Consommateur endormi – Picard mouillé dans l’affaire de viande de cheval Findus : son fournisseur ? Comigel, lequel a acheté à Spanghero ! mais ce n’est pas tout …

Rue 89 20/02/2013

A tous ceux qui croient que Picard fabrique ses plats… accrochez-vous si vous voulez savoir qui « fait » vraiment les produits Picard ?

Picard surgelés « fait » ses plats, les « élabore », mais ne les fabrique pas. La nuance vous avait peut-être échappé.
L’alerte a été donnée lorsqu’on a appris que Picard était mouillé dans l’affaire de viande de cheval Findus. Eh oui, tous deux se fournissent auprès du même Comigel, lequel a acheté à Spanghero du cheval étiqueté bœuf, puis l’a cuisiné dans ses lasagnes et son chili con carne (n’allez pas traduire « carne » par viande, car il s’agit plutôt de « minerai de viande »).
L’affaire devait être close une semaine plus tard, lorsque Comigel, la PME lorraine sous-traitante du géant des surgelés, a reconnu une « erreur » : « Cela n’aurait jamais dû se produire, Spanghero ne faisant pas partie des fournisseurs validés par Picard dans le cahier des charges signé entre Picard et Comigel. »
Tout va bien donc pour Picard, qui, en 20 ans de collaboration avec Comigel, n’avait jamais eu à faire face à ce type d’écart, indiquent les deux partenaires.
« Recettes élaborées en interne »
Cette affaire a le mérite de rappeler ce que le consommateur endormi aurait tendance à oublier, sous l’effet assoupissant des jolies photos du catalogue Picard (1200 produits dont 200 nouveaux chaque année) : à l’instar de toutes les marques de distributeurs, les « MDD » également embarquées dans cette affaire, Picard conçoit et distribue les produits, mais en sous-traite la fabrication. Son métier est d’élaborer les recettes et d’avoir des magasins.
Entre temps, le consommateur adepte de la marque au flocon, si douée pour faire passer ses plats préparés pour de la « haute cuisine », comme on dit haute couture, a découvert le visage du patron de cette entreprise florissante.
La vidéo digne de l’ère soviétique montre, centré sur fond blanc, un monsieur d’un certain âge dénommé Philippe Pauze et ayant la qualité de « président ». L’air navré, le patron vante les « recettes exclusives élaborées en interne par les équipes de recherche et développement »
Vidéo
Et le gastronome attentif a pu s’arrêter sur le terme « élaboré » : les plats incriminés sont les deux seuls « élaborés » par le fournisseur mis en cause.
« C’est fait par qui ? »
Naïvement, vous aviez cru que Picard fabriquait ce qu’il vous vendait, et non qu’il se bornait à concevoir des recettes et faire respecter un cahier des charges ? Vous aviez peut-être trop regardé la publicité, qui disait : « C’est fait par qui ? Par Picard, et Picard, j’en suis sûre ».
Mais accrochez-vous si vous voulez savoir qui « fait » vraiment les produits Picard et quels produits il met dans le plat préparé. Où est la liste des quelque 200 sous-traitants ? Impossible de mettre la main dessus.
A la rubrique « Entre nous » du site Picard, la transparence est de mise. Des questions fictives sont posées par des clients fictifs. Et à la question sur le risque de « confusion » sur l’origine des produits, il est simplement répondu :
« La mention “élaboré en France” figurant sur nos emballages signifie impérativement que le produit a été fabriqué dans un atelier de production situé en France ; en revanche, les ingrédients ne sont pas forcément tous d’origine française. Lorsque le produit et l’ensemble de ses ingrédients sont français, nous précisons “production française”. »
« Quand vous achetez une voiture… »
La marque, désignée en 2010 et 2011 gagnante du palmarès des enseignes de distribution les plus attractives par le cabinet OC&C, au nom notamment de la confiance que les Français lui accordent, tremble-t-elle ?
Apparemment pas. Au service de presse, on nous explique que « ça fait quinze ans qu’on essaie d’expliquer qu’on n’a aucune usine, c’est de notoriété publique, on ne s’en est jamais cachés ». Pour seule explicitation de ce processus, on nous propose ce schéma :  De la création à la mise en vente (Picard)
Où il faut comprendre que l’essentiel, à savoir la fabrication, échappe à Picard. Admettant que « ce n’est peut-être pas écrit », l’attaché de presse ose cette comparaison : « Quand vous achetez une voiture, la liste des pièces et de leur provenance n’est pas mentionnée non plus. »
Ce qui me fait penser que décidément, quand Fabrice Nicolino dit qu’on « produit de la viande comme on fabrique des bagnoles », ça s’applique bien à toute la bouffe industrialisée, même la plus « haut de gamme », et pas seulement à la bidoche.
MERCI  RIVERAINS ! Tilô, Pierrestrato

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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