Juste un mot | Didier Pourquery

 chronique  :  17/18-02-2013

 A plus !

La façon de prendre congé en dit long sur celui qui part. Benoît XVI, par exemple, que va-t-il dire, le 27 février ? Tout cela est si inédit… Va-t-il faire comme VGE en 1981 articulant  » au-re-voir «  face caméra ? En latin, bien sûr.  » Sal-ve «  ou  » va-le «  ? Lancera-t-il un  » allez, yallah ! «  comme Laurence Ferrari pour son dernier journal sur TF1 ? Fera-t-il un pot de départ ? Va-t-on faire circuler une enveloppe pour son cadeau ? Bref. Tant de questions se bousculent…
Pour dire au revoir, les autres, ceux qui ne sont pas papes, utilisent volontiers  » à plus « , signifiant à plus tard. Sans autre précision.  » A plus.  » C’est court.
Autrefois, il n’y a pas si longtemps, on disait  » à bientôt « . Chez moi, dans la France profonde, on disait même  » à tantôt «  (le tantôt désignant parfois l’après-midi, mais c’est un autre usage). A bientôt, à tantôt paraissent sans doute trop mous aujourd’hui. Le temps s’accélère, se contracte : nous nous reverrons peut-être tout à l’heure sur Skype, ou en réunion cet après-midi, à une fête ce soir. Bien flou,  » à plus «  sert donc à tout (comme  » à tout’ ! « , d’ailleurs), y compris dans nos messages écrits.
Parfois, il s’écrit  » A + « , façon bulletin de notes, et rappelle ce film d’amour assez culcul A + Pollux avec Gad Elmaleh et Cécile de France. Film de 2002, autant dire un siècle. A la même époque, on trouvait souvent à la fin des courriels la salutation  » @+ «  . Aujourd’hui, cette abréviation vous classe d’emblée dans la génération Internet 1.0… carrément 1999 et  » has been « .
Je sais, par les lecteurs qui m’écrivent, que la salutation  » à plus  » en agace plus d’un. Je le comprends. Mais par quoi la remplacer ?
Dire  » à une autre fois  » est assez cavalier et revient à dire : salut et à jamais.
 » A très bientôt «  évoque une personne esseulée qui cherche de la compagnie à tout prix. On attend la suite :  » A très bientôt… j’espère « .
 » A tout bientôt « , qu’on entend souvent dans les cocktails parisiens, sonne assez affecté ; et même snob, non ? Ce mélange de  » à tout’  » et de  » à bientôt «  est antinaturel à souhait.
«  A très vite «  est un cas à part : il peut se rapprocher d’ » à très bientôt «  ou d’ » à une autre fois « , selon le ton qu’on y met.
Restent les régionalismes plus ou moins lointains, encore assez utilisés chez nous ; les  » kenavo « ,  » hasta luego « ,  » adios « ,  » tschüss «  et autres  » adishatz  » (c’est du gascon… un tantinet provincial, certes, tendance festival du mime et de la vraie chanson à texte, mais j’adore).
Et puis il y a les salutations de comptoir :  » Bon ben salut, hein, faut qu’on y aille, hein, on n’est pas d’ici, hein… « , que je collectionne avec gourmandise.
 » A plus  » fait maigrelet, en comparaison. Seule consolation, nos amis anglophones ou germanophones ont raccourci leurs salutations eux aussi :  » see you later «  s’est transformé en  » see you «  (voire  » see ya «  et  » C U « , à l’écrit). Et en allemand, on entend bien souvent  » bis dann ! « ,  » bis gleich !  » ou  » bis später !  » Avec notre petit  » à plus « , on se sent moins seul.
Bon ben voilà… à… la semaine prochaine, alors.
ad.pourqueryPar Didier Pourquery

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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