Les journalistes et l’éternel scandale de la viande – Bouffe, et tais-toi !

Altermonde sans frontières – 12 février – Fabrice Nicolino
Vous suivez peut-être le désopilant feuilleton de la bidoche de cheval astucieusement ajoutée à la bidoche bovine pour accroître les bénéfices de la chaîne industrielle. Vous noterez peut-être que j’ai écrit bovine au lieu que de bœuf. La raison en est simple, et il faut commencer par le commencement : la viande de bœuf est presque exclusivement de la viande de vache. Une vache épuisée par la gestation de veaux à tire-larigot, ou d’hectolitres de lait arrachés à ses pauvres tétines. Pour parler, encore faudrait-il dire le vrai, et le système de la viande industrielle, relayé par les journaux, ignorants, indifférents, insouciants, ment. Totalement.
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 Comme j’ai écrit le livre Bidoche (L’industrie de la viande menace le monde), plusieurs journalistes m’ont contacté pour que je parle, comme l’expert que je ne suis et ne serai jamais, de ce supposé scandale. Le Grand Journal de Canal Plus m’a invité hier soir, mais j’ai dû décliner. France 2 et Le Nouvel Obs m’ont joint, et ma foi, que leur dire dans le format qui est le leur ? Rien. En deux mots, cette énième crise me fait rire, je l’avoue. On polarise, c’est-à-dire qu’on détourne, l’attention commune sur un fait on ne peut plus ordinaire : on a fourgué de la viande cheval, moins chère, en lieu et place de viande de bœuf. La belle affaire !
Nul, sauf peut-être à la marge, ne posera les bonnes questions. Tout le système n’est que fraude et arnaque, pour la raison éclatante que la nourriture est devenue une industrie. Et que les animaux sont devenus des objets mondialisés qui doivent cracher de la chair au plus vite, et donc du profit. Le reste est ridicule. La vérité du dossier est limpide : nous avons concédé notre souveraineté alimentaire, partant notre liberté, à des structures abstraites, lointaines, incontrôlables, qui obéissent à d’autres règles que celles qui devraient nous intéresser : la qualité, la proximité, l’impact sur la nature et les êtres vivants, dont font partie, jusqu’à plus ample informé, les animaux massacrés dans l’élevage.
bidocheJ’ai dédié Bidoche à tous les animaux morts sans avoir vécu. Je récidive. Ces pauvres mots sont pour eux. Pas pour les tristes connards que nous sommes, qui avons accepté la financiarisation de la vie quotidienne des humains, alimentation comprise. C’est à vous, les bêtes, qui ne pouvez m’entendre, que je pense. Très fort.

 

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Bouffe et tais-toi !

Altermonde sans frontières – 11 février 2013  – Patrick Mignard –
L’affaire des « lasagnes » à la « viande de bœuf pur cheval » montre une chose que nous savons depuis longtemps : on nous fait bouffer n’importe quoi. Même si, dans ce cas, il n’y aurait aucun risque sanitaire – encore que ! – la preuve est, une fois encore, faite que tout est possible… En matière de rentabilité et de spéculation sur l’alimentaire, le pire n’est jamais loin. Des exemples ?
772533361Il est vrai que nous sommes, en partie, conditionnés et soumis à une alimentation industrialisée, ne serait-ce que par notre manière de vivre, de travailler. Notre mode de consommation n’est pas « autonome », nous sommes piégés par nos conditions de vie. Cependant, une marge de liberté nous reste, que nous ne saisissons pas, par commodité, paresse, laisser-faire… Changer nos habitudes exige quelques petits efforts et de l’imagination… Qui peut faire confiance aujourd’hui à cette Europe libérale, où règne une déréglementation initiée par les eurocrates, exclusivement propice aux affaires et où les politiciens (les élus) ne découvrent les catastrophes qu’une fois qu’elles se sont produites ? Nous n’avons aujourd’hui aucune garantie sur la qualité de notre alimentation. Les chaînes de production sont en fait incontrôlables et celles de distribution soumises à la spéculation et aux lois du marché (voir le rôle des traders et de la spéculation sur les marchés de l’alimentation !)
Y a-t-il une/des/solution/s ? Oui ! Pas globale/s bien sûr… Mais nous avons des marges d’action. Sous quelles formes ? La production, les marchés de proximité, les circuits courts. Il nous faut impérativement nous obliger à avoir, au maximum, recours à ces circuits… Ça demande de l’initiative, de l’organisation avec les voisins, de l’attention sur ce qui se passe autour de nous. Les producteurs locaux, mis en grande difficulté par la production industrielle, résistent… Si nous ne les soutenons pas, ils vont disparaître et après eux ce sera le champ libre pour les empoisonneurs industriels. Il n’y a aucun snobisme à avoir recours à la production locale, contrairement à ce que clament les empoisonneurs. Y avoir recours va les aider à se développer, à prospérer, à faire baisser les prix… Les circuits vont se perfectionner, se stabiliser et finalement correspondre à nos besoins et à ceux des générations qui nous suivront.

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La vie moderne nous a isolés, individualisés, atomisés ? Nous sommes pieds et poings liés par la publicité et les circuits de la grande distribution. Notre libération ne se fera pas en un seul coup, mais nous pouvons dès à présent nous donner les moyens de fonctionner autrement sur des produits essentiels et de première nécessité. Des Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne et des Coopératives d’Utilisation du Matériel Agricole existent partout et sont prêtes à la vente directe. Il y va à terme de notre santé, de celles de nos enfants et de nos petits enfants !…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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