Hersant et l’argent du golf ? Enquête de police

 RUE 89 François Krug | Camille Polloni | Journalistes

L’étrange golf de la famille Hersant et ses millions évaporés

 Malgré les graves difficultés de ses journaux, le groupe Hersant a investi massivement dans un golf somptueux. La police enquête.

arue89capturedecrangolf

Le golf Robert-Hersant (Capture d’écran)
Ce mardi, Le Monde révèle l’ouverture d’une enquête préliminaire pour abus de biens sociaux, visant le Groupe Hersant Média. L’ancien géant de la presse régionale vient de céder ses derniers quotidiens français (La Provence, Nice-Matin…) à Bernard Tapie.
La brigade financière s’intéresse notamment à des « flux financiers suspects entre le groupe de presse, au bord de la liquidation fin 2012, avant sa reprise, et le prestigieux golf Robert-Hersant de Nantilly (Eure-et-Loir) ». Il s’agirait de retrouver d’où provenaient et où sont passés 14 millions d’euros « qui auraient permis d’abonder les comptes de la SCI Golf de Nantilly ».
Opération secrète des salariés
Le site internet du golf décrit un cadre idyllique : « Dix-huit trous implantés sur une centaine d’hectares autour de pièces d’eau dominées par des collines boisées d’arbres majestueux, tels que séquoias, ginkgos biloba, tulipiers de Virginie, liquidambars… »

arue89 golf Hersant

Pour en profiter, la cotisation est de 2 250 euros par personne et par an (1 450 euros pour les étudiants).
C’est justement ce grand parc verdoyant que les salariés du journal Paris-Normandie, alors détenu par Groupe Hersant Média, ont envahi le 4 avril 2012. Bien avant que la justice ne demande des comptes.
Ce jour-là, un comité de groupe se tient à Torcy (Seine-et-Marne), dans un contexte tendu. « C’était la grosse déconfiture », se souvient Benoît Marin-Curtoud, délégué du Syndicat national des journalistes (SNJ) à Paris-Normandie. La police s’attend à un débarquement massif des salariés du journal, qui ont affrété des cars et annoncé une manifestation à Torcy.

aHersant.jpg manif

Au dernier moment pourtant, les délégués syndicaux mettent les salariés dans la confidence : leur cible n’est pas la réunion, mais le golf Robert-Hersant. Le rendez-vous a été tenu secret, raconte Benoît Marin-Curtoud : « Nous avons voulu une action spectaculaire, médiatique et pas destructrice. »
 « Plus aucun lien » avec le groupe
Quel lien faisaient, à l’époque, les salariés de Paris-Normandie entre le golf et la situation de leur journal ? « C’était symbolique », se souvient Stéphane Rousseau, également délégué du Syndicat national des journalistes (SNJ).
« Pour nous, ce golf représentait l’argent de la famille Hersant, en dehors des activités médias du groupe. On s’est parfois demandé pourquoi ils ne le vendaient pas pour renflouer les journaux. »
Mais il y a presque un an, certains salariés sont allés plus loin. Comme ce représentant de la Silpac-CGT, filmé dans un reportage de France 3 Haute-Normandie : « Les cotisations des adhérents ne permettent pas l’entretien du golf. Donc c’est bien le groupe, tous les ans, qui finance de l’argent supplémentaire pour l’entretien de ce golf-là. Qui crée la richesse ? Les salariés du Groupe Hersant Média, toutes catégories confondues. »
arue89PHILIP~1En réponse à l’action des salariés, le golf avait fait valoir qu’il n’avait « plus aucun lien » avec le groupe ou son patron, Philippe Hersant, fils du fondateur Robert. En janvier 2012, Philippe avait effectivement revendu le golf à… son neveu, Eric, pour 3,5 millions d’euros.
Une perte de 20,9 millions d’euros
Cette vente n’a pas mis fin aux interrogations sur la structure complexe du groupe, au contraire. Les documents retraçant l’opération, déposés au greffe du tribunal de commerce de Paris, révèlent ainsi l’existence d’une filiale méconnue, L’Ami des Jardins.
L’Ami des Jardins était l’un des magazines spécialisés sur lesquels Robert Hersant avait construit son empire. Il symbolise aussi la chute du « papivore », qui avait dû le revendre en 1995. Sans fermer pour autant la société éditrice éponyme. Celle-ci a survécu, avec une seule activité : la gestion du golf, via une société civile immobilière, la SCI du Golf Parc de Nantilly.

aHersantGolf%20parc%n

Surprise : ce golf somptueux était un gouffre financier. En tout cas sur le papier. Selon les comptes de l’Ami des Jardins, en 2010, le golf avait réalisé un chiffre d’affaires d’un peu plus d’un million d’euros… et affichait une perte comptable de 20,9 millions d’euros ! Les années précédentes, il avait déjà enchaîné les déficits, mais sans atteindre un tel niveau
Le golf n’a pourtant jamais manqué d’argent. Depuis la création de la SCI, en 1991, Robert Hersant puis ses enfants y ont investi massivement. En vingt ans, le capital de la SCI est passé de dix millions de francs (1,52 million d’euros) à 24,8 millions d’euros.
Le groupe a également prêté de l’argent à son golf. Et c’est ce qui intrigue les enquêteurs. Selon La Tribune, quinze millions d’euros ont été avancés. Sous la pression des banques, dix millions ont bien été remboursés.
Que sont devenus les cinq millions restants ? Selon le groupe, ils ont été encaissés par le golf, en contrepartie d’opérations de relations publiques organisées sur ses terrains.
« Il n’était question que des journaux »
Difficile de démêler les liens entre le golf, la famille et le groupe. Les salariés qui s’en inquiétaient n’ont jamais obtenu d’éclaircissements. Pour Steve Beneteau, de la Silpac-CGT, « le golf n’a pu se constituer que sur l’empire de presse de la famille Hersant ».
Stéphane Rousseau, le journaliste de Paris-Normandie, est plus prudent. « Nous n’avions aucune idée d’éventuelles malversations », rappelle-t-il. Et le golf « n’apparaissait pas dans les discussions au comité de groupe », auquel il siégeait.
« Il n’était question que des comptes des journaux, du pôle Sud (celui racheté par Bernard Tapie), du pôle Est (L’Union) et du pôle normand (Paris-Normandie). »
Certains salariés ont même été surpris, comme Benoît Marin-Curtoud : « Je n’ai réellement appris l’existence de ce golf et des liens qui l’unissaient à GHM quand il a été racheté en nom propre par Eric Hersant fin 2011. »
Pierrestrato

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Loisirs Tourisme, Médias, Police, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.