voitures et émissions de CO² : les constructeurs bidouillent les tests !

Siné Mensuel N°18 mars 2013 – Laure Noualhat
La législation impose de faire baisser les émissions de CO2 des véhicules. Qu’à cela ne tienne, les constructeurs adaptent leurs tests (et pas les voitures) pour rentrer dans les normes !
Quand le thermomètre affiche une température qui défrise, autant le péter et ne pas se compliquer la vie avec une mesure enquiquinante. C’est, en substance, la stratégie des constructeurs de bagnoles européens qui ont bidouillé les tests des émissions de CO2 de leurs modèles pour « verdir » leurs flottes.

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Après un crash-test en labo, la conductrice a juste un bas filé… (calendrier 2009 de Renault)
Écologie oblige et et restrictions législatives aidant, depuis quelques années, on a vu baisser les émissions de CO2 des voitures européennes. En 2002, celles-ci crachaient en moyenne 167,2 grammes de CO2 par kilomètres (g/km) contre 140,4 g/km en 2010, soit une baisse moyenne de 26,8 g/km. On serait tenté d’applaudir des deux mains ( et de demander aux dits constructeurs de poursuivre leurs efforts), sauf que voilà  : si ces émissions baissent, c’est parce que les méthodes de mesure de ces pollutions sont faites au doigt mouillé !
Selon une étude commandée par la Commission européenne, les constructeurs automobiles de l’Union profitent des « lacunes » dans les tests réglementaires pour exagérer les performances écolos de leurs tutures. Trois boîtes de conseil, néerlandaise, britannique et américaine, se sont penchées sur le dossier et elles mettent en évidence une « flexibilité » dans les procédures qui permettent d’obtenir naturellement des réductions d’émissions ! « Les véhicules ne délivrent pas les performances annoncées, ce qui mène à la désinformation des consommateurs », indiquent les auteurs du rapport.
The Cost of GasolineEn clair, les tests sont réalisés dans des conditions artificiellement favorables à une baisse des rejets de CO2. Par exemple, les constructeurs chaussent leurs voitures de pneus super adhérents, bien plus que ceux qui équiperont votre future caisse. Ils les font en outre rouler sur une surface aussi lisse qu’une fesse de nouveau né, qui n’a rien à voir avec les aspérités d’un vieux bitume. Ensuite, pas gênés, ils placent le véhicule dans des conditions qui n’existent pas dans la vraie vie en optimisant tous les paramètres : chargement allégé de la voiture, alignement des roues, conditions météo (température, pression, vent, humidité…). Histoire d’éloigner au maximum les conditions de tests en labo de celles des conditions réelles sur la route. Au total, ces petits arrangements avec les mesures officielles pourraient représenter, à eux seuls, les tiers de la baisse des émissions de CO2 constatée, soit 9 g/km. Le rapport conseille donc à Bruxelles de revoir la politique des tests de fond en comble. Et surtout, de tester les voitures déjà mises en service dans des conditions réelles, ce qui se fait déjà aux États-Unis.
Rappelons qu’à Bruxelles, on a imposé aux constructeurs d’atteindre 130g/km dès 2015 et 95 g/km en 2020. Sinon, bonjour l’amende. Avec leur stratagème, nul doute qu’ils y parviendront haut la main ! Attendez, il leur reste encore un truc  à tenter : faire disparaître la voiture du labo de mesure !

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