Un million de révolutions tranquilles

Biosphère – Réseau de documentation des écologistes activistes
Lasse d’entendre qu’aucune alternative n’était possible au libéralisme économique, Bénédicte Manier, journaliste à l’afp,  a pris son bâton de pèlerin et sillonné la planète. Les fruits de son périple sont exaltants !
Il existe bien de par le monde des citoyens qui ont mis en place d’autres manières de consommer, de commercer, d’échanger, de cultiver, de vivre… qui se sont affranchis du modèle consumériste, créant parfois leur propre monnaie, leurs banques, gérant eux-mêmes leur approvisionnement en eau et en énergies, reverdissant le désert ou organisant de nouvelles façons de travailler ensemble. Ces multiples initiatives, l’auteur les décrit. Il n’y a que des citoyens ordinaires – mais animés d’une volonté extraordinaire – qui tentent de répondre aux problèmes qui leur sont posés localement (manque d’eau, de nourriture ou de logements, terres polluées…). En Inde, en Afrique, aux États-Unis, en Europe, ce livre dessine ainsi les frontières de cet « autre monde possible ». Un livre au format original qui prétend devenir un livre cadeau que l’on s’offre comme un porte bonheur, un talisman.

9791020900098

Editions Les Liens qui Libèrent, 2012, 326 pages, 22,90 euros
Sous-titré « Comment les citoyens changent le monde », le livre de Bénédicte Manier contredit implicitement la tendance des « révolutionnaires » à attendre tout de l’intervention de l’Etat (ou de la prise du pouvoir d’Etat). On se rapproche plutôt de la stratégie du colibri, popularisée par Pierre Rabhi : « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces quelques gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. »
Avec ce livre, nous voyageons beaucoup, tout autour de notre planète. Bénédicte Manier est une journaliste qui a effectué plusieurs centaines de reportages de terrain aussi bien en France qu’au Laos, au Cambodge, au Burkina Faso, au Brésil, etc. On arpente aussi bien les forêts nourricières que les villages urbains, on y pratique la stratégie du commons et le it’s your city, dig it ! L’autogouvernance citoyenne est omniprésente. Prenons un exemple précis, le tourisme. Le slow travel consiste à voyager autrement, non en consommateurs de voyages, mais en explorateurs d’autres cultures, en prenant son temps et en rencontrant des habitants à chaque étape (p.65)… Le tourisme a ses usages collaboratifs, avec lesquels le voyage s’éloigne de la consommation de masse pour devenir l’occasion de vraies rencontres. C’est notamment le cas du troc de maisons entre particuliers de différents pays, mais aussi de la pratique du couchsurfing. Ses pratiquants s’hébergent gratuitement – toute transaction monétaire étant sanctionnée d’une exclusion du réseau – et les rencontres  entre couchsurfers débouchent sur des liens d’amitiés durables (p.82). Ses expériences multiples sont autant d’idées partielles pour changer de comportement global.
66105_600640343285709_413397443_nIl se dégage en effet de ces multitudes d’expérience locales le sentiment que nous sommes en train de vivre un bouleversement mondial de nos manières de vivre. Le titre du livre est parlant, la « révolution tranquille » est en marche. Cette capacité d’innovation de la société civile reste toutefois encore largement ignorée en tant que phénomène global. Il n’en reste pas moins que ce foisonnement est révélateur des maux que les citoyens doivent affronter : crises financières, mal de vivre urbain, agriculture polluante, pertes d’emploi… Il forme des centaines de milliers de déclarations d’indépendance. Il s’agit de tourner le dos au néo-libéralisme triomphant des années quatre-vingt en recherchant des réponses locales à la crise.
Ce livre témoigne sans aucun doute d’un nouveau cycle de postmondialisation, mêlant les aspects positifs du village global (l’interconnexion) à une multiplication de transformations locales. Les prémices du futur ?

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Ecologie, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.