Stephane Hessel – Une amitié profonde qu’il portait à ses frères et soeurs humains : Un ami de la Terre

acévennes troupeau

3 mars 2013

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C’était en juin 2011. Après deux jours d’ascension au long des drailles pierreuses, le troupeau faisait une dernière pause. Du sommet de la colline, l’oeil embrassait les vallées des Cévennes qui chantaient la beauté de la nature sous l’azur d’un ciel éclatant. Les moutons vaguaient en bêlant, tandis que marcheurs et bergers conversaient, se restauraient, ou regardaient les enfants courir.

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Je discutais dans l’herbe fraîche avec Christian. Et puis Stéphane Hessel, qui avait rejoint la troupe en voiture – il ne pouvait plus accompagner à pied cette transhumance qu’il avait suivie tant de fois les années précédentes -, s’était approché. Tranquillement, il s’était allongé sur le pré pour participer à notre conversation, avec une simplicité étonnante pour moi qui ne le connaissais guère. Mais cet homme alors célèbre ne jouait rien : sa courtoisie infinie n’était pas un masque, mais l’expression de l’amitié profonde qu’il portait à ses frères et soeurs humains.
Nous devisâmes de politique. Je dis que le parti, dit socialiste, n’était plus capable de remettre en question la folie capitaliste ni de prendre le tournant écologiste. Hessel espérait, lui, que la gravité des temps conduirait ce parti à entreprendre les mutations nécessaires. Dans les semestres suivants, il allait tenter d’influencer les socialistes, tout en exprimant, à sa manière souriante, le scepticisme qu’inspiraient leurs premiers pas au pouvoir. Il décrirait aussi sans ambages la situation qui caractérise l’époque :  » D’un côté, vous avez les citoyennes et les citoyens. De l’autre côté, vous avez des forces financières derrière l’économie qui ont pris la mauvaise habitude de penser qu’une oligarchie suffit pour diriger un pays. (…) Ce sont les financiers qui décident, et les politiques qui exécutent.  » (Libération, 28 février.)
La conviction écologique de Stéphane Hessel était récente mais profonde. Il avait découvert l’importance de la crise écologique et compris l’urgence de la  » métamorphose «  à laquelle invite son camarade Edgar Morin. Une de ses derniers entretienss, en novembre 2012 avec Reporterre.net, portait sur Notre-Dame-des-Landes. Il rappela à Jean-Marc Ayrault que  » tout homme peut avoir des raisons de reconsidérer une position qu’il a prise « .

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Cet homme qui n’a jamais fléchi dans son engagement savait aussi habiller son exigence du sourire de l’amitié. Il rendait ses causes aimables. C’est un legs précieux, et une leçon à méditer.
par Hervé Kempkempf@lemonde.fr © Le Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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