous « ignare lecteur ».
En bref, l’intervention d’une force africaine pour relayer l’armée française serait une ‘catastrophe assurée’, ne pouvant avoir pour effet qu’envenimer la situation.
Arguments simplistes
L’analyse est loin d’être à rejeter, tant il est vrai que les lacunes de certaines armées africaines sont toujours un problème majeur dans le processus de sécurisation du continent. Ce qui dérange, ce sont plusieurs des justifications avancées, que l’on qualifiera de simplistes, pour ne pas employer un autre terme.
Vincent Crouzet nous explique ainsi que ‘la violence est partie intégrante de l’Afrique’. Pas besoin d’aller chercher plus loin, cher lecteur, l’affaire est réglée : tout ça, c’est culturel. D’ailleurs, chaque pays, chaque région, chaque village de ce continent de plus d’un milliard d’habitants a connu ou connaît cette violence, dont, à l’échelle nationale, les féroces armées sanguinaires sont aujourd’hui les héritières.
‘Il n’y a pas une Afrique mais des Afrique’
Il est curieux de retrouver dans l’encadré de présentation de Rue89, sur le ‘topic’ Afrique, l’énoncé suivant : ‘Il n’y a pas une Afrique mais des Afrique’, pour ensuite lire ce genre d’inepties, ou encore celle-ci : ‘La cohabitation d’ethnies et de cultures différentes n’a jamais généré que des tensions considérables sur le continent.’
Avez-vous déjà entendu parler de la Zambie, monsieur Crozet ? Pays d’Afrique australe, qui, plus de 50 ans après son indépendance, jouit d’une société dépourvue de tensions, avec plus de 70 groupes ethniques en son sein.
Avez-vous déjà entendu parler du Ghana, monsieur Crozet ? Barack Obama, en 2009, y avait entamé se tournée africaine. Le pays, ayant subi une situation politique instable jusqu’en 1992, est aujourd’hui présenté comme un modèle de démocratie, et bénéficie d’un taux de croissance économique parmi les premiers au monde.
L’Afrique évolue, monsieur Crouzet, n’en vous déplaise : elle compte toujours ses crises, mais aussi ses succès. Elle est pleinement rentrée dans l’histoire, au contraire de ce que prêchait Nicolas Sarkozy en 2007 lors de son discours de Dakar, et c’est loin d’être pour le pire.
Pas d’afro-optimisme béat
Combattre votre vision n’est pas non plus tomber dans un afro-optimisme béat, ce qui serait tout aussi stupide : c’est faire l’effort intellectuel d’écouter les uns et les autres, de distinguer des Afrique plutôt qu’une Afrique, d’apporter des nuances, plutôt que des vérités préfabriquées.
Oui, monsieur Crouzet, comme vous le dites bien justement, ‘nous sommes en 2013. Il est l’heure de dire les choses, de prononcer les mots’. Et ce qu’il faut dire, c’est que vos propos, découlant d’une vision culturaliste simpliste, sont d’un autre âge, et qui plus est dangereux, car ils nourrissent dans l’opinion une image biaisée de l’Afrique, continent qui a achevé, ces dernières années, une avancée considérable dans les domaines de la construction de la paix ou encore celui du développement économique.
Ce processus est bien sûr complexe, variant selon les régions et les périodes, à l’exemple du Mali. Cependant, plutôt que de jouer aux simples prédicateurs de l’apocalypse, essayons, monsieur Crouzet, de creuser l’analyse.
| (*)  Martin Kern – Etudiant en master 1 à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon. Baroudeur et amoureux de l’Afrique, où je pose régulièrement mon sac à dos

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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