De l’utilité de la guerre en temps de paix

Siné Mensuel N°17 – février 2013 – Christophe Alévêque
Fallait-il intervenir au Mali ou pas ? Je n’en sais foutre rien, je n’ai pas les dossiers. Passons sur le fait que la France joue les pompiers après avoir été pyromanes et que nous sommes visiblement les seuls à flipper devant la menace terroriste.
S’agit-il d’ingérence ou pas ? Visiblement non, vu que c’est le président à contrat à durée indéterminée malien qui nous a invités. Et, de toute façon, on ne dit plus ingérence, mais « Opération de protection ou de libération des populations civiles », dont les connotations positives s’imposent avant même qu’on y réfléchisse. Avant le premier coup de feu, le critiqueur est moralement coincé, son rayon d’action fait alors l’épaisseur d’un morceau de PQ.
Nous voilà en guerre contre les « islamistes djihadistes terroristes kidnappistes » au Sahel, alors qu’il suffisait de les laisser mourir de soif, comme la tradition politique en a été si souvent coutumière. Le méchant, on l’aide à mourir. Le gentil, on le laisse mourir, nuance. Nous nous battons donc contre des méchants. L’épaisseur du PQ se réduit encore.
2501-mali-chappatteSinon, je ne suis pas un spécialiste en bagarre, mais les forces ennemies seraient composées, selon les sources informées, de 200 véhicules de type 4X4 fortement équipés et de 2000 hommes. Logiquement, on devrait plier ça le temps de dire « à l’attaque ». Ce qui semble être le cas, puisque l’on gagne du terrain de jour en jour ! Donc on gagne. Les terroristes se replient plus loin et vont recommencer plus tard, en attendant, on gagne. Mais attention, les méchants qui sont déterminés à l’extérieur de l’Hexagone peuvent aussi frapper à l’intérieur de notre pays ! Aïe ! Le PQ devient transparent. pour couronner le tout, les images le montrent, c’est la liesse populaire au Mali : merci la France, merci papa François.
Même si on s’est avant tout venus en aide à nous-mêmes, pour éviter des bombes chez nous, nous avons au passage aidé les maliens à se libérer chez eux. La preuve, ils dansent de joie. Il ne reste plus au critiqueur qu’à se torcher avec ses doigts…
Tout bien réfléchi, je crois que je suis pour cette intervention. Ce qui m’énerve, puisqu’il faut bien pouvoir s’énerver sur quelque chose, ce sont les dégâts collatéraux politiques et médiatiques de cette opération. Les premiers commentaires les plus répandus tournaient autour du président de la République : « Saint François de Corrèze tient sa guerre, il va pouvoir adopter la posture de chef des Armées, asseoir son autorité et montrer sa force de caractère ».
Qu’est-ce qu’on s’en fout ! Qu’il adopte un chien, qu’il s’assoie sur son divan et pas sur ses promesses et qu’il montre sa force devant la finance (ennemi invisible, je vous le rappelle, donc encore plus difficile à localiser qu’un barbu dans le désert). Et puis, comme à l’accoutumée, nous avons eu droit à la fameuse unité nationale (ou presque). La guerre unit les hommes, les armes mettent tout le monde d’accord. Car il apparaît beaucoup plus difficile de se mettre au diapason en temps de paix.

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Et enfin, sans vouloir tomber dans la parano, c’est drôle comme à chaque fois que les chiffres sont dans le rouge, que la situation intérieure vire au cauchemar économique, que les chômeurs se reproduisent entre eux sans même coucher, bref que tout merde à souhait, il se passe un truc qui attire notre attention comme le papier collant attire els mouches. Le hasard fait souvent bien les choses en politique : or en politique, le hasard est aussi rare qu’un éclair d’humanité dans le regard de Copé.
Après Ben Laden, les gouvernements occidentaux ont la joie de vous annoncer la naissance de Mokhtar Benmokhtar dit  » Le Borgne » ! M’est avis que celui-là va beaucoup servir et pas que sa cause.

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La photo parlante – Siné Mensuel N°17 – février 2013 – Delfeil De Ton
C’est une photo, en réalité une capture d’écran d’un reportage de France 2. Le Monde la publie et précise que France 2 est le seul média autorisé à prendre des images de la cellule de guerre réunie au ministère de la Défense aux premières heures de la guerre au Mali.  De l’utilité d’une chaîne d’État pour une affaire d’État. La cellule est réunie autour d’une table. Tous des mecs. Treize mecs. une quatorzième personne se tient sur une chaise à l’écart, c’aurait pu être une secrétaire. Non. Un mec aussi. Dans le reflet d’une glace murale, on aperçoit la caméra. Portée par un mec, bien sûr. La guerre est une chose trop sérieuse pour prendre le risque de la distraction.

A propos werdna01

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