Dix canons de la pensée unique

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Pourquoi parle-t-on toujours dans les médias dominants de  » croissance  » et jamais de « décroissance » ? Toujours  » plus  » et jamais  » moins  » ! Parce que le modèle de croissance va de pair avec la pensée unique. Pour que la croissance soit considérée comme indépassable, il faut formater les têtes, restreindre les imaginaires. Le but : instaurer un modèle, qui, comme tout système totalitaire, ne supportera pas la contradiction. Comment mettre en place ce système, cette idéologie ? Réponse en trois grande étapes : la grande distribution, l’automobile, la croissance.
 1 – Le sophisme de l’inéluctable. Soyez réaliste, « Que vous le vouliez ou non, en économie, il n’y a pas de pensée unique, il y a simplement une réalité unique. » ( Alain Minc, L’événement du jeudi, 17 /09/98 )
2 – La disqualification de tout passé. Le passé, c’est dépassé. Ainsi, toute solution qui fonctionnait dans le passé ( par exemple le recours au keynésianisme ) est considérée comme nulle. La pensée unique amalgame systématiquement ta contestation de la modernité et les exemples  » historiques  » d’erreurs passées. Tout renvoi aux analyses de Marx, par exemple, est disqualifié à cause du Stalinisme ; défendre le  » service public  » est en soi une idée ringarde ; il suffisait à Giscard, pour  » disqualifier Mitterrand, de lui dire « vous êtes l’homme du passé ».
3 – Toute innovation technique est un bienfait social, à mettre en œuvre immédiatement : OGM, nucléaire, téléphone portable, etc. Toute évolution sociale est un pro­grès humain. De toute façon, c’est bien connu : « On n’arrête pas le progrès » ou « On finira bien par trouver une solution ». Exemple l’élimination des déchets radioactifs.
4 – La réussite même d’une réalisation technique suffit à la justifier. « Nous sommes arrivés à aller sur la Lune, cela justifie la conquête spatiale ».« Le Concorde est beau, donc il est positif ». Et s’il y a un crash, on cherche une super solution technique au  » dysfonctionnement  » technique, car … on ne revient pas en arrière !
5 – Toute critique d’une réalité existante est irréaliste. Le réel vaut du simple fait qu’il est. En fait, c’est un réel choisi, puisque ces mêmes défenseurs du réel, tel qu’il est, peuvent accuser d’autres réalités, comme par exemple les  » acquis sociaux « , de  » rigidités  » ou  » d’immobilismes « . Bref, on vante le réel économique contre le réel social …, qui résiste à l’oppression.
6 – Toute critique est par essence négative. Il faut  » positiver  » : « Avec Carrefour je positive. »
7 – L’intimidation majoritaire … A partir d’une majorité avérée – « 51% des Français pensent que … » – , ou construite par des sondages. .Ce qui est minoritai­re est anormal oit contre-nature. Il faut faire comme les autres ( ou comme les autres sont supposés faire ).
8 – Naturaliser la norme d’aujourd’hui. Le  » normal  » actuel est le  » naturel « de tout temps. Le marché est l’état de nature, disait Alain Minc, en confondant le petit marché villageois africain et l’Organisation Mondiale du Commerce …
9 – Invoquer la « modération  » et le  » juste milieu «  pour accuser de jusqu’ »aubouttisme  » ceux qui refusent les faux compromis. Par exemple, lors du référendum sur le Traité de Maastricht, le « oui  » fut présenté comme  » le choix du bon sens et de la jeunesse  » (Bérégovoy), tandis que les partisans du non étaient littéra­lement dénoncés comme  » frileux et archaïques « 
De même, le  » développement durable  » se présente comme une solution humaine et équitable, de sorte que ceux qui le contestent ont l’air de dangereux extrémistes.
10 – La concession de façade. Concéder l’existence de certains « dysfonction­nements « , mais toujours pour en faire des petites  » dérives  » du système, et non des conséquences directes de sa logique. La pauvreté dans le monde est un problème de mauvaise régulation de la globalisation, non la conséquence directe de la globalisation ; en tant que telle les problèmes de circulation rou­tière viennent du manque d’autoroutes et de tunnels, non de la prolifération insensée des transports par route. 

( Journal « LA DECROISSANCE » juillet 2004 )

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