Instaurer la confiance dans le monde de l’entreprise

France Info – 6 février 2013 – Pascal Le Guern
Elle est indispensable à l’épanouissement de chaque individu, au développement de chaque entreprise, de chaque institution et plus généralement de toute la société… La confiance… en soi, en l’autre, en l’avenir !
imagesCA18VAHAInterview de Didier Pitelet, Dirigeant Fondateur de Moons’factory (groupe spécialisé dans le conseil en réputation d’entreprise), Président de l’ACCE (Association des Agences de Communication pour l’Emploi) et Auteur du livre  » Le prix de la confiance  » aux Editions Eyrolles.

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janvier 2013 – format 155 x 210, 196 pages –  12 €
Pascal Le Guern : On entend souvent dire aujourd’hui que le monde de l’entreprise est déshumanisé, que l’entreprise est fragile. On a le sentiment qu’un peu partout c’est la grande déprime, comment expliquez-vous cela ?
Didier Pitelet : En bientôt trente ans de carrière, je n’ai effectivement jamais vu dans les entreprises autant de mal-être qu’aujourd’hui. Un malaise qui touche aussi bien les dirigeants, les cadres que tout type de salariés. La grande explication, c’est que l’on oublie de dire que nous sommes en crise depuis, non pas 7 ou 8 ans, mais une trentaine d’années. Trente ans qui ont été jalonnés d’épisodes sociaux importants : une alternance de licenciements et de recrutements, avec un sentiment de « un pas en avant, deux pas en arrière ».
Le point le plus important, c’est que les entreprises aujourd’hui, notamment les grandes, sont gérées sous l’impulsion des marchés financiers et sur le court terme. Il est très rare aujourd’hui de rencontrer des entreprises qui savent raconter une histoire sur leur futur. Et puis nous avons maintenant un modèle de dirigeants interchangeables qui ont des mandats de 3 à 5 ans par leurs actionnaires, visant à l’optimisation du compte de résultats et ces dirigeants ne sont plus des chefs d’entreprise au sens d’entraineurs d’équipes. Ce sont les trois facteurs qui expliquent cette grande déprime dans les entreprises.
PLG : La confiance, malgré tout, ça peut exister dans l’entreprise ?
DP : Bien sûr ! L’être humain est, par essence, une créature de confiance. Il a besoin d’avoir confiance en son chef, en ses collègues, il a besoin de croire en un projet. Le problème, c’est que dans la majorité des grandes entreprises, la confiance est rompue entre les dirigeants et les salariés, toutes les études le démontrent. Les salariés se replient davantage vers une confiance avec leurs collègues. je vous donne un exemple : 70% des managers trentenaires en France déclarent ne pas adhérer aux valeurs de leur entreprise. C’est énorme ! Et 69% de ces managers estiment que leur N+1 (c’est à dire le manager du manager), n’est pas un exemple pour eux.
image-001,8,001,5375-silhouette-de-chefs-d-entreprisesDonc on a un vrai problème d’exemplarité du management. Mais il ne faut pas pointer du doigt le seul management, il faut aussi envisager la capacité à recréer la grille de lecture humaine de l’entreprise. Car il y a effectivement des entreprises ou cela se passe bien, ou il y a la confiance, mais il y a aussi aujourd’hui un vrai clivage entre les entreprises qui ont un « vrai » patron. On peut prendre l’exemple de Gi-Fi, dont le patron charismatique Philippe Ginestet, depuis 31 ans qu’il a créé cette boîte est obsédé par le bonheur de ses équipes. Vous pouvez aussi prendre le grand groupe de restauration, le Groupe FLO, dont le Directeur Général Dominique Giraudier, ne cesse de dire que l’on peut motiver 8 000 collaborateurs avec un postulat simple : « Il faut les aimer !« . Dans la grande distribution qui n’est pourtant pas reconnue comme un secteur qui privilégie l’humain, vous pouvez prendre les super et hyper marchés Casino, où le Directeur Général André Lucas et le DRH Jean-Claude Delmas, n’ont de cesse de travailler la performance à partir de la mobilisation des équipes. Dans d’autres secteurs également comme le conseil et l’audit, le groupe Mazars qui a fondé toute sa ligne managériale sur une éthique extrêmement humaniste.
Donc, ça existe, mais ce qui est intéressant, est que l’on voit de plus en plus un clivage entre les entreprises cotées et les entreprises familiales, et ça c’est un symptôme encourageant pour l’avenir.
PLG : Donc, il y a bien des raisons d’espérer ?
DP : Oui, et elles sont nombreuses, je n’en citerai que  trois. Tout d’abord, les nouvelles générations, ceux que j’appelle « les mutants », et qui vont arriver dans quelques années sur le marché du travail, vont apporter de nouveaux codes, de nouveaux repères. la deuxième, c’est l’évolution même de l’opinion publique qui migre, de valeurs masculines vers des valeurs féminines donc, de reconnaissance et de respect. Prenez juste un chiffre : 70% des consommateurs de 25/49 ans déclarent que l’intérêt de ses salariés par une entreprise va de plus en plus conditionner l’achat de ses produits ou de ses services. On va là toucher directement  au chiffre d’affaires. Si j’ai une bonne réputation en tant qu’employeur, cela servira mon business… Donc les raisons d’espérer sont là !
PLG : Dans votre livre, vous donnez les 7 clés de la confiance. Alors, sans les citer toutes, pouvez vous parler de quelques unes ?
20120125PHOWWW00872DP : Réhabiliter la notion de marque dans l’entreprise : c’est elle qui va porter l’aventure humaine de l’entreprise.  Inventer le leadership humain. Imposer la transparence qui va très clairement être un devoir car la tolérance et l’exemplarité vont faire leur grande entrée dans le monde de l’entreprise. La notion de partage, pas uniquement financier mais aussi de la stratégie. Imaginez que 50% des salariés des grands groupes ne comprennent pas la stratégie de leur boîte, ce qui est quand même incroyable ! Le respect étant évidemment une clé majeure de la confiance sans laquelle on ne pourra pas imaginer recréer du lien humain.

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Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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