Peut-on brûler une autoroute ?

Charlie Hebdo – 18 décembre 2012 – Charb
thomas_bayrle_macba_barcelona_la_clau«Il faut faire des efforts.» «Nous n’avons plus les moyens.» «Qui paie ses dettes s’enrichit.» Ce sont quelques-unes des formules qui pourraient bientôt remplacer l’obsolète et ridicule devise «Liberté, égalité, fraternité». Le gouvernement y réfléchit. Plusieurs agences de communication sont en concurrence sur le projet. Il faut que les Français comprennent bien que, s’ils subissent à la fois une hausse des impôts et une baisse des dépenses de l’État, c’est pour séduire les agences de notation, dont dépend la bonne image du pays auprès des créanciers. Peuple de France, tu es une petite pute qui doit exciter suffisamment ce vieux maquereau de Moody’s afin qu’il te fourre un A dans le soutif et qu’il t’envoie te faire foutre par les banques. Et Moody’s, il les aime bien débraillés et loqueteux, les peuples qui font le trottoir. Il y a une clientèle de pervers friqués pour ça.
Donc on fait des efforts.
Un des efforts qu’il faudra consentir, c’est de payer plus cher les péages d’autoroute à partir du 1er février prochain. Il faudra payer en moyenne 2% de plus pour circuler sur le grand ruban. Une vague de privatisations en 2005 (merci, Villepin! Au fait, qu’est-ce qu’elle devient, la grande saucisse?) a fini de transformer le réseau autoroutier en machine à sous au service de Vinci, Eiffage ou Abertis. Des machines à sous qui arrosent largement plus les actionnaires de ces grosses boîtes que les pelouses des aires de repos.
Prouve que tu es un crétin, paie trois fois ce qui t’appartient.
privatisationNon, l’augmentation du tarif des péages ne servira pas à rembourser la dette de la France, mais à agrandir les piscines des copains de Villepin. La hausse des tarifs est autorisée et encadrée par l’État. Les compagnies autoroutières ont le droit de faire grimper leurs tarifs automatiquement en fonction de l’inflation. Au moment où l’on se moque à juste titre de la façon dont Ayrault s’est fait enfler par Mittal, n’oublions pas comment les exploitants de l’asphalte ont tranquillement réussi à devenir des rançonneurs à vie sans que ça déchaîne la fureur de qui que ce soit. L’abruti de contribuable, avec ou sans voiture, a payé une première fois la construction des autoroutes, il paye maintenant pour avoir le droit d’y circuler. À la fin de sa vie, combien de fois aura-t-il payé le même tronçon d’autoroute ?
Le mot «privatisation» ne rend pas assez bien la réalité. Il n’y a pas de privatisations, il n’y a que des confiscations. Une privatisation, c’est la confiscation par le capital du bien public. Mais, dans le cas des autoroutes, pas de manif d’usagers pour bloquer la circulation, pas d’appel à boycott, pas de passages en force aux péages… L’automobiliste français est un con de droite incapable d’actions collectives. Un mec de gauche qui monte dans sa bagnole devient automatiquement un individualiste forcené qui hésite entre faire le plein chez Copé ou chez Le Pen.
Restons optimistes, l’automobiliste deviendra peut-être un opposant aux compagnies autoroutières malgré lui. En effet, la crise en Espagne est en train de ruiner les rentiers du bitume. Plus personne ne prend l’autoroute, devenue hors de prix. La mauvaise nouvelle, c’est que l’État va aider financièrement les exploitants autoroutiers afin que leur serpent de béton ne se transforme pas en champ de patates.
Continuons donc à faire des efforts aux péages afin qu’en cette période de crise les actionnaires de Vinci puissent continuer à prendre l’avion. Tu vois un actionnaire de Vinci patauger dans le pipi des chiottes de l’aire de repos de Ratatouille-la-Houlette ?

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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