Banques, Europe, Lobbies : Quand les casseurs dictent leur loi

Fakir N°59 Presse alternative – février/avril 2013 – enquête de François Ruffin – Extraits
2008, la débâcle financière. C’était promis, juré, ils allaient « réguler ». d’un G8 à un G20, de Londres à Pittsburgh, en passant par les sommets européens, ils le répétaient : tout allait changer, le « capitalisme fou » deviendrait sage, la spéculation serait « entravée », la finance « encadrée », les paradis fiscaux « pourchassés »…
Comment ont-ils transformé leur débâcle de 2008 en victoire aujourd’hui ? Comment les lobbies financiers ont-ils cerné, désarmé, un pouvoir politique qui prétendait les tenir sous contrôle ? Qu’a fait l’Union Européenne contre la spéculation ? Rien.
Au parlement européen, les experts et conseillers appartenant pour la plupart à des banques ou des fonds privés, les amendements fonctionnent en libre-service. L’industrie financière écrit ainsi directement la loi. Les amendements rédigés par les lobbies sons recopiés tel quels par les députés qui les votent ensuite… avec ou sans complexe.

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Et pendant ce temps là …
Grèce : Une sixième année ? Cinq années de réformes imposées par la troïka (Banque centrale européenne, Commission et FMI tous unis), cinq années de récession, et toujours pas la moindre lumière dans le tunnel : « le pays perd depuis 2010 jusqu’à un millier d’entreprises par semaine », le chômage a franchi la barre « des 25% de la population active« , avec une belle progression chez les jeunes : « 58% de sans-emploi, contre 45% il y a un an » (Les Echos, 26/12/12). Enfin, « les revenus réels des Grecs ont baissé de 22,6% entre 2011 et 2012« , et les habitants sacrifient l’avenir au présent : « 35% à 40% de la population n’a plus d’assurance-maladie« . Même les banques n’y croient plus : en fin d’année, elles ont abandonné 40 milliards de créances – après avoir sucé le pays comme il le fallait. Ne s’agit-il que de prémices ? Désormais, un grec sur deux préfèrerait une franche banqueroute à cette éternelle austérité.
Chypre – La petite Grèce : La situation de Chypre est proche de celle de l’Irlande, explique Nikolaos Georgikopoulos, du think-tank grec Kepe. Le secteur bancaire chypriote, très exposé aux banques grecques a beaucoup souffert de la crise financière et de la restructuration de la dette grecque (La Tribune 21/12/12). Avec le statut de paradis fiscal, les banques chypriotes pèsent 150 milliards d’euros d’actifs, soit huit fois le budget de la petite république. Du coup, les parlementaires ont voté « un budget comprenant un ensemble de mesures d’austérité dont le recul progressif de l’âge de départ à la retraite à 65 ans pour le service public ou la réduction de la masse salariale de l’Etat » (Le Monde, 21/12/12). A peu près la même recette qu’ailleurs malgré un parti communiste au pouvoir.
100_5288Espagne – 2013 pire que 2012 ? Le « budget de la faim et de la misère » : ainsi les indignés espagnols ont-ils surnommé le budget 2013 du pays – qui n’est, il est vrai, qu’une longue liste des coupes budgétaires. Son but ? Récupérer 39 milliards d’euros. Ainsi, les prestations chômage baisseront de 6,3%, tandis que les budgets des ministères seront réduits en moyenne de 8,9%, notamment celui de l’éducation, de la culture et des sports de 17,2% et moins 45% pour l’aide au développement (Le Point 21/12/12). Dans le même temps, trois banques nationalisées viennent d’annoncer des pertes à hauteur de 16 milliards et l’Europe leur a prêté 37 milliards pour se renflouer.
Rien n’est venu de Bruxelles, en revanche, pour les « 12,7 millions de personnes qui sont en danger de pauvreté dans ce pays de 47 millions d’habitants« . Un chiffre qui pourrait grimper à « 18 millions , soit presque 40% de la population, dans dix ans, affirme un rapport de l’ONG Oxfam, si les politiques d’austérité et les coupes sociales ne sont pas corrigées.
Le gouvernement, lui, s’entête : sa priorité est d’endiguer le déficit : Même Le Figaro semble le dénoncer : la droite espagnole n’entend pas modifier d’un iota sa politique de rigueur extrême. un comble : le FMI lance « des appels à desserrer l’étau » (Le Figaro 20/12/12).
100_5289Belgique – Bienvenue dans la danse.. « Après des mois de négociations, la Belgique s’est accordée sur un budget d’austérité 2013″ (Europe 1 20/12/12). et il fallait bien des mois pour parvenir à ces mesures originales : « Le gouvernement se prépare notamment à réduire les dépenses de protection sociale » (Reuters, 20/12/12). De quoi sauver, encore une fois, la banque Dexia : pour la « recapitaliser« , l’ardoise vient de s’allonger en décembre de 2,9 milliards d’euros à la charge de l’État belge. De quoi, également, « diminuer le handicap salarial du pays avec ses voisins, singulièrement l’Allemagne… » : salaires sans coup de pouce, cotisations patronales réduites de 0,3% etc. Et tout ça, sans un rapport Gallois ! Quel heureux pays, que celui de Bernard Arnault et autres exilés fiscaux : des chercheurs de l’université d’Anvers ont calculé que, entre 1990 et 2009, les 30% des plus pauvres ont vu leur part dans les revenus nets imposables baisser de 3%, tandis que les plus riches voyaient, eux, leur part rehaussée d’autant. les dernières décisions ne devraient pas inverser cette tendance : aucun risque d’égalitarisme.
Portugal -Le jeu de la crise. A Lisbonne, un nouveau jeu de cartes est intitulé « Voilà la troïka » est en vente dans les magasins. Les règles sont déjà connues dans tous le pays: « Les joueurs essaient de protéger les millions gagnés grâce à leur influence, ils tentent de remporter les élections et cherchent à se mettre à l’abri avant qu’une carte maléfique n’apparaisse et ne déjoue tous leurs plans. c’est la carte des trois hommes en noir à la mine patibulaire, la Troïka, qui s’empare de tous les gains« .
Un peu d’humour dans un pays où, pour une fois, syndicats et patrons sont d’accord : « la situation en 2013 va empirer« , selon le secrétaire de la Confédération générale des travailleurs portugais, Arménio Carlos. Impression confirmée par la Confédération portugaise du commerce et des services : les ventes vont reculer « de 10 à 15% par rapport à 2012 qui a déjà été une année catastrophique« . Les malheurs des uns font le bonheur de certains autres.
Dans la grande braderie en cours (trains électricité, etc.) Vinci a remporté la mise : contre trois milliards d’euros, l’entreprise française gérera désormais les dix aéroports portugais. C’est moins compliqué, grâce à la crise, que d’en construire un dans le bocage nantais, à Notre-Dame des Landes…

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A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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