Les belles ficelles du business de la vieillesse

Charlie Hebdo –  20 février 2013 – Laurent Léger
On croyait tout savoir sue le juteux marché de l’aide aux personnes âgées, eh bien, non. Un contrôle des autorités sanitaires dans le  groupe Domus Vi pourrait révéler des  pratiques inédites pour mieux se goinfrer…

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Le vieillissement de la population, les fortunes que se font les propriétaires de maisons de retraite privées, tout cela est connu. On passe bien entendu sur les terrifiants cas de maltraitance, régulièrement mis au jour, c’est su et archisu. Mais les ficelles de plus en plus utilisées par les grosses boîtes privées pour faire leur beurre sur le dos des contribuables sont, elles, moins bien connues. On s’explique. Le secteur économique des vieux s’est restructuré. A côté du service public, en perte de vitesse,  et des associations, le privé, alléché par un taux de rentabilité de 20%, a vite vu la pépite. Des patrons ingénieux, voire retors, ont compris qu’il fallait réfléchir comme dans l’industrie et pratiquer l’intégration de la filière vieillesse. Du pur marketing.
jiho-0031-0076-mOn accapare désormais les vieux quand ils sont encore pimpants : on leur vend, chez eux, du service à domicile – repassage, ménage, coiffure, etc. On les garde avec les années, et, bientôt, pour peu que la personne soit seule, elle devient dépendante : on lui fourgue alors de l’aide à la toilette, de la promenade de toutou, de l’aide au lever et, surtout, des soins médicaux et des soins infirmiers. La prochaine étape, c’est évidemment la maison de retraite. Tout cela prodigué, si possible, par la même société. Ne manquent plus que les pompes funèbres !
Rabiotez, rabiotez
Mais pour rentabiliser au maximum leur activité, les petits malins du groupe Domus Vi semblent avoir trouvé la martingale, à en croire des témoignages de salariés ou d’anciens responsables qui se sont confiés à Charlie Hebdo. La ficelle consisterai à entretenir une jolie confusion entre l’activité de soins médicaux aux patients et celle qui est dédiée aux services. La première, qui relève d’une délégation de service public, est en effet financée intégralement par des crédits publics, ceux de la Sécurité Sociale. L’autre activité est libre : c’est celle-là qui rapporte.
Concrètement, voici comment çà se passe, selon des témoignages recueillis. L’agence parisienne de Domus Vi Domicile, filiale (1 400 salariés) du groupe Domus Vi, occupe des locaux dont 80% sont déclarés à l’agence régionale de santé (ARS) comme relevant d’une activité médicale, le reste étant dédié à l’aide à domicile. Ça, c’est sur le papier. En réalité, seuls deux petits bureaux seraient affectés vraiment au médical. Résultat : le loyer de 5 500 euros est payé à 80% par l’assurance maladie.
imagesCAQFANJ4Et le reste serait dans la même veine : voitures, fournitures, téléphones portables, assistantes, secrétaires, tous sont inclus dans le budget « soins » présenté à l’ARS, alors qu’en réalité, ils serviraient l’activité d’aide à domicile. Même le directeur, censé être à mi-temps dans le budget remis à l’ARS, ne serait quasiment jamais présent. Au final, l’État a versé 1 028 292 euros pour financer le budget 2012 de l’agence en question. Mais la patronne de la filiale en cause balaie les soupçons. « Les activités sont totalement cloisonnées, le budget soins est complètement autonome. Tout est contrôlé et remonté à l’ARS, qui valide par exemple la surface des locaux réglés proportionnellement au nombre de places que nous offrons« , assure Annick Huygue.
Il y aurait, explique une ex-salariée, d’autres méthodes pour alléger encore plus les coûts réels : accepter par exemple des patients en soins médicaux qui ne « sont pas trop lourds« , de manière à éviter les visites du Week-end. Ce qui permettrait d’embaucher moins d’aides-soignants et de rabioter encore sur l’activité « soins ». Une inspection du Travail est également en cours, suite à des problème  sociaux en tous genres au sein de l’entreprise.
Des pratiques qui, si elles étaient avérées, seraient « condamnables », selon Jean-Christian Sovrano, un responsable de l’ARS Île-de-France, qui attend pour se prononcer le résultat du contrôle, une procédure « contradictoire » démarrée le 30 octobre 2012 et toujours en cours. Mais qui permettent de relativiser les récentes déclarations du président de la filiale Domus Vi. « Les métiers d’aide et de soins à domicile des personnes âgées sont des métiers de main-d’œuvre, à faible marge et au modèle économique fragile« , s’est-il lamenté. Les propriétaires de l’entreprise Domus Vi figurent au palmarès des plus grandes fortunes française, on comprend pourquoi.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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