Pesticides : du poison dans les cheveux de viticulteurs

France Info – 19 février 2013 – Anne-Laure Barral
Des molécules cancérigènes, issues des pesticides épandus dans les vignes à Listrac Médoc en Gironde, ont été retrouvées dans les cheveux des salariés de la viticulture et même des riverains. Tous ont participé à une étude inédite publiée ce mardi et menée par l’association Générations futures.
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Il y a 11 fois plus de chances d’avoir des pesticides dans les cheveux lorsqu’on travaille à la vigne © Maxppp
L’étude, menée par l’association Générations futures, a analysé les cheveux d’une vingtaine de personnes : 15 salariés viticoles et cinq riverains de Listrac Médoc en Gironde. Le premier résultat n’est pas vraiment surprenant. Les salariés viticoles présentent 11 fois plus de pesticides que la population témoin. Les riverains des vignes, cinq fois plus.
Mais le résultat le plus inquiétant de cette étude réside plutôt dans la nature des produits utilisés. Près de la moitié des molécules retrouvées sont classées comme cancérigènes possibles, 36% sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. Du Diuron, un herbicide interdit depuis 2003 en France, a même été retrouvé sur l’un des professionnels.
« Vous pouvez avoir, dans la parcelle d’à côté, quelqu’un qui pulvérise » – Le reportage d’Anne-Laure Barral 
Si vous habitez à côté d’une vigne, vous avez cinq fois plus de risques d’avoir des pesticides dans les cheveux. Pour les travailleurs viticoles, c’est 11 fois plus. mais le résultat le plus inquiétant de cette étude réside surtout dans la nature des produits retrouvés. Près de la moitié sont classés comme cancérigènes possibles, 36% sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. Le Diuron, un herbicide interdit depuis 2001 a même été retrouvé sur un des professionnels. Pourtant, les vendangeurs ne doivent plus entrer sur une parcelle moins de 48 heures après une pulvérisation ! Pour François Veillerette, porte-parole de l’Association et élu écologiste, cette étude montre que cette mesure est insuffisante. « Visiblement les délais d’entrée dans les parcelles ne sont pas suffisants pour protéger les salariés, et en même temps, ces délais théoriques ne sont pas réalistes quand on sait comment le parcellaire viticole est morcelé. Même si vous rentrez dans votre parcelle au bout d’un certain temps, vous pouvez avoir dans la parcelle d’à côté quelqu’un d’autre qui pulvérise. Donc les pesticides voyagent dans l’air et vont contaminer les gens de la parcelle d’à côté tout comme les riverains de l’autre côté de la route. »Partager
Les salariés ont souhaité participer
« C’est une étude limitée mais on ne demande qu’à la dupliquer« , a expliqué François Veillerette. L’Inserm travaille également sur une étude sur la santé des salariés de la viticulture, mais dont on attend toujours les résultats. Ce sont des salariés viticoles eux-mêmes qui ont souhaité participer à cette analyse. Leur situation est difficile puisqu’en dénonçant les risques, ils craignent aussi de perdre leur emploi.
pesticides-3« L’économique ne doit pas toujours primer sur la santé« , estime Nicole Bonnefoy, sénatrice socialiste et à la tête de la mission d’information parlementaire sur les pesticides. La vigne utilise 20% des pesticides consommés en France. Elle devrait donc avoir un rôle majeur dans l’objectif de réduction des produits phytosanitaires. La France est bien mal  partie pour réduire de moitié  l’usage de ses pesticides en 2018, comme elle s’y est engagée, elle a même plutôt augmenté sa consommation ces dernières années. 

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