La vache folle ? Pour l’Europe, c’est du passé

Terra Eco – 25/0/2013 –

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Pour la Commission européenne, la vache folle, c’est fini. La preuve, le 4 février, elle a levé une partie de son garde-fou : elle a supprimé l’obligation de mener des tests de dépistage d’ESB (Encéphalopathie spongiforme bovine) chez les animaux sains ne présentant pas de signe clinique de la maladie. Une décision passée quasiment inaperçue, mais repérée par l’hebdomadaire Politis.
Les tests seront donc dorénavant réservés aux bovins dits « à risque » (animaux trouvés morts, abattus d’urgence ou présentant des signes cliniques). Cela fait en réalité plusieurs années que la législation s’est assouplie : « Au début les tests étaient faits sur des animaux de 36 mois, précise Etienne Bonbon, vice-président de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Mais l’âge a augmenté au fur et à mesure. » Il a en effet reculé à mesure que s’éloignait la date d’une possible contamination, puisque seuls de vieux animaux ayant consommé des farines avant 2000 pouvaient – en principe – avoir contracté la vache folle.
Un « argument comptable »
Pour appuyer sa décision, la Commission cite l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) qui précisait en octobre dans un rapport qu’il n’était pas nécessaire de tester les bovins sains pour rester dans le spectre d’un risque acceptable déterminé par l’OIE : soit un cas d’ESB sur 100 000 bovins adultes. Même en supprimant ces tests, elle resterait dans les clous : « Une prévalence escomptée d’un cas pour 5 355 627 dans la population adulte. » En clair, le risque est trop minime pour maintenir l’arsenal, selon la Commission.
Un raisonnement « purement comptable, de statistiques », accuse José Bové, eurodéputé (Europe Ecologie – Les Verts). « Aujourd’hui nous sommes dans l’incertitude sur le prion. Nous n’avons toujours pas de connaissance totale sur sa mutation et son développement, poursuit-il. Comment se fait-il qu’il y ait eu un développement aussi rapide au départ ? Qu’est-ce qui a permis la multiplication de la maladie ? Nous n’avons aucune explication. Pour toutes ces raisons, il faut maintenir les tests chez les animaux sains. Il y a encore des cas incompréhensibles tous les ans (27 cas ont été répertoriés en 2011 dans 17 pays de l’UE dont 3 en France, ndlr). »
« Une maladie rare redevenue rare… »
Ces cas persistants ? « Soit, ce sont des animaux qui ont été infectés il y a longtemps et qui ont tardé à montrer des signes cliniques, soit ce sont des animaux qui ont développé spontanément ce type de maladies à un âge avancé sans qu’il y ait eu contamination », contredit Etienne Bonbon, de l’OIE. « Ce sont ce que j’appelle des cas autochtones, abonde Jeanne Brugère-Picout, vétérinaire spécialiste de la tremblante du mouton et de l’ESB. Des cas qui ne sont pas liés à l’agent bovin contaminant anglais. Vous savez cette maladie est connue depuis plus de trois siècles. Je peux vous citer une publication de 1883 dans laquelle on relate un cas de tremblante du mouton chez un bovin en Haute-Garonne. »
Pour les deux spécialistes interrogés, la Commission ne prend pas de risques inconsidérés : « Vu comment l’Union européenne a géré l’ESB depuis la fin des années 1990, je ne pense pas qu’on puisse la taxer d’avoir géré de façon légère cette affaire. Ils ont toujours été au-delà des normes internationales en matière de farines et de tests », affirme Etienne Bonbon. « Cela fait un moment qu’on aurait dû prendre cette décision (de lever les tests sur les animaux sains, ndlr). C’est une maladie rare qui est redevenue rare », abonde Jeanne Brugère-Picout.
Une belle économie
Lever l’obligation a un autre avantage pour l’Union européenne : le coût. 36 millions d’euros par an sont en effet engouffrés dans ces tests selon la Commission, citée par Politis. « Ce sont de très grosses sommes qui pourraient être utilisées à d’autres choses plus utiles », suggère Etienne Bonbon. « Les questions de santé et de sécurité du consommateur n’ont pas de prix, rétorque José Bové. Aujourd’hui, on fait comme si ce qu’on a vécu n’existait pas, comme si l’on avait zappé. »

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Reste que la décision européenne arrive à un fort mauvais moment. Juste après la réintroduction des farines animales dans l’alimentation des poissons puis à terme des porcs et des volailles. Au cœur enfin d’une polémique sur la viande de cheval maquillée en bœuf. « La fraude, on ne pourra jamais l’empêcher, reconnaît Jeanne Brugère-Picout. Mais vous savez tous ces gens, les politiques, les scientifiques, quand on leur demande un avis, ils se couvrent. On n’attaquera jamais quelqu’un s’il a pris trop de précautions. On l’attaquera s’il n’en a pas pris assez. »
farine-poisson-oliveroÉchaudée, la France reste indécise. Passera-t-elle outre la décision européenne et poursuivra-t-elle les tests ? Saisie, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) est chargée de plancher sur la question, rapporte le service de presse de l’agence. « Mais les États membres ne pourront pas empêcher l’introduction sur leur territoire de viande d’animaux non testés », souligne Etienne Bonbon. « A priori la France va continuer les tests, croit savoir José Bové. Sur les farines aussi, j’espère que la France va continuer de les interdire (Samedi 23 février au Salon de l’agriculture, François Hollande a annoncé que la France n’introduirait pas les farines, ndlr). Mais en même temps nous sommes dans un marché ouvert. On peut se retrouver avec des poissons d’autres pays alimentés aux farines. Dans ce cas, toute la suspicion risque de se porter sur tout ce qui n’est pas étiqueté sans farine. Ça va lancer un boycott. »

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